vendredi 16 août 2019

Les bernaches et les poulets s'activent le jour

Quand j’ai pris l’autocar pour me rendre à Louiseville, j’ai vu plein plein de bernaches dans des parcs d’Ahuntsic. J’avais un peu envie de pleurer, parce que je les trouvais tellement belles — et un peu badass — et je souriais niaiseusement en les admirant. Plus tard, sur la 40, j’ai encore croisé un camion plein plein de poulets. Il y a beaucoup plus de poulets que de bernaches dans l’univers, et je ne connais pas les chiffres, mais je sais que les poulets sont aussi admirables que les bernaches. Les poulets étaient si près de moi que j’aurais pu leur donner des noms. Un peu plus et je pouvais les flatter. Ils étaient tous aplatis contre le sol, et je sais pas si c’était à cause de la peur, du vent ou des secousses s’ils se tenaient comme ça, ou à cause de leurs petites pattes de bébés oiseaux trop frêles pour supporter leur corps lourd et viandu. 

Quand je suis revenue à Montréal, j’ai marché de la gare jusqu’à chez moi et j’ai fait un détour par le parc La Fontaine, où j’ai longé l’étang pour voir les oiseaux. J’ai en premier vu quelqu’un qui faisait des push-ups en descendant un escalier. On aurait dit un fantôme de film d’horreur japonais. J’ai aimé ça. Mais j’ai encore plus aimé voir les oiseaux. Un petit goéland à bec cerclé m’a regardé comme un humain mérite de se faire regarder par un oiseau, c’est-à-dire avec suspicion. Après, j’ai vu des canards qui dormaient en boules, le bec dans le creux des ailes, et les bébés formaient un tas fluffy.


Après, je me suis demandé combien de personnes ont donné du pain aux canards aujourd’hui, et combien de canards sont morts cette année après avoir mangé du pain ou des Goldfish ou autres shits du genre. Je pense à des chiffres alors que je devrais penser à rien et dormir, mais je pense aussi à faire un statut Facebook pour demander à mes ami·es de ne plus m’inviter à des activités diurnes.

Cette bernache est fucking admirable. ©ARLEN REDEKOP / PNG

lundi 29 juillet 2019

Evlyn m'a dessinée!

Tantôt, Evlyn et moi on jasait au parc en mangeant du chocolat. On a fait connaissance avec une chienne tellement BELLE, et son humaine trouvait ça drôle qu’on s’installe drette devant le parc à chiens pour avoir une belle vue, et après, Evlyn m’a dit que j’avais du chocolat sur le bord de la bouche, et dans ma tête j’étais aussi beurrée que le petit lapin qui mange une tranche géante de melon d’eau, mais elle a dit que c’était juste un pixel de chocolat. En tout cas, sur son dessin, j’ai pas trop l’air de manger comme une truie (mais pour vrai, je mange comme une truie, des fois j’en échappe sur mes chats). Mais c’est pas grave parce que j’aime aussi beaucoup les truies, ainsi que les chiennes et les pigeons du parc Laurier.

Evlyn a fait cette illustration en deux minutes, je capote un peu. <3 td="">

jeudi 11 juillet 2019

Notre virée su Canadian Tire

Après une journée d’oisiveté avec Régis, il était temps que je m’active un peu et que je m’attaque à ma liste de tâches qui trainent depuis trop longtemps. Aujourd’hui, je magasine dans un Canadian Tire de banlieue avec Alexandre, et je pense que je suis aussi fébrile que les Chick’n Swell avant d’aller à Victo.

À 13 h 17, Alexandre m’écrit : « Solange! Es-tu réveillée? » Aucune idée de quoi il parle. « Connais-tu les Secrétaires volantes? C’est un band de Québec! » Je les connais juste de nom. Je me souviens que ma sœur pis son chum avaient sous-loué l’appartement du bassiste en haute-ville un peu avant d’engendrer mon neveu. C’est tout ce que j’ai à dire sur les Secrétaires volantes malheureusement. Pour la route, Alexandre aura prévu une playlist en conséquence pour remédier à ça, heureusement.

Il avait réservé une Communauto pour l’occasion, sa Miata étant trop petite pour embarquer le gros bac roulant anthracite que je convoite depuis le vol de ma dernière poubelle le 17 mars 2019. Oui, j’ai un problème de vols de poubelles et c’est à la fois extrêmement frustrant et très niaiseux. Mais c’est pas de ça que je veux parler. Non, aujourd’hui, je raconte

NOTRE VIRÉE SU CANADIAN TIRE




Alexandre m’attend dans le char. À ce stade de l’histoire, on sait toujours pas si on s’en va au Canadian Tire de Laval ou de Rivière-des-Prairies. C’est les deux succursales qui sont censées avoir en stock le modèle que j’ai choisi. Mais on a le temps d’y penser, parce qu’on s’en va d’abord au Café Dei Campi. C’est ma place préférée pour manger! Tout est bon là-bas, et je suis un peu en amour avec les pizzettes. Des fois, je rêve que je mange des pizzettes, et je me réveille toujours un petit peu déçue. J’y pense : presque toutes les fois où je vois Alexandre, on va au Dei Campi, ne serait-ce que pour ramasser de la bouffe. La première fois que je l’ai rencontré, c’était justement là. C’était ma première fois au Dei Campi, on allait déjeuner avec Élise. Je dis « on », mais je pense qu’Élise était rendue à son souper. On vit pas dans le même fuseau horaire biologique. Genre, Élise peut se lever, me dire « bon matin! », pis moi je m’en vais me coucher. Sans exagérer. 

En tout cas, cette fois, on arrive au Dei Campi alors que j’y suis pas préparée. Je me suis bourrée de muffins aux bleuets — attention, maintenant je cuisine —, je savais pas qu’on allait là, alors que pour Alexandre c’est une étape qui va de soi, mais je peux rien avaler de plus, donc je prends un biscuit pour plus tard. « Leur recette de biscuits est-tu dans le livre d’Élise? » Oh que j’aurais aimé ça!

Je me dis que ça se pourrait bien que les stocks indiqués sur le site ne soient pas exacts. Prenons pas de risque et appelons. Aucun choix du menu mène au département des poubelles, alors je choisis « Service à la clientèle ». La dame qui me répond me transfère « au bon département ». C’était quoi le bon choix du menu, au fait? « Produits ménagers ». D’accord, merci. (Alexandre et moi on se regarde. Y’avait pas l’option « Produits ménagers », han? Non.) Ça répond « Allo? ». Suis-je toujours su Canadian Tire? Je dis à la dame que je voudrais vérifier s’ils ont bien en stock l’article que j’ai vu sur leur site internet (j’ai vraiment dit « site internet » et je me suis jugée moi-même d’avoir dit ça), je donne le numéro d’article, mais la dame me dit qu’elle doit raccrocher pour vérifier. « Pouvez-vous me rappeler? » Ah… Euh, oui? Bien sûr. Quel drôle de système. Si tu veux me parler, envoie-moi un FAX.

Voici ma poubelle de rêve.

Je vais évidemment oublier de la rappeler parce qu’on arrive au Dei Campi, pis on va vivre dangereusement et se rendre direct à la succursale de Laval sans vérifier si ma poubelle anthracite m’attend pour de vrai.

Alexandre a même pas besoin du GPS. C’est comme full instinctif chez lui, il roule jusqu’à Laval comme un charme, il prend même la bonne sortie pour nous emmener au village des magasins. Le village des magasins, c’est comme un centre d’achats à ciel ouvert, sauf qu’au lieu de te déplacer d’un magasin à l’autre en marchant, tu prends ton char, pis au lieu d’avoir des aires de repos et de restauration, t’as des parkings, beaucoup de parkings. Reste pas là trop longtemps au soleil.

On hésite à aller voir su Walmart. D’un coup qu’ils auraient des poubelles au meilleur plus bas prix? Mais ça dépasse les limites de mon anticapitalisme (lol). « En plus, Canadian Tire, c’est canadien! » Voilà de quoi me rassurer dans mon choix de consommatrice, Alexandre. Allons acheter local, go!

Juste avant qu’on pénètre dans le temple, je ralentis un peu devant les plantes. J’aime tellement ça, les plantes. Mais pourquoi j’arrive pas à les garder en vie? Euh… Eux autres non plus, on dirait. Sont toutes jaunes et fripées. Ces plantes-là ont l’air de souffrir. J’imagine que c’est ce genre d’images qu’ont en tête les carnistes qui disent que c’est cave de pas manger d’animaux parce que les plantes souffrent aussi.

Okay, on entre. C’est immense. Ça nous prendrait une carte. Ou peut-être qu’on devrait se servir de Google Maps? Quoique, Alexandre a l’air d’avoir un crisse de bon sens de l’orientation. On va aussi demander de l’aide à pas mal tous les commis qu’on va croiser. Expérience client totale.

Pendant qu’on se dirige vers la rangée des poubelles, on entend à l’interphone une commis qui annonce un évènement important : dans un instant, elle va donner un produit gratuit aux clients qui voudront bien se pointer au bout de la rangée 93, et ce sera leur seule chance d’obtenir ce produit gratuit bien mystérieux. Ça marche un peu leur affaire, parce que je peux pas m’empêcher d’être intriguée…

Ah! La voilà. Ma poubelle roulante anthracite. Il y a trois exemplaires, tous empilés sur une étagère inaccessible. Je lève les bras vers elle, Alexandre dit : « Viens dans les bras à maman. » C’est le temps de déranger un autre commis.

Il arrive pas à descendre les gros bacs. Sont jammés, et à bout de bras, ça a l’air lourd à pogner. Il s’étire au bout de son escabeau, et on est tentés de l’aider, mais Alexandre lui fait sagement remarquer : « Ton assurance couvre pas mes blessures. » Je vais chercher une autre commis. À deux, ça roule. Ça roule, mais le couvercle de mon bac ferme pas! Oh no. Est-ce que je peux en avoir un autre? Svp? 

On a choisi le filtre « Pépites ». L’aimes-tu?

Voilà. J’ai ma poubelle. Je suis en possession de mon beau bac roulant anthracite — reste à payer, quand même. Et je veux que ce soit ma dernière poubelle à vie, je veux plus jamais dépenser d’argent pour une querisse de poubelle. C’est ce qui nous amène ensuite au département de la peinture.

Avec de la peinture en canne, je vais écrire mon adresse sur le bac. Mais quelle peinture choisir? Alexandre me fait remarquer que c’est de la peinture à char qu’on est en train de regarder. Il passera un bon cinq minutes à regarder les crayons à touch-up pour sa Miata. Je dérange un autre commis. 

Bon. C’est dans ce mur des canettes de peinture que je vais trouver ce qu’il me faut. Mais laquelle? Le commis sait pas trop lesquelles de ces peintures adhèrent au plastique. Il va m’envoyer quelqu’un d’autre. C’est finalement un client qui va nous dire quoi acheter. Merci monsieur! 

Maintenant, ça me prend une chaine pour sécuriser ma poubelle de luxe. Nouveau commis à déranger.

— Ah, il nous reste pus de chaine au pied. Va falloir t’ailles chez Patrick Morin pour ça.
— Okay. C’est qui, lui?
— Bin, euh, c’est une quincaillerie, c’est juste à côté.

Okay, j’irai à mon Rona de quartier. On n’a pas prévu faire une tournée du village de magasins.

Finalement, Alexandre a trouvé c’était quoi le produit gratuit en farfouillant dans les rangées. « Un nettoyant miraculeux! » Oh shit. Avec une démonstration en plus. Dire qu’on a raté ça…

Bon, est-ce que j’achète un ti-casse? J’ai peur d’avoir un accident de Bixi et que mon crâne soit écrapou comme un Whippet. Alexandre prolonge la location de Communauto, mais on finit par décider que c’est peut-être pas le meilleur moment ni la place pour magasiner mon casque de vélo.

Alexandre s’arrête devant un aspirateur à 700 $. Il a l’air de bien connaitre ça, parce qu’il l’appelle « mon beau Dyson ». Moi, je trouve qu’il ressemble pas mal à celui de mon ex, pis la moitié du temps, on pouvait pas s’en servir parce qu’il fallait le charger pis ça me fâchait. Fuck off. Pis hey, pour la moitié du prix, t’as un Roomba d’entrée de gamme qui va faire le ménage tout seul, pis ton chat va avoir du fonne. 

Même affaire pour le projecteur cheap. « Ça pourrait-tu être pratique pour faire notre visionnement des Voisins avec ton polycule? » Oui, mais mon polycule a un super grand sous-sol frais avec un projecteur, on devrait plutôt s’inviter là. Sinon, j’ai maintenant une télé. Pis un manné, je vais bien finir par trouver des divans (une autre affaire sur ma liste).

Oh ho. La commis annonce qu’il y aura une autre démonstration avec LE PRODUIT GRATUIT. On y va-tu? Je fais attention aux folies dans les dépenses, mais pour les produits gratuits? Hiiiiiii!

Arrivés au bout de la rangée 93, y’a personne. On voit le stand où aura lieu la démonstration, avec un bout de plancher en céramique prêt à être sali puis nettoyé de façon complètement inédite. Ossetie, ça va être gênant d’assister seuls à la démo. On décide d’aller un peu plus loin pour scèner discrètement. On n’aura pas de produit gratuit, mais on aura vécu la chose. 

Finalement, ça a l’air plate et un peu sectaire, et ça commence à être l’heure de retourner dans la métropole. Comme on passe dans l’aire des instruments de cuisine, que je suis en train d’apprendre à cuisiner, et que je pourrais procéder par mimétisme et refaire la recette coréenne qu’Archie m’a montrée l’autre jour, je demande à Alexandre s’il s’y connait en matière de poêles. « Non. On a déjà eu cette discussion-là. » Quoi? On a eu une discussion sur les poêles? À au moins deux reprises Alexandre me dira « on a déjà eu cette discussion-là ». J’ai plein de questions, dont : On est-tu rendus des spécialistes de magasiner su Canadian Tire? Ma mémoire est-elle si pourrie que ça?

Avant d’arriver aux caisses, on tombe dans les livres. « Penses-tu que le livre d’Élise est là? » Huuu, on dirait plutôt des livres qui ont échappé de justesse au pilon. On n’a pas trouvé le livre d’Élise, mais on a vu des livres de cuisine végétarienne et même de cuisine flexitarienne. Si j’ai bien compris, c’est un livre qui te dit que tu peux cuisiner chaque recette avec ou sans viande. K, cool. Alexandre prend un Guide de l’auto pour son « neveu qui aime bin ça lire ça ». Je sais toujours pas si c’est vraiment son neveu qui va le lire.

La caissière me dit qu’elle aime mon look. Aon. Est fine. Elle venait aussi de me demander si elle pouvait regarder dans la poubelle, d’un coup qu’on aurait caché quelque chose dedans, ou mieux, quelqu’un. Le coup de la poubelle, c’est pas une bonne manière de voler du stock su Canadian Tire, sache-le.

Le GPS biologique d’Alexandre est peut-être pas si parfait, au fond. En sortant du village des magasins, on se ramasse vite dans un rang avec des vieilles maisons. Je me dis que c’est donc bin la place parfaite où habiter à Laval. T’as l’impression d’être loin à la campagne, mais non, t’es drette à côté de toutes les tentations du capitalisme. Sauf que c’est pas là qu’on veut habiter right now, ça fait qu’on se rabat sur Google Maps pour retrouver la grand-ville.


Sur le chemin du retour, on a écouté Solange attentivement, et on a parlé de nos chats morts et de nos chats vivants, et quand je suis rentrée je regrettais pas d’avoir acheté un biscuit. Et qui aurait cru que ça ferait autant de bien à mon moral de plus avoir à garder mes vidanges dans mon salon?

mercredi 19 juin 2019

Boire un chocolat chaud avant d'aller danser avec les gothiques

Personne voulait sortir danser avec moi ce soir-là, et tout le monde avait de bonnes raisons de pas vouloir sortir danser, sauf Ringuette, qui voulait aller dans une « place standard ». Heille, wo. J’irai certainement pas danser dans une place standard si y’a rien qui m’oblige à faire ça. J’ai déjà habité à Québec, moi. En plus, je voulais tester une nouvelle soirée gothique, même si c’était déjà prévu que je retourne au même endroit le lendemain. Je suis pas mal déprimée ces temps-ci, alors sortir danser sur une base régulière, c’est à la fois une stratégie de survie et une occasion d’aller faire la malade sur le dancefloor (par opposition à faire le malade assis, si tu saisis l’astuce). Et si j’ai de la chance, je fais ça avec des gens que j’aime.

Toute la journée j’avais essayé de travailler efficacement, mais c’était dur. La déprime et l’anxiété viennent avec travailler mal. Ma concentration n’est pas là, je fais des erreurs, je suis lente. J’ai trop de choses à faire et à penser, je suis stressée, mais j’aurai bientôt des vacances. Par « vacances », j’entends « absence de travail rémunéré ». Je vais pas voyager, non. Mon ami Alexandre m’a dit qu’il y a un non pour ça : staycation. J’ai hâte d’être rendue là, même si je sais bien que ça va me faire descendre plus creux dans mon gouffre financier.

Juste avant de sortir, j’étais en train de tchatter avec Nicolol en buvant un chocolat chaud. Dans la même veine que la fois où on inventait un nouveau titre à L’hiver de force chaque fois qu’on parlait du livre, on s’invente un nouveau nom presque chaque fois qu’on s’interpelle. Je lui ai dit « à plus tard, Nicoloriage » et il m’a répondu « salut, Soflashdance », et j’ai trouvé ça fort. Un de ses meilleurs, je trouve. Et mon meilleur, à ce jour : Nicolonoscopie. 

En chemin, j’ai croisé une amie et ex de mon ex. Elle s’en allait justement à la même place que moi, alors on a marché ensemble jusque là. Je lui ai parlé de mes problèmes de vache, elle m’a parlé de son voyage au Maroc. Ça fait cinq semaines qu’elle revient du Maroc, et elle en revient pas de revenir du Maroc. Un jour, je ferai un voyage transformateur. Genre : aller à Ottawa. 

Personne voulait sortir, jusqu’à ce que mes métamours m’écrivent. Bébé Goth a dit : « Archie s’en vient, on est dans le taxi! » J’ai donc passé la soirée avec le mari de ma blonde.

Sur la piste de danse : Suicide Commando. Une fille m’a tendu un flyer du show à venir et m’a fortement conseillé d’y aller. J’ai vu Suicide Commando avec Thieuse à Kinetik en 2011, je pense. Sur place, on avait rencontré ses ami·es gothiques, dont Éric, qui travaille au Biodôme. Il m’avait dit qu’un des esturgeons avait un kick sur lui, et j’étais un peu envieuse parce que j’aime beaucoup les esturgeons et les poissons en général. Je sais pas si j’aime autant Suicide Commando que les esturgeons, mais ça pourrait être le fonne d’aller voir le show à la fin du mois.

C’était un soir plus relaxe, il y avait pas plus de 10 personnes à la fois sur la piste de danse. Je pense qu’Archie et moi on a dansé 20 minutes en tout. On a surtout jasé dehors, de Passe-Partout, d’animés, de son ancienne carrière de jeune champion d’escrime, de notre blonde, de son chum aussi, et on a dit qu’on devrait parler dans leur dos, parce qu’on les aime. Le bar fermait, alors on est allés chercher nos choses pis on dit bye, à demain, comme si on était dans notre salon, et on a jasé en marchant jusqu’à la Coop les récoltes. Archie a dit « j’ai un livre à te montrer, check c’est mon philosophe préféré », et il a sorti de sa sacoche Testo Junkie, de Paul B. Preciado (publié sous le nom de Beatriz Preciado). J’étais un petit peu énarvée, et j’ai catché plus tard que j’avais déjà lu sa page Wikipédia avec beaucoup d’émoi. C’est le prochain livre que je veux lire. 

Archie est grand, il a des yeux de chat, et des esties de beaux sourcils. Il a une belle voix. Tous les membres de mon polycule ont une belle voix. Si on nous entendait parler tous les quatre, on pourrait dire qu’il y a une seule voix gossante qui sort du lot, pis c’est la mienne. Je pense objectivement que ma voix est pas si pire que ça, mais c’est la mienne alors j’ai le droit de la critiquer. 

Archie est plus attentif que moi. Avec ses yeux de chat, il entend ce qui se passe autour de nous. Il a remarqué qu’un dude soul a crié après une fille qui marchait près de nous. Il était question d’être habillée pour se faire violer. Ça l’a inquiété, parce que c’était pas clair si c’était des menaces ou du râlage de gars soul. On a ralenti le pas pour en quelque sorte escorter la fille discrètement, afin qu’on puisse intervenir si le dude s’approche d’elle. Je ne sais pas exactement ce qu’intervenir veut dire quand c’est moi qui le dis. Il faut que j’y réfléchisse et que je m’y prépare. Peut-être que ça veut dire sortir nos armes de gothiques. Archie pourrait prendre son épée. Peut-être que je pourrais caller des démons drette du centre de la terre. En tout cas, la fille était pas seule. On a formé un bouclier avec le ciel en petites boules roses, puis le dude soul a bifurqué vers une autre rue, pour aller se coucher on l’espère.

Rendus à la Coop, on a retrouvé Bébé Goth, et j’ai un peu chillé avec eux avant de poursuivre ma route jusqu’à la maison. Bébé Goth m’invitait à l’after chez lui, mais check bin à quel point je suis sage et responsable : je devais rentrer nourrir mes chats, et ensuite dormir suffisamment pour être capable de travailler efficacement le lendemain (pour après sortir danser de nouveau). 


J’aime marcher la nuit. Je trouve que la luminosité est meilleure, les graphiques sont pas mal plus beaux dans la pénombre, il y a moins d’humains et de voitures, les odeurs sont plus intéressantes, et il n’y a pas de rayons UV pour agresser ma peau translucide. Ce soir-là, j’aurais pu marcher encore longtemps, de la musique dans les oreilles, mais pour les petites rues sombres qui me restaient à parcourir, j’ai pris un Bixi. Première fois de l’année que je roulais la nuit, et c’est une de mes activités nocturnes préférées de l’été. Pas de chars, juste des moufettes et des chats, parfois le chant des engoulevents, ou les petits bruants si la nuit tire à sa fin. C’était les petits bruants. J’ai ôté Ministry de mes oreilles et j’ai pédalé jusque chez moi en me crissant du Code de la route. En me laissant rouler, j’ai réalisé : c’est un beau moment, je me sens bien. Si des bruants m’ont vue à ce moment-là, ils ont dû se dire : voici une personne qui fait du vélo en souriant. De plus en plus, je pense à promener mon sourire niais quand je me sens bien. C’est pas très gothique, non.

jeudi 23 mai 2019

J'aime tous les oiseaux de la Mauricie (et du reste du monde)

L’autre jour avant de m’endormir, j’ai lu un article de Dre Aysha Akhtar — « I studied factory farms for years. Visiting one was far worse than I imagined —, et même si ça m’a broyé le cœur, je regrette pas de l’avoir lu. Je me sens obligée de rester informée et à jour sur le sujet.

Le lendemain, dans l’autocar qui m’a menée à Trois-Rivières, j’ai croisé un camion rempli de broiler chickens, ces mêmes poulets dont parle Akhtar dans son article. Des étages de bébés oiseaux — ils sont normalement abattus lorsqu’ils ont entre 7 et 9 semaines, parfois moins —, des petits poulets blancs jaunis avec une toute petite crête, tous entassés dans des cages ridiculement petites. Je sais que plusieurs ont les os broyés.

Mon cœur. Encore le cœur broyé. Mais je regrette pas de les avoir vus. 

C’est toujours pareil : j’ai envie de m’excuser, de leur dire que je les aime, même si ça change rien, et de m’excuser, je suis désolée, je suis tellement désolée…

J’en ai tout de suite parlé à Rita et Isabelle sur Messenger, mais c’était un très mauvais réflexe parce que les deux avaient eu un début de journée de marde. Je m’en voulais d’avoir manqué de jugement. Je me suis rappelé que je connais d’autres solutions pour esquiver une crise de panique.

J’ai essayé de penser à des belles choses. J’ai regardé les nuages. J’ai pensé à l’Antarctique. J’ai pensé à Christiane Bailey. Après, j’ai remarqué les oiseaux libres et vivants : un rapace qui plane, des bernaches qui posent. À partir de là, j’ai pu me concentrer sur tous les animaux que je croisais sur ma route.

Seulement à la hauteur de Maskinongé, j’ai vu : un petit rat musqué qui nageait, au moins trois grands hérons (dont un qui avait l’air de se prendre pour un autre, mais c’est pas de sa faute), des bernaches, un canard colvert, des carouges à épaulettes, des goélands argentés (ou à bec cerclé?), un échassier blanc que j’avais jamais vu! (une grande aigrette, on dirait), un marmotton, plusieurs marmottes, des corneilles d’Amérique, un geai bleu, un merle d’Amérique, peut-être un grand corbeau, des étourneaux sansonnets, un quiscale bronzé. 

Toujours à Maskinongé, j’ai pas vu : André pis Nicole.

Mes yeux poches d’humaine n’ont pas vu non plus les très petites espèces, comme les insectes et les rongeurs et les amphibiens, mais j’ai vu des pneus et une shitload de déchets anthropocènes. Ça, je pouvais pas les manquer.

J’ai aussi vu des maisons et des chalets inondés. J’ai pensé à la revue de témoins de Jéhovah que j’ai ramassée en fin de semaine en prenant le métro vers Longueuil dans laquelle on t’explique quoi faire si tu subis une catastrophe naturelle. J’espère que ces gens inondés ne lisent pas Réveillez-vous!. Ils seraient déçus en maudit. J’espère qu’ils vont être corrects.

Les bernaches faisaient des choses importantes. 

J’avais moins envie de pleurer, mais j’avais encore les larmes aux yeux. Je les aime. (C’est correct d’aimer des gens qu’on connait pas.)

Et pendant que je regardais ces oiseaux, les condamnés et les libres, un oiseau que je connais bien, l’oiseau le plus choyé, le plus aimé, vivait ses derniers instants de vie d’oiseau aimé et choyé. Tout ça se passait quelques jours avant sa mort brutale et dramatique, qui laisse derrière elle des cœurs broyés, inconsolables. 


Et je vous jure qu’il n’y a pas de différence entre le deuil d’un humain et celui d’un oiseau, et je ne sais pas pourquoi on dit « partir comme un petit oiseau ».

mardi 30 avril 2019

Le marathon L'hiver de force

Ça faisait quelques fois qu’on parlait de L’hiver de force, Nicolas et moi, et chaque fois on se disait qu’on était dus pour le relire, parce qu’on avait oublié des détaux, pis anyway c’est jamais une mauvaise idée de relire Ducharme, à moins que t’angoisses à l’idée que pendant ce temps-là, tu peux pas lire les autres livres que t’as pas lus pantoute. Ça fait qu’on a décidé de le relire en même temps, et même de transformer ça en marathon : premier qui finit gagne un Gagnant à vie — pas forcément gagnant — et la gloire qui vient avec. Nicolas Jodoin vs. Lora Zepam.

Devine qui a gagné???

J'avais le choix entre deux éditions, et la version numérisée par Thieuse qui contient des caractères weird.

Bin non, pas moi. Hey, j’écris pas toujours pour me vanter! Nicolol a gagné, pis en estie à part de ça : il a fini hier, alors que j’étais juste rendue à la moitié. En plus, il a une grippe. Pas un rhume, là. Une grippe genrée, qu’il dit. Pis je vais pas finir le livre aujourd’hui, j’ai encore de la job qui vient de rentrer.

Alors bravo Nifuckolat, tu gagnes le marathon de L’hiver de plotte! (On n’arrête pas de faire des farces plattes, kestuveux. Pis c’est même pas la pire, là.)

Pis moi, là, bin j’ai la confirmation que j’ai toujours pas réussi à réorganiser ma vie pour faire plus de place pour la littérature (lire, écrire, ces shits-là). Pis ça me déprime. C’est comme si j’avais le choix entre être pauvre, anxieuse, agoraphobe et avoir du temps, ou avoir une santé financière et mentale correcte, mais pas avoir une querisse de minute pour moi. (Sauf là. Check, je vole du temps pour écrire ces gnéseries.)

Avant, j’écrivais tout le temps ici (j’aime ça!), un manné je me suis mise à faire des fanzines (j’aime full ça!), et maintenant, j’écris surtout à mes ami·es sur Messenger, dans les bulles de commentaires des documents que je révise, et quand j’ai du temps ou trop d’affaires à mémérer, j’écris un long email à mon ami François Blais. 

Je lisais avant de me coucher, en déjeunant, dans les transports en commun, durant les rides de char, dans la face du monde, en dinant, en soupant, un peu n’importe quand; le reste prenait le bord quand j’avais une lecture captivante. Ce que je vivais était toujours teinté de mes lectures du moment. 

Là, je trouve juste du temps pour des lectures relativement courtes, et tous mes projets qui sont un peu longs sont suspendus ou flottants, j’arrive même plus à les toucher en m’étirant jusqu’au boutte des orteils. J’ai jamais voulu ça. Il va falloir que je sacrifie des choses dans ma vie, et je sais pas encore ce sera quoi. Déjà, j’ai plus Netflix (bonne affaire). Je vais désactiver — encore — Facebook, bien que j’y perds pas mal moins de temps qu’avant. Peut-être que ma vie sociale va écoper. Que mon appart va être encore plus bordélique. Je pense que mes sauvetages d’animaux vont aussi être tassés pour un temps (c’est en train de me ruiner, anyway).


Pour notre prochain marathon — parce que oui, on va en faire d’autres! —, je vais m’arranger pour que ce soit agressivement compétitif entre nous. Watch out, Nicolerette, parce que Lover de force, c’était juste un réchauffement.

jeudi 28 mars 2019

J'ai le rhume

J’ai décidé de donner un sens au rhume. Le rhume, c’est l’affaire la moins grave que je peux pogner. Deux ou trois journées plates, où je me donne le droit de geindre abondamment à propos de mon état misérable, après ça les symptômes s’estompent et disparaissent en une semaine. Donc, le rhume, c’est juste un peu gossant, et c’est con.

Le sens que je lui donne, c’est l’obligation de prendre soin de moi et d’arrêter de penser à produire. Mais j’y arrive pas. Pourtant, y’a rien que j’aime plus que rien crisser, ou lire, ou jouer au Nin, ou regarder des films avec mes chats. Mais là, j’ai le rhume, et je suis pas très bonne pour m’en servir comme je suis censée le faire.

En plus, ce rhume-là, c’est un rhume de manquer une semaine d’école. Je suis congestionnée, ça fait que j’entends moins les sons ambiants, mais super gros mon acouphène ou encore mes bruits de mastication, deux choses que je trouve assez irritantes; je suis fatiguée, y’a le feu dans mes sinus et ma gorge, je sens et je goute presque rien, et je suis un tube de morve. Genre, je sais plus où mettre tous les kleenex que je remplis — et c’est pas une image, là : ma poubelle a été volée, j’accumule les déchets chez moi. 

En gros, tout est en place pour que je prenne un break de la vie et que je me traite comme une VIP. Je peux peut-être pas demander à ma mère de motiver mes absences, mais j’ai pas non plus énormément de contrats à finir cette semaine, alors je pourrais me permettre des journées de travail pas trop trop chargées.

Pourquoi j’y arrive pas? Pourquoi je continue d’avancer dans mes impôts (arque), que j’essaie de finir la comptabilité de Fondation Po, que je continue de chercher des solutions à tout plein de tracas personnels et de faire des choses utiles? Tantôt, j’ai pensé : ah, si demain je vais mieux, je vais teindre mes cheveux et peut-être voir mon coiffeur pour qu’il répare ma gaffe. J’ai eu envie de me chicaner pis de m’envoyer réfléchir dans ma chambre. Mais j’étais déjà là, en train de réfléchir à comment sortir de cette vie productiviste. 

Mes ami·es me disent : bois beaucoup de liquide (j’arrête pas de pisser), mange de la soupe (arque, j’haïs la soupe), dors beaucoup. C’est peut-être juste ici que j’arrive à prendre soin de moi, mais pas au sens où mes ami·es l’entendent. Au lieu de suivre à la lettre leurs bons conseils tout à fait sensés, je fais ce qui me tente. Je mange des frites pis du chocolat et je me couche juste quand je cogne des clous. 

Oh, j’ai aussi suivi les conseils d’internet! J’ai fait bouillir une grande casserole d’eau pour humidifier le Manoir Po, pis là je l’ai mise dans ma chambre, en plus des serviettes humides suspendues près du calorifère. Je me sens full ingénieuse. Prête à écrire pour Reader’s Digest.


Et pourquoi j’écris cette note de blogue à 3 h du matin au lieu de m’écraser devant Mario 64 alors que les seules personnes qui vont lire ceci sont déjà pus capables d’entendre parler de mon rhume? Peut-être que c’est la meilleure façon de prendre soin de moi. Bloguer, ça compte pas pour des choses utiles.