mardi 16 octobre 2012

Mon séjour à Québec-Vile


En mai, je suis allée à Québec-Vile avec Mathieu. Ce fut mon seul voyage de l’été (ouin, je sais que mai ça compte pas pour l’été, mais en tout cas). Pis ceci est mon seul carnet de voyage de toute la vie.


Vendredi
On monte à Québec-Vile avec Darnziak pis ses parents! Le voyage est l’fonne, ça me rappelle quand je faisais de la route avec ma cousine Janie pis sa famille ou la mienne. Il manque juste un jeu de Puissance 4. Les parents de Darnziak sont super fins, ils nous déposent à la porte, chez Chogna pis son chum Nicol qui nous reçoivent dans leur nouvel appart à Limoilou. Ça fait trois fois qu’ils déménagent dans le même bloc. Je vois pas trop la différence, vite de même.

Samedi
La veille, Mathieu m’a dit qu’il fallait être à l’Église St-Jean-Baptiste à neuf heures pour préparer notre table au Salon Nouveau Genre. Ça me stressait parce que j’haïs ça bin raide me lever tôt, pis je sais que ça me prend du temps pour m’activer alors je voulais mettre l’alarme à sept heures. Il trouvait ça un peu tôt, alors il a finit par m’avouer qu’il fallait être là pour onze heures, mais qu’il avait un peu exagéré pour être sûr qu’on soit pas en retard. Faque on arrive à l’heure.

Une fois sur place, on est contents parce qu’on est juste en face de Carl Belooga Joe Vézina pis sa blonde Sara, des Préliminettes. Yé, on va pouvoir se pitcher des avions de papier! J’ai tussuite acheté un fanzine à Carl pis j’ai échangé des macarons avec Sara. J’en ai pris un pour Vickie (« Chu menstru »), pis un pour Fredoune (« J’ai une vaginite »). Le premier trône maintenant sur un alpaga en pouel, pis l’autre sur le béret du poète.

En soirée, je suis trop crevée pour sortir, alors Mathieu va rejoindre son amie Annie Q dans une soirée d’humour mettant en vedette Carl, pis moi je reste avec Chogna pis Nicol qui vont m’effrayer toute la soirée avec leur histoire d’esprit malveillant. Ça va être toffe de m’endormir tusseule. Ou avec le fantôme, à toi de décider, lecteur.

Dimanche
Mathieu est parti tôt pour le Salon, il m’a dit que je pouvais le rejoindre plus tard. Durant la matinée, je me sens un peu inconfortable dans la petite chambre. Tusseule. Dans le silence. Dire que je veux voir des fantômes depuis ma tendre enfance, j’ai vraiment essayé d’en voir, mais j’ai jamais pu obtenir un seul signe de vie d’un mort. Rien. Peut-être bien parce que je jouais à Ouija avec des amis trop honnêtes, han. En tout cas, même si je crois pus aux fantômes, mes hôtes ont réussi à créer un malaise en moi, au point où j’arrive à m’imaginer une sensation de présence inquiétante dans la chambre à coucher. Crisse.

Au Salon, Carl m’a fait la plus belle dédicace du monde :




Je suis émue.

J’ai enfin pu voir Emmanuel, que je vois jamais nul part ailleurs que dins internets. Je lui ai donné des macarons de macareux, comme promis. Il reste pas longtemps au salon, alors on se dit baille baille baille à plus tard baille baille.

Plus tard, Mathieu pis moi on s’en va en Basse-Ville chez Emmanuel et Alex, les colocs de Linel Richel. C’est la fête d’Alex, et l’appart est rempli de monde que je connais pas, à l’exception de Simon Douville et la soeur d’Angé. On finit la soirée su Joe Dion, je suis tute pleine de bonne humeur, et on rentre en taxi pour aller se coucher dans la chambre PAS HANTÉE en essayant de pas réveiller Chogna pis Nicol.

Lundi
Maxym Ringuette vient nous chercher, à soir on dort dans un sous-sol de banlieue! Mathieu file pour travailler, alors il reste dans la chambre avec son portable. Je veille au feu avec Ringuette pis son ami qui trouve pas ça vraiment drôle, mon macaron de Richard Martineau, parce qu’il sait pas c’est qui, Richard Martineau. On entend chanter les grenouilles qui veulent fourrer, encore une fois je suis émue.

Mardi
J’ai un rendez-vous avec Dr Boubou! Oh yeah! OK, non, je suis pas tant essitée. Juste contente de régler une affaire plate : ma santé bucco-dentaire me préoccupe pas mal. J’apprends que j’ai quatre caries, dont une assez urgente à réparer. Ostie. Si à ce moment-là j’avais su que ce serait impossible pour moi de revenir à Québec durant l’été, j’aurais sacré plus que ça.

Ensuite, Mynou pis moi on va au cégep, je récupère enfin un item qu’on me demande souvent : mon querisse de diplôme d’études collégiales du câlisse. « Heille, tu dois être riche avec un diplôme de même! » La madame du cégep a trouvé ça drôle, le commentaire de Ringuette. Ouan, je suis riche en tabarnaque avec mon diplôme en arts et lettres.

Mathieu s’en va souper chez Erika, faque je passe la soirée à jouer à Yoshi’s Island avec Mynou.

Mécreudi
Le mécreudi, je suis très heureuse et même un peu soulagée d’avoir une chambre d’hôtel. C’est pas que j’étais pas bien chez Chogna et Nicol, mais ils ont réussi à me faire (un peu) peur avec leur histoire de hantise.

La soirée s’annonce belle. Je dois me rendre à l’hôtel Royal William (****, yeah!), où m’attend Mathieu, pour qu’on aille ensuite rejoindre à la Korrigane des littéraires que je connais pas, des gens qui participent à son colloque. C’est quoi la première affaire que je fais en arrivant dans la chambre, tu penses? Je saute sur le lit! Wouhou! Hiiiii! Je veux me rouler partout! Je veux profiter de chaque centimètre de notre chambre! Une tévé? Aon! On regarde la tévé! Une douche? Je veux me laver! Je veux essayer le savon d’hôtel! La crème hydratante d’hôtel! Le chèssoir à feveux d’hôtel! Je veux qu’on fourre partout! Hiiiiiii!

Mais là, mais là, on n’a pas le temps, Mathieu doit se rendre à la taverne. Je suis moins pressée que lui, alors je reste et je prends une douche d’hôtel tusseule. Je profite de notre dernier soir dans la capitale pour inviter des amis à sortir avec nous. Angé, Lucie-Ann, Simon, Emmanuel, Alex. Au moment où je vais retrouver Mathieu à la Korrigane, ses amis sont sur le point de partir, et la serveuse vient nous dire que c’est son dernier service. Han? À 23h30? Bin oui, la Korrigane ferme à minuit. Un mercredi soir. On n’en revient pas. Querisse. Mais Mathieu, ça fait presque son affaire parce qu’il file pas, il est fatigué, il dort mal depuis des jours, a mal à la tête, mal au coeur, faque il préfère rentrer. OK. Pas grave. J’essaie de trouver une autre place où sortir avec les namis. Mais plus les minutes s’écoulent, plus ça devient difficile de concrétiser mon projet. Tout le monde semble vedge, même moi ça commence à me gagner. Bon. Pas grave. On se dit qu’on se verra le lendemain, je les invite à assister à la conférence de Mathieu.

Mais il n’y aura pas de lendemain. Non monsieur.

Pendant que je suis au lit en train de profiter des internets wi-fi d’hôtel (euh, yé), Mathieu se décide enfin à prendre le Gravol que je lui avait offert pour soulager sa nausée. Il a vraiment l’air pas bien, alors ça devrait pas lui faire de tort. Sauf que… sauf que la gorgée d’eau est de trop, on dirait. Je vois Mathieu s’élancer hors du lit, je le regarde pis je vois vraiment une scène au ralenti, parce que je sais ce qui s’en vient même si ça me semblait impossible, mais ça se passe pour vrai, à deux pieds de moi, je vois Mathieu qui expulse un long jet de renvou. Sur le couvre-lit, par terre. Sur le tapis. Ça me semblait impossible parce que Mathieu est comme moi, il vomit jamais. Oh non. Pauvre bebé. Je sais qu’il haït tellement ça, vomir. Pis moi, ostie que j’haïs ça les histoires de renvou. Je suis quand même encore un peu (pas mal?) émétophobe, faque je peux pas m’empêcher de me demander « c’tu contagieux? ».

OH FUCK. L’odeur. Non. Non non non, c’est pas possible une odeur pareille, vite, il faut ouvrir les fenêtres.

Euh.

OK, les fenêtres ne s’ouvrent pas. Aussi utiles que les zippers sul coat bad de Michael Jackson. Oh wow. OK, je moi je sors d’icitte. C’est pour ça que je me retrouve en bobettes dans le couloir de l’hôtel, à trois heures du matin. C’est un peu frais, mais au moins l’air est plus respirable. Sauf que l’odeur semble se répandre tranquillement dans les couloirs…

Mathieu me dit qu’il va mieux, que ça lui a fait du bien de laisser sortir le méchant. Là, je voudrais bien l’aider à torcher, mais si j’entre dans la chambre, je vais la cochonner autant que lui sinon plus. (Tsé, imagine un mix de bière, Extrême Pita aux oignons pis acide gastrique.) Bon, il se remet à dégueuler. Au moins, cette fois, il fait ça dans la salle de bain…

Je peux pas être plus inutile que là, dans le couloir, en bobettes, et toujours plus loin de la porte de notre chambre (l’odeur progresse). Je prends une grosse poffe d’air, puis j’entre dans la chambre, je pogne des vêtements pis je dis à Mathieu que je vais aller voir à la réception si je pourrais pas trouver de quoi nous aider à nettoyer le renvou sploushé partout. Tout ça avec une seule poffe d’air!

Je marche vite dans les longs couloirs silencieux, étonnamment silencieux. Je comprends pas pourquoi personne n’a envie de faire un party dans sa chambre d’hôtel. Nous autres, tsé, ça compte pas. On aurait bin fait le party, mais là. En tout cas, je suis contente de pas croiser de p’tit gars en Big Wheels. Une affaire de moins à gérer.

Personne à la réception, faque je me plante là pis j’attends. Une minute plus tard, une femme arrive et sursaute comme si elle avait vu un revenant. Je la comprends. Avec la face que j’ai. Je lui explique l’affaire. Que je suis super désolée que mon copain ait vomi partout dans la belle chambre d’hôtel. Qu’on aimerait ça nettoyer pour s’excuser. Elle dit qu’elle comprend ça, ces affaires-là. Qu’elle a déjà été jeune, qu’elle en a géré souvent, des fins de party de grosses brosses sales. Nenon, c’est pas ça madame. C’est pas la bouésson. OK, merci pour les serviettes et les draps propres.

— Tu peux m’attendre dans le couloir pendant que je finis de nettoyer, ça sera pas long.
— T’es sûr que tu veux pas de l’aide, bebé? (J’espère que non, parce que je peux juste pas.)
— Nenon, je vais mieux!
— OK…

J’attends dans le gym. Parce que ça pue pas, et parce que je peux m’assoir sur le tapis roulant. Je me demande sérieusement à quel endroit je ferais mieux de dormir. Sur un fauteuil dans le hall, ou ici dans le gym?

— C’est correct, tout est lavé, j’ai mis les draps propres!
— Mathieu… Je pourrai pas dormir dans la chambre. L’odeur est trop… Je vais gerber. C’est sûr.
— Veux-tu que je vois si on peut avoir une autre chambre?
— OK, oui. Si c’est possible. Merci…

Je me sens poche, comme si je faisais des caprices de princesse, mais je peux pas endurer l’odeur de renvou, c’est la pire que j’ai connue. Insupportable. On dirait bien que c’était un mélange spécial, une combinaison d’ingrédients qui, une fois ensemble, dégagent des effluves inédites et dangereuses.

— On a une chambre!

Aaaah! Merci Jésus! Bin non, merci Mathieu, et merci gentille réceptionniste ex-party-animal.

Jeudi (Je sais que le jeudi a commencé avant ça, fais pas ton fin finaud!)
Il est pas loin de cinq heures du matin, on est enfin au lit.

— Penses-tu que c’est l’Extrême Pita?
— Je sais pas. Possible.
— Vas-tu annuler ta présence à la conférence?
— Je vais leur écrire pour dire que je pourrai pas être présent en matinée, mais je vais donner ma conférence en après-midi.
— T’es sûr?
— Bin, c’est un peu pour ça que je suis ici, ils m’ont payé une chambre…
— Ouin, j’sais bin…

On éteint la veilleuse. Quelques minutes s’écoulent, et Mathieu se relève et court jusqu’à la salle de bain. Ah non. Pauvre bebé. C’est-tu possible de pogner le choléra en Basse-Ville de Québec?

Vers huit heures, Mathieu me réveille.

— Sophy. J’ai une mauvaise nouvelle.
— QUOI?!
— Je viens de me rappeler… Quand je suis allé souper chez Erika, elle m’a dit qu’elle venait juste de se remettre d’une grosse gastro.
— Oh shit…
— Oui, shit. J’espère que je suis pas en train de te transmettre ça.

Je l’espère aussi. OK, plan d’urgence. On est supposés rentrer à Montréal en fin de journée, mais j’ai pas du tout envie de faire trois-quatre heures de route si je suis en train de couver cette gastro. Pis je veux pas non plus rester avec Mathieu, ça augmente mes risques d’attraper sa dysenterie. Mais je peux pas non plus aller me réfugier chez Chogna pis Nicol, ça serait chien de leur apporter une maladie dégueuse. Aaaargh, kessé m’a faire?

OK, là j’ai mon plan d’urgence, je me suis arrangée avec Oli. J’ai vingt minutes pour me préparer, faque je vais à picerie pour acheter à Mathieu du manger de gastro : des biscuits soda, du Gay Torride, de la compote de pomme, et je lui laisse des Gravol. Il n’ira pas à sa conférence et va rester à l’hôtel une journée de plus, question de retrouver la force de rentrer à la maison. J’aimerais l’embrasser avant de l’abandonner avec son virus, mais je voudrais pas empirer mon cas. Je quitte la chambre avec un petit fond d’inquiétude, de tristesse, de culpabilité — et un peu de soulagement, je dois le reconnaître.

Ah non, un visage familier!  Alain Farah est dans l’ascenseur. J’aime pas bin ça croiser des gens le matin quand j’ai pas de face, surtout après une nuit blanche de renvou. Ah, il va pas me reconnaître, on se connait à peine, on a dû se croiser deux ou trois fois dans des lancements, il me semble.

— Hé! Salut!
— (Fuck.) Allô!
— Ça va?
— Correct… Mais Mathieu, pas trop. Il a vomi un peu partout dans l’hôtel toute la nuit. Compte pas trop sur sa présence à la conférence.
— Oh…

J’avais même pas de face pis il m’a reconnue! Je comprends pas ça. En tout cas, je lui ai pas fait la bise, par politesse.

Enfin, je sors de l’hôtel et je spotte le char d’Oli. Oli qui est super dédaigneux. Le pauvre. Il veut pas me toucher, et je le comprends. Moi qui voudrais lui lécher la face comme un chiot tellement je suis reconnaissante qu’il me sorte de là, je refoule ma  grosse gratitude et je lui dis merci. Parce que grâce à lui, je peux me rendre à St-Urbain, où mes parents vont me garder en quarantaine.

Merci Oli.


Cette note de bloye est dédiée à Joanie, émétophobe qui a tout de même du fonne avec les histoires de renvou.

5 commentaires:

La citadine a dit...

OMG PAUVRE TOI ET PAUVRE MATHIEU AUSSI! Méchante soirée terrifiante. Juste de lire, j'en tremble.

Raaah c'est vraiment ça le pire avec l'émétophobie. On voudrait bien aider la pauvre personne qui se sent si mal, mais la peur est tellement plus forte que tout, et là on se sent coupable.

Mais tu l'as pas attrapée la gastro finalement? T'es faite forte!!

En passant, tous ceux qui ont la gastro devraient être mis en quarantaine pendant au moins 2 jours après le dernier renvou. Sinon, c'est rienque des sans coeur, bon.

Parole de moi.

Frédérique a dit...

Quand j'ai vu le mot "vomi", mon esprit d'émétophobe me disait "ferme la page, vite, ferme la page!", mais je me suis retenue...!

J'espère que tu as pas attrapé la gastro. En tout cas, t'es faite forte Sophy!

Et vous avez raison... Les gens atteints de gastro devraient être mis en quarantaine. Quand j'étais petite et que ma sœur ramenait ce foutu virus à la maison au moins deux fois par hiver, je disais à ma mère de la mettre sur la galerie... Elle voulait jamais le faire et je finissais toujours par la pogner... Mettons qu'à 8 ans, je pouvais pas vraiment me sauver du microbe, surtout qu'on avait la même chambre...

En tout cas, je vous souhaite un bon hiver sans gastro. Vive le Purell!

Darnziak a dit...

Moi, je suis émétophile. Je veux un receuil d'histoires de renvou.

Lora Zepam a dit...

@La Citadine et Frédérique : Je veux pas vous insulter, mais j'étais crampée ce matin quand j'ai lu vos commentaires. Juste pour lire ça, ça a valu la peine que j'écrive cette longue note.

Et je suis d'accord. La quarantaine pour les contagieux qui font des renvous.

@Darnziak : On fait un fanzine?

Lora Zepam a dit...

Oh, en passant, Mathieu a survécu. La suite bientôt!