jeudi 28 mars 2019

J'ai le rhume

J’ai décidé de donner un sens au rhume. Le rhume, c’est l’affaire la moins grave que je peux pogner. Deux ou trois journées plates, où je me donne le droit de geindre abondamment à propos de mon état misérable, après ça les symptômes s’estompent et disparaissent en une semaine. Donc, le rhume, c’est juste un peu gossant, et c’est con.

Le sens que je lui donne, c’est l’obligation de prendre soin de moi et d’arrêter de penser à produire. Mais j’y arrive pas. Pourtant, y’a rien que j’aime plus que rien crisser, ou lire, ou jouer au Nin, ou regarder des films avec mes chats. Mais là, j’ai le rhume, et je suis pas très bonne pour m’en servir comme je suis censée le faire.

En plus, ce rhume-là, c’est un rhume de manquer une semaine d’école. Je suis congestionnée, ça fait que j’entends moins les sons ambiants, mais super gros mon acouphène ou encore mes bruits de mastication, deux choses que je trouve assez irritantes; je suis fatiguée, y’a le feu dans mes sinus et ma gorge, je sens et je goute presque rien, et je suis un tube de morve. Genre, je sais plus où mettre tous les kleenex que je remplis — et c’est pas une image, là : ma poubelle a été volée, j’accumule les déchets chez moi. 

En gros, tout est en place pour que je prenne un break de la vie et que je me traite comme une VIP. Je peux peut-être pas demander à ma mère de motiver mes absences, mais j’ai pas non plus énormément de contrats à finir cette semaine, alors je pourrais me permettre des journées de travail pas trop trop chargées.

Pourquoi j’y arrive pas? Pourquoi je continue d’avancer dans mes impôts (arque), que j’essaie de finir la comptabilité de Fondation Po, que je continue de chercher des solutions à tout plein de tracas personnels et de faire des choses utiles? Tantôt, j’ai pensé : ah, si demain je vais mieux, je vais teindre mes cheveux et peut-être voir mon coiffeur pour qu’il répare ma gaffe. J’ai eu envie de me chicaner pis de m’envoyer réfléchir dans ma chambre. Mais j’étais déjà là, en train de réfléchir à comment sortir de cette vie productiviste. 

Mes ami·es me disent : bois beaucoup de liquide (j’arrête pas de pisser), mange de la soupe (arque, j’haïs la soupe), dors beaucoup. C’est peut-être juste ici que j’arrive à prendre soin de moi, mais pas au sens où mes ami·es l’entendent. Au lieu de suivre à la lettre leurs bons conseils tout à fait sensés, je fais ce qui me tente. Je mange des frites pis du chocolat et je me couche juste quand je cogne des clous. 

Oh, j’ai aussi suivi les conseils d’internet! J’ai fait bouillir une grande casserole d’eau pour humidifier le Manoir Po, pis là je l’ai mise dans ma chambre, en plus des serviettes humides suspendues près du calorifère. Je me sens full ingénieuse. Prête à écrire pour Reader’s Digest.


Et pourquoi j’écris cette note de blogue à 3 h du matin au lieu de m’écraser devant Mario 64 alors que les seules personnes qui vont lire ceci sont déjà pus capables d’entendre parler de mon rhume? Peut-être que c’est la meilleure façon de prendre soin de moi. Bloguer, ça compte pas pour des choses utiles. 

samedi 16 mars 2019

Dans ma tête

Je suis au Bistro de Paris avec le polycule. On est au fond, près des machines à sous, de la table de pool et des toilettes. Mes métamours ont gagné 60 $, le Mari est pas mal excité, tournée de shooters, feux d’artifice, confettis, etc. La dernière fois qu’on y était tous ensemble, c’était quelques jours avant que Rita et moi on se déclare blondes, et on avait remarqué un monsieur assis au comptoir qui regardait avec beaucoup d’attention une partie de ringuette. Je pense que c’était une diffusion des Jeux olympiques. Il regardait la game et faisait des signes de tête comme pour approuver les moves de joueurs, il était très dedans, mais dedans calme, pas comme les amateurs de sports qui gueulent et gesticulent et se sentent trop investis. Lui, ce monsieur, il aimait son sport avec sincérité et retenue. Je trouve ça beau, les gens passionnés. Même quand ils sont passionnés par des affaires que je me câlisse de. Eh bien le même monsieur est encore là, exactement trois mois plus tard, sur le même banc, et il regarde le sport à la télé, et Rita pis moi on le regarde discrètement regarder la ringuette. Aon. Bébé goth se demande ce qu’on a. Je lui explique l’affaire. « Quoi, Ringuette est là? » Non, pas cette Ringuette, l’autre ringuette. S’ensuit une discussion sur la différence entre la ringuette pis le curling. J’ai appris des affaires : c’est pas pareil. 

Je regrette ne pas assister à toutes les soirées du festival Dans ta tête. Trop de travail, trop de choses stressantes à gérer. Mais en plus du Bistro ouvert, j’ai tout de même pu aller au 5 à 7 de poésie au Cheval blanc. J’étais drette sur le bord de la scène, avec Dumont, Rosalie et Rita. Mélanie Jannard a fait une performance malade sur Un mot pour Kevin. Je sais pas si elle la refera un jour ou si elle mettra ça en ligne. On a aussi beaucoup ri quand Thieuse faisait photographier intensivement alors que ça avait pas l’air d’y tenter pantoute. 

J’ai raté la soirée Crève avec tes bottes dins pieds, de Larue. Je suis déçue. J’avais même prévu mettre mes bottes de lutteuse juste pour lui. Mais j’étais trop fatiguée et ensevelie de travail, et j’avais pas bien dormi. Evlyn m’a fait une prescription qui me donnait le droit de rester à la maison.

Après, j’ai mieux dormi. Ah oui, pis j’ai rêvé que FINALEMENT, IL M’EN RESTAIT, DU DÉMAQUILLANT. Des fois, je suis fâchée contre les scénaristes de mes rêves. Kessé ça? J’ai le sentiment d’avoir perdu du temps de rêve. Envie de les congédier. Bon, j’ai aussi rêvé à une apocalypse, et que j’essayais de tuer Ash de Evil Dead en le poignardant dans les yeux avec un couteau à beurre. Je vous pardonne, scénaristes.

Mais cette nuit, par contre, j’ai rêvé que j’allais manger des beignes et que j’allais fourrer, mais pas en même temps. Je sais pas avec qui j’étais, mais je sais que j’avais très hâte qu’on fourre, et je me souviens parfaitement des beignes et des pâtisseries feuilletées qui m’attendaient. Sauf que : 

1- j’ai pas fourré;
2- j’ai pas mangé de beigne.


Maudit rêvé de déception. Bon, j’ai aussi rêvé que j’allais dans une librairie en portant un chandail de Marie Darsigny et les libraires capotaient. J’avais un peu envie de leur demander coudonc Mathieu Arsenault ça vous dit rien, mais j’ai pas souvent de la répartie dans mes rêves, et en me réveillant dans la vraie vie, après avoir accepté la déception de n’avoir ni sexe ni beigne, j’ai vu la carte de Marie Darsigny que l’Académie de la vie littéraire lui a faite pour Trente. Tu devrais lire Trente, si c’est pas déjà fait. Et tu devrais venir au gala ce dimanche. 



 


mercredi 6 mars 2019

Le cabaret qui take your breath away

Samedi, je suis allée à une soirée new wave Rewind qui avait lieu dans un nouveau bar. Depuis la fermeture du Passeport (RIP) en 2016, je dois errer ailleurs pour m’exciter sur le dancefloor sur de la musique que j’aime, et à date j’aime bien la Shop, mais là, je pense que j’ai trouvé ma nouvelle planque à goths. 

Moi, j’étais prête à y aller seule s’il le fallait : j’avais besoin de danser, et j’étais trop curieuse de découvrir le Cabaret Berlin. J’espérais quand même une sortie avec tout le polycule, mais Rita avait besoin de repos et a préféré rester à la maison pour prendre soin de son mari enrhumé. J’avais aussi invité Thieuse et sa blonde, mais le Festival Dans ta tête et le gala de l’Académie de la vie littéraire, c’est prenant en maudit. Mais le chum du mari de ma blonde était full partant, et Ringuette a défié son rhume pour nous rejoindre au bar. Parle-moi de ça, du monde qui sortent en hiver!

Le Chum est arrivé en premier, je l’ai rejoint pas longtemps après. 

— Tout le monde est trop vieux ou malade, il reste juste nous! Et Ringuette s’en vient dans pas long!
— Mon ex-collègue arrive bientôt aussi!
— Yéé!




En me rendant au Cabaret Berlin, j’avais remarqué une scène d’accident sur Papineau. Une voiture en avait embouti une autre, son boom de course était un peu amoché (je connais pas le nom des pièces de char). Deux voitures de police, pas d’ambulance. L’accident m’a paru bénin, j’ai poursuivi ma route. Comme Ringuette me suivait de quelques minutes et prenait presque le même itinéraire, il m’a textée pour me dire que quelqu’un était mort sur Papineau (RIP). Il a vu une voiture avec le devant brisé, un corps dans un sac. J’ai eu envie de lui dire de ne pas me donner plus de détails, parce que c’est le genre de choses qui peut facilement me perturber et me mettre dans un sale mood, mais je me suis plutôt tournée vers le Chum et je lui ai dit qu’on devait ce soir célébrer la chance qu’on a d’être encore en vie. Il a acquiescé. 

Le méta-métamour — quand je lui ai demandé s’il existe un terme pour décrire le chum de mon métamour, il m’a appris le mot méta-métamour, alors appelons-le de même — avait oublié son lipstick noir « chez les deux autres ». Sachant qu’il s’en servirait plus que moi, je lui ai donné le mien, cadeau de Catherine, mon adolescente préférée avec qui je peux échanger du linge : de l’encre noire au fini vinyle. Il était full quioute, le bébé goth! (J’ai l’doua de l’appeler comme ça, parce que c’est le plus jeune du polycule.) On a fait des selfies devant le miroir — un miroir en dehors des toilettes, c’est pratique en estie, merci — pour les envoyer dans notre conversation de groupe nommée polycule. Avec des ti-coeurs noirs. Bébé goth et sa méta-métamour (semi)vieille goth. Ringuette, lui, il a pas arrêté de l’appeler « mon amant » même si on fourre pas pantoute.

— Yé passé où ton amant? Me semble que je l’ai vu aller aux toilettes pis yé pus jamais revenu.
— C’est parce qu’il y a une warp zone dans les toilettes du Cabaret Berlin. Ça mène aux toilettes du Bistro de Paris.

Pourquoi j’irais en Europe si j’ai le Bistro de Paris pis le Cabaret Berlin dans la même ville, à 3 km l’un de l’autre? En tout cas, on dirait que mon méta-métamour est un peu tombé dans l’œil de Ringuette, mais il veut pas que je lui dise, parce que ça le gêne. Ah bin crisse. Ça fait 10 ans que Ringuette pis moi on est amis, et je viens d’apprendre que ça peut lui arriver d’être gêné. La petite bestiole recèle encore des secrets, aon.

La piste de danse, je lui donnerais au moins 4,5 étoiles dans ma très subjective évaluation personnelle des pistes de danse. Le son est assez fort pour que je me sente bien enrobée par la musique et que je n’entende pas les conversations autour de moi, mais pas assez pour m’empêcher de parler un peu avec mes ami·es ou pour me détruire les tympans. Depuis que mon ami Boban m’a parlé de son acouphène, je suis super prudente et je porte des bouchons quand je sors danser ou voir un show — et ça m’a pas empêché d’en pogner un moi aussi quand je suis allée voir A Place to Bury Strangers; une chance que c’était bon en crisse. Cette fois, je les avais oubliés dans mon manteau, au vestiaire, et ça m’a même pas tenté d’aller les chercher. Juste pour dire.

Sinon, il faisait plutôt chaud, alors je suggère fortement le linge de slut. J’ai un peu regretté d’avoir gardé mes bottes de skidoo et mes jambières. Une chance que je portais mon top slaque Vickie Gendreau en lettres d’or, qui dégage le dos, c’est vraiment mon préféré pour les canicules quand je peux pas être tounue, avec en dessous mes nouveaux pasties à paillettes d’or en guise de coquetterie ET de sécurité : pas question que je me fasse arrêter par la police parce que mon mamelon de femme s’est pointé hors de mon chandail. Je suis prudente. Sauf que. Ringuette a flashé mes propres boules sur la piste de danse. Il était malheureusement trop saoul pour se souvenir des belles leçons de consentement qu’on lui a apprises durant la dernière année.

Aussi, je sais pas si ça se peut qu’une ventilation soit assez efficace pour que jamais jamais je ne sente la moindre odeur de pet, mais, bon, ça devient une tradition : j’ai peut-être pogné les premiers pets de gothiques du Cabaret Berlin. Dans des moments de même, j’ai le réflexe de regarder tout le monde autour avec suspicion, mais ça sert à rien. Personne va se dénoncer d’avoir pété sur la piste de danse. Alors tu deales avec, même si ça te coupe le souffle, et tu te concentres sur la musique. 

Thieuse m’a écrit ça pendant qu’on dansait. Quand je vous dis que c’est une tradition…

Ça, c’était mon commentaire pointilleux, parce que sinon, j’ai rien à redire sur la musique, qui était parfaite et satisfaisante pour mes goûts et mon envie de me shaker la fesse. Oh, pis Ringuette m’a fait une traduction simultanée de Sweet Dreams en français. J’étais à la fois irritée et fière de lui. Et j’ai entendu au moins deux tounes de Talk Talk, et chaque fois, il y a eu une pluie de pétales de roses noires, et tout le monde pleurait en remerciant Mark Hollis (RIP).

En dansant, on a trouvé Manon, qui était très dedans pour danser. Manon, que j’ai connue via cette chose qu’on appelle blogue (on a fini par s’habituer au nom, j’imagine?). Je suis aussi tombée sur quelqu’un que je croise toujours aux mêmes places : des soirées goths et Expozine. Cette fois, je vais me rappeler son nom. J’ai aussi vu deux personnes arriver sur le dancefloor unies par une laisse. Je veux bien croire que les pratiques BDSM sont de plus en plus mainstream, mais je vois à peu près jamais des gens afficher leur relation D/s aussi clairement en dehors de l’intimité ou des donjons. Est-ce l’époque ou le lieu qui a permis cette chose? Peut-être les deux? J’en sais rien, mais c’était beau à voir. Et je me sentais pas pantoute comme une touriste au Cabaret Berlin.

lundi 11 février 2019

Même dans mes rêves je peux me taper sur les nerfs, mais des fois j'ai raison


J’ai rêvé que je vantais à quelqu’un les mérites de l’anesthésie générale. Même dans mes rêves je peux me taper sur les nerfs. 

Après, j’ai rêvé qu’il y avait un sérieux problème d’humidité à l’hôtel où j’étais, et les lépismes argentés (Lepisma  saccharina) étaient géants — le plus gros faisait environ 10 cm de longueur. Dans la salle de bain, j’avais de l’eau jusqu’à la cheville. Et j’arrivais pas à dire le nom des insectes, ça sortait n’import comment. Quand je m’exprimais aux gens, ça ressemblait à : Il y a un gros alarmiste. Non, c’est pas ça! Un gros terroriste. Non, c’est pas ça! Un gros lépisme. Bon! Un gros lépisme avec un gros clitoris dessus. Non, c’est pas ça! Une forficule. Parce que dans mon rêve, les forficules (Forficula auricularia) pouvaient rider les lépismes, c’était full normal. Le gros terroriste avec son clitoris m’a grimpé sur la jambe, et j’ai pas trop aimé ça, je l’ai fait tomber. Est là, ma limite avec les terroristes. Man, y’a tellement d’eau que je m’inquiète pour les lépismes. Ça te donne-tu une idée du problème? Ils aiment l’humidité, mais sont pas aquatiques, ils vont se noyer. Faut sauver les alarmistes! Voyons, crisse!


Après, je disais à mon cousin que c’est vraiment important d’écouter BoJack Horseman. Une fois réveillée, j’étais entièrement d’accord avec moi. C’est important d’écouter BoJack Horseman. 

Poisson d'argent par Boogshnaw, trouvé ici.

mardi 29 janvier 2019

Ridge Forever

J’ai trouvé ça vraiment difficile aujourd’hui de m’entraîner sans pouffer de rire. Je m’arrange souvent pour aller au gym au milieu de l’après-midi, parce que je trouve que c’est le meilleur moment : il y a peu de gens, et c’est l’heure des soaps américains. Quand je fais mon cardio, je choisis mon step ou mon vélo stationnaire exprès pour être face à une télé qui diffuse Top Modèles ou Les feux de l’amour. Tant qu’à travailler pour améliorer ma santé cardiovasculaire, aussi bien le faire en s’amusant et en s’instruisant (bin quoi). 

Alors tantôt, j’ai vu que Brooke est toujours là à semer la bisbille entre les frères Forrester, Thorne et Ridge. Je suis arrivée au moment où Sheila espionnait Brooke et Thorne qui déjeunaient sur une terrasse, et je jure que c’était pas possible pour quiconque sur la terrasse de ne pas voir sa grosse face cachée dans la fake haie. Gros plan sur son visage qui plisse les yeux pour bien montrer que ce personnage est mal intentionné. J’ai ri, mais j’ai aussi été choquée. 

Bin oui! Ridge Forrester n’est plus joué par Ronn Moss. L’acteur a quand même tenu ce rôle durant 25 ans (!), alors aussi bien dire que Ridge Forrester est pus là. 


En tout cas, pour moi, ce sera toujours lui le vrai Ridge.



lundi 28 janvier 2019

J’ai rêvé à un accouplement bovin

J’étais dans une faculté de médecine vétérinaire, et j’étais choquée qu’on attache une vache pour qu’elle soit inséminée. Alors que je m’attendais à ce qu’elle soit inséminée par un dude qui lui enfonce le bras dans le rectum et une seringue de sperme dans le vagin — des affaires normales, là —, on avait plutôt recours à un taureau. J’avais pas envie de voir ça, mais j’avais pas trop le choix, j’étais là, à regarder un taureau monstrueux essayer de monter une vache immense — immense pas ordinaire, là, on parle d’une une vache vraiment plus grosse que ma vache —, aidée par une assistante-vétérinaire qui devait tenir son pénis tentaculaire. Ça m’écœurait. Mais check, le pire est à venir : oui, venir : j’ai été éclaboussée de sperme. Dans les cheveux, dans la bouche. Je peux dire qu’à ce moment-là, mon rêve GOÛTAIT le sperme. Heureusement, il y avait un lavabo (juste là!), alors j’ai pu cracher et me rincer la bouche plusieurs fois, pendant que Martin Gibert était à côté de moi, silencieux, en guise de soutien moral, parce qu’il savait que je vivais un moment pas le fonne.


Fin.

jeudi 24 janvier 2019

Ma grand-mère méchante est mourante

Aujourd’hui, c’était la fête de mon oncle Robin. Il m’a souvent dit qu’il allait pas se rendre à 50 ans, qu’il allait se « crisser une balle dans’ tête avant de marcher avec trois cannes », et il a fini par atteindre et même dépasser 50 ans, et j’ai bien eu peur qu’il ne finisse pas cette décennie quand on lui a diagnostiqué un cancer de la gorge, mais il est en rémission, et il fêtait aujourd’hui son 60e anniversaire. Je l’ai appelé pour lui souhaiter bonne fête et jaser un peu, prendre de ses nouvelles, donner des miennes. Il m’a dit qu’il va avoir des dents bientôt. Je lui ai dit que j’ai une blonde depuis pas longtemps. 

— C’tu vra?
— Oui!
— Est-tu belle?
— Bin oui! Je vais essayer de l’amener à Saint-Urbain bientôt.
— Bin oui, amène-la, câlisse. 

Robin, il sacre même quand il est pas fâché, même quand il vit pas des émotions intenses. C’est un peu comme sa ponctuation. C’est lui qui m’a appris à conjuguer mes sacres. Mes parents étaient pas contents. 

Aujourd’hui, il m’a appris que sa mère vient de faire un AVC. Il m’a dit qu’elle n’en avait pas pour longtemps. C’est une question d’heures ou de jours. Il m’a parlé de sa mère et il a pas sacré.

Mon rapport à ma grand-mère est, comment dire, compliqué. Je l’ai pas vue depuis au moins 10 ans.

J’ai souvent dit que j’avais une grand-mère gentille et une grand-mère méchante : la gentille, Blanche, et la méchante, Jeanne-D’Arc. Mamie Blanche, toujours bienveillante, qui nous offrait des croissants avec de la confiture de fraises maison pour déjeuner et qui nous donnait toujours la permission d’aller nous chercher un Revell-O au congélateur après les repas, ou qui nous sortait de son jardin des tiges de rhubarbe saupoudrées de sucre — ça, par contre, c’était moins bon. Mamie Jeanne-D’Arc, elle nous servait de la bouffe pas très bonne, quand elle était pas carrément passée date, et elle était rarement bienveillante, mais chaque Noël, elle offrait à tous ses petits-enfants une carte avec un billet de 5, et ces cartes étaient absolument toujours signées « de mamie Jeanne-D’Arc et grand-papa Ti-Cul qui t’aime boucoup», et ça m’a fait mourir de rire quand j’ai appris à lire et que j’ai compris que ma grand-mère faisait toujours une faute dans le surnom de mon grand-papa, Ti-Cule, que tout le monde appelait comme ça pour le distinguer d’un autre Hercule dans la parenté, et cette faute était hilarante pour moi et mes cousines et on n’en revenait pas. (Check, j’ai-tu l’air d’en être revenue? Non.) Il faut dire que lorsque je riais en présence de ma grand-mère, c’était rarement avec elle. Mamie Jeanne-D’Arc, on la trouvait drôle, et je savais pas trop dire pourquoi quand j’étais kid. En vieillissant, j’ai remarqué qu’elle était vaniteuse, narcissique, pas empathique, calculatrice. J’ai même fini par la détester. Longtemps. Puis, tranquillement, j’ai développé de l’empathie pour elle. J’ai accepté des choses. Elle a peut-être été une grand-mère pas vargeuse, une mère inadéquate, mais je ne peux plus la voir comme une mauvaise personne ni comme une méchante femme. 

Peut-être que ma grand-mère est née à la mauvaise époque. Si elle avait eu le choix, elle n’aurait probablement pas eu d’enfants, peut-être même pas de mari, ou alors elle aurait eu plusieurs maris en série. Okay, c’est vrai qu’elle a eu plusieurs maris. Pas autant qu’Elizabeth Taylor, par exemple. Ce que je veux dire, c’est qu’elle aurait tripé raide sur la vie de star. Elle voulait être adulée, et elle était prête à donner ce qu’il faut pour l’être. Tout ce que je détestais d’elle aurait pu être quelque chose de beau. Quand ma grand-mère a su que ma sœur était danseuse nue, sa réaction a été : « Ah, j’aurais donc aimé ça faire ça. » On parle de quelqu’un qui est né en 1922, là.

Ma grand-mère a appris à jouer du violon seule, à l’âge de 12 ans. Je connais pas grand-chose à la musique, mais je sais au moins que la maîtrise de cet instrument n’est pas des plus faciles. Bin elle, elle a eu la tête de cochon nécessaire, la persévérance, devrais-je dire, pour devenir bonne. Peut-être que la vanité peut pousser des gens à faire de grandes choses, à laisser des œuvres marquantes. Ma grand-mère n’est pas devenue une grande artiste. Mais elle a appris à jouer par elle-même, elle jouait, elle arrêtait plus, elle faisait des shows, participait à des concours. Je me rappelle du mur de trophées dans le salon. Elle avait fini par en donner plusieurs à ses petits-enfants, pour qu’on garde un souvenir d’elle et qu’on sache qu’elle pouvait être la meilleure dans quelque chose. J’ai su plus tard qu’elle gagnait parfois parce qu’elle était seule dans sa catégorie, mais hey : elle a participé au concours, elle l’a fait, avec ses plus belles robes et ses chaussures de luxe portées une seule fois, comme font les vraies vedettes, elle a gagné ses câlisses de trophées et les a affichés longtemps. Elle était fière. Et belle. 

Elle avait aucune crisse d’humilité. Ça m’a toujours écœurée. Aujourd’hui, je me dis que je pourrais peut-être en prendre une minidose, de cette vanité, pour contrebalancer mon talent pour l’autodépréciation. L’équilibre, qu’on dit?

Ma grand-mère a enregistré des albums. Elle vendait elle-même ses cassettes, comme Fidèle Lachance. Pis comme moi avec mes fanzines, au fond. Je me souviens du titre de l’une d’elles : Un violon, une vie. Une fois, elle a dit : « Moi, ce que j’aime le plus quand je joue du violon, c’est quand le monde me disent que chu belle ». C’est vrai qu’elle était belle. Elle le savait. Elle en parlait tout le temps. Mais elle voulait qu’on le lui dise. Une fois, elle a demandé à ma mère : « Trouves-tu que j’ai des rides? » Elle avait 78 ans.

Une fois, je l’ai googlée pour voir si je trouverais des traces de ses cassettes sur internet. J’ai trouvé mieux que ça. Ma grand-mère a joué du violon à l’émission Entrez la visite, en 1994, et quelqu’un a mis l’extrait sur YouTube. L’animateur la complimente, il lui dit qu’elle est une « jolie madame », et je le vois bin que mamie, elle touche pus à terre, elle tripe sa vie. 



J’ai pas vu ma grand-mère depuis au moins 10 ans, mais je prévoyais aller la voir pour sa fête. Elle m’aurait sûrement pas reconnue, pas juste à cause du temps, surtout à cause de la maladie d’Alzheimer. Mais c’est pas grave. Je lui aurais montré la vidéo d’elle à l’émission d’André Lejeune, où elle rayonne comme une câlisse, où elle est au top de sa gloire, et je sais que ça aurait été plus important pour moi qu’elle se voie et s’admire plutôt qu’elle me reconnaisse et me dise des banalités. On n’a jamais vraiment eu de lien spécial. La seule fois où j’ai eu l’occasion de souper seule avec mes grands-parents, ma grand-mère prenait toute la place et elle me parlait de son émission préférée. « Écoutes-tu Les feux de l’amour ces temps-ci? C’est assez beau, là. Brooke va encore se marier. » Ça, c’était pas longtemps avant qu’elle fasse comme Brooke et plaque mon grand-père pour se marier avec un autre homme. 

Ma grand-mère a fait souffrir beaucoup de gens dans sa vie. Elle a aussi fait du bien à d’autres personnes, et parfois aussi aux gens à qui elle faisait du mal. Je pense que ma grand-mère a fait ce qu’elle a pu avec ce qu’elle a eu de la vie. Je pense qu’elle m’a appris des choses sur moi, et qu’elle a fait grandir d’autres personnes aussi. 

Dans cinq jours, c’est le 97e anniversaire de Jeanne-D’Arc. Je doute qu’elle s’y rendra, et je conjugue comme si elle déjà était morte. Elle n’est plus consciente. Je pense pas qu’elle serait offusquée par mes temps de verbe. Je pense même qu’elle serait flattée que je parle d’elle dans internet. Je lui dirais qu’elle existe dans internet. 

J’ai souvent fait des blagues de mauvais goût, du genre on dit souvent que c’est toujours les meilleur·es qui partent en premier, bin ma grand-mère va toutes nous enterrer, ha ha! Ou encore, mon oncle Marquis en avait sorti une pas pire quand on se disait impressionné·es par la santé de fer de Jeanne-D’Arc. Malgré son âge avancé, elle n’avait ni maladie ni bobo, contrairement à tous les vieux qu’on connaissait. Même pas de maladie du cœur!  « C’est sûr qu’y va bin, son cœur; a s’en est jamais servi. » C’était souvent de même quand il était question de ma grand-mère. Des fois, le monde appellent ça « un méchant numéro ». Ma grand-mère, c’était ça : un méchant numéro. Un personnage. 

J’ai longtemps pensé que sa mort me ferait rien, que je m’en crisserais, et là, j’ai pas le choix de me rendre à l’évidence : je m’en crisse pas. 1 680 mots pour dire à internet « Mamie Jeanne-D’Arc was here ». Bye, Mamie. Meurs en paix, s’il te plait. Je vais choisir mon plus beau linge noir à paillettes pour tes funérailles de star. Je t’aime.