lundi 7 janvier 2013

Comment avoir du fonne à Louiseville

Mathieu, Véckée pis moi on était pas mal fébriles. On allait passer trois jours chez Patrick, à Louiseville. Ça faisait presque exactement deux ans que je n’y étais pas allée. La dernière fois, c’était juste après notre rupture. Un divorce à l’amiable. Patrick et moi, on sait qu’on va toujours s’aimer, mais que notre histoire d’amour romantique est derrière nous. J’étais alors allée le voir en tant qu’ex-épouse. Là, début 2013, j'étais due, pis j’avais hâte de sentir Louiseville — ça pue quand même un peu — et constater la masse adipeuse de La Fouine, et fouiller dans mes boîtes. Parce que toute ma vie est empaquetée chez Patrick dans ses garde-robes centenaires.

Le matin de notre départ, mon essitation a pris une claque. Po avait l’air de bouder ses bols d’eau, elle leur donnait des coups de patte avec un air méfiant, exactement comme la fois où elle a cessé de manger et boire durant deux jours. La fois où j’avais encore eu peur qu’elle meure. Au moins, cette fois elle avait l’air en forme et ne semblait pas avoir de douleurs buccales. Mais j’y peux rien, quand Po présente la moindre anomalie, je la scrute et je m’inquiète. Je suis une vraie mère poule, oui, et je pense que c’est quand même une qualité quand on prend soin d’un chat gériatrique. Là, j’étais pus sûre pantoute de vouloir m’absenter.


Mathieu vient me chercher dans trois heures. J’ai trois heures pour savoir si je pars ou si je reste. Trois heures pour observer Po. Je nettoie ses bols en profondeur et les remplis d’eau Eska — d’un coup qu’elle trouve que l’eau du lavabo pue, tsé? Mais là, ça sert à rien que je m’étale plus longtemps sur ça, puisque tu le sais bin que je vais y aller, à Louiseville. Tu le sais parce que t’es attentif et t’as lu le titre. Donc, finalement, Po a bu de l’eau, pis en plus elle était ronronnante et me regardait faire mes bagages avec sa curiosité de Po. Fiou. Fausse alerte.

Par bonheur, mon Ringuette de coloc revient de Québec avant mon départ, alors je lui explique la situation. Ringuette sera ma kittysitter pendant mon séjour en Mauricie et je le texterai matin et soir et nuit en majuscules pour savoir si Po va bien. Sans mon Ringuette, j'aurais pas osé m'absenter du Manoir deluxe.

Mathieu vient me chercher en char. En partant, c’est déjà dépaysant. Il s’est abonné à Communauto alors c’est le genre de choses qu’il va pouvoir faire de temps en temps, mais là il est un peu nerveux parce qu’il ne prend pas le volant souvent, mais je lui fais confiance, je sais qu’il va bien nous conduire.

Après avoir vu une coup' de maisons de serial killers, on pénètre dans Louiseville. Quand la voiture se stationne dans l’entrée chez Patrick, je ressens l’envie de crier « QUERISSE QUE CHU CONTENTE D’ÊTRE AVEC VOUS AUTRES!!! » mais je garde mon excitation pour plus tard, retenue comme un ressort.

Pitrick nous accueille chaleureusement, accompagné de notre grosse chatte blanche qui est pas mal devenu sa chatte avec le temps. Il l’aime beaucoup — il l’aime gros — et  j’espère qu’il réussira à lui faire perdre du poids, parce qu’elle a l’âge de commencer à collectionner les maladies liées à l’obésité. Patrick, si La Fouine meurt, tu vas pleurer? « Oui. » Moi aussi. Je veux pas que La Fouine meurt. Trop de chattes mortes en 2012. Mais là, fuck, c’est pas le temps d’être dramatique! On est heureux de se voir, et c’est la bonne humeur qui gagne la première place.

Oui, La Fouine a encore grossi.

Je tarde pas trop avant de commencer ma fouille archéologique. Je sors des grosses boîtes déformées et poussiéreuses, même pas peur des areniers, pis je plonge mes mains à travers mes souvenirs. Mes cheveux gaufrés en maternelle. Mes vieux toutous, assurément recouverts de colonies prospères d’acariens. Mes bulletins scolaires qui sont des preuves tangibles de l’ennui profond que je ressentais à l’école. Mes casse-têtes. Oh mon diou MES CASSE-TÊTE. Je veux les essayer tussuite. Je commence à les faire, je m’étale sur la table de cuisine, et je trippe pas mal à retrouver des petits univers visuels de ma tendre enfance. Mathieu se joint à moi. Je nous trouve pas mal bons. Surtout après avoir complété celui de 221 morceaux qui étaient presque tous de la même câlisse de couleur. On a travaillé fort dessur, mais on l’a pas contemplé longtemps. Je l’ai détruit, l’ostie de laitte, c’était loin d’être mon préféré, pis y’était pas aussi beau que mon casse-tête de Cookie Monster et du Comte qui est composé de pièces de formes inhabituelles.

Patrick nous a préparé des lits dans sa chambre à l’étage. Sa belle chambre avec le toit en pente. Vickie monte se coucher plus tôt, et Mathieu la rejoint peu de temps après. Je continue de farfouiller dans mon enfance tout en niaisant sur internet. Je demande des nouvelles de Po à Ringuette. On se parle en vidéoconférence. Il est avec Po! Aon, ma belle Po. Elle va bien. Elle mange, elle boit, elle galope, elle miaule après la porte. Ça me fait du bien dans mon coeur de mère poule, je sais que je pourrai dormir l’esprit en paix. Patrick, lui, il dort déjà, couché sur son divan, enseveli sous un chat-blob. Je décide de rejoindre les couche-tôt. Je trouve Mathieu assis au lit, le portable sur les genoux. « Tu viens juste de rater Vickie qui pète en dormant. » Hon, manque de timing. Pendant que je m’installe dans notre nid moelleux, je vois une araignée qui pendouille du plafond et s’approche tranquillement de l’épaule de Mathieu. Un Pholcus phalangioides. Longues pattes de ballerine qui se débat dans le vide. Un deux en un de grâce et de fragilité. C’est une espèce qui me fait peur, je l’ai pas encore apprivoisée, alors je fais des simagrées pour que Mathieu comprenne qu’il est en danger. Mais il s’en sacre solide, de l’arenier à grand’pattes. Avec raison! Je vais quand même chercher une gros pot de plastique et je l’attrape. Je t’aime bin, arenier, pour les deux prochains jours, je te veux pas dans mon lit. Fais dodo à mes côtés, on va apprendre à s’aimer.

Vickie marmonne quelque chose. Hon, je t’ai réveillée?

— Non, c’est mon pet qui m’a réveillée. 
— HA HA! Ça, je vais tellement mettre ça sur Facebook!
— NON!
— Okay. […] Je vais mettre ça sur mon blogue, d’abord.
— Okay.

Plus tard, Véckée se met à chanter dans son lit. « Le temps est bon… »  Je me joins à elle : « Le ciel est bleu! J’ai deux amis qui sont aussi mes amoureux! » Aon, c’est vous autres mes amoureux! « Non, c’est vous deux! » On est tutes des amoureux, hiiiiiiiii!

Je finis par m’endormir un peu, puis je me relève et je descends à la cuisine. Je tombe sur Véckée qui mange des céréales, les cheveux attachés en tas sur la tête. MA HA HA! T’as l’air d’un troll! Le lendemain, Patrick viendra me demander si j’ai ri de lui en le traitant de troll pendant qu’il dormait ou s’il a juste rêvé à ça.

Début d'après-midi, je suis la dernière à me lever, évidemment, faque je décide de pas les accompagner dans leur virée à picerie, à la SAQ pis au Tigre Géant. Pendant leur absence, je réalise que je suis dans une maison, que je peux donc en profiter pour mettre de la musique fort pis chanter comme une ossetie. Le gros fonne. Le luxe d'exister fort! Mes beaux mongols reviennent vite, les bras chargés. Vickie n’approuve pas mes choix musicaux. « Bon, Sophy a mis du Big Shiny Tunes. » Mais non! Ace of Base c’est bin trop vieux pour être sur un Big Shiny Tunes! Je vais la voir en dansant… Heille, dans c’temps-là, y n’avait pas de douchebags! On avait des ginos!

Une fois bien réveillée, je propose à Mathieu d’aller faire une visite touristique au Rossy. Ça sent drôle, mais je suis dedans solide pour du Rossy. Je me laisse tenter par un casse-tête de vaches — j’y prends goût, han — pis j’achète des belles bobettes Rossy pour les fesses à Mathieu. Du même coup, j’achète des mitaines à four neuves pour Patrick pour que pus personne se brûle les mains en sortant un plat du four (pauvre Véckée). Les minous ou les poules? « Les minous. » En revenant vers la maison, je me souviens de l'existence du magasin général sur la rue principale. Mathieu Mathieu! Faut aller là! Un beau gros ramassis de tussortes d’affaires. Le magasin général de Louiseville, c’est un voyage dans le temps. Sans DeLorean. Pis ça pue le moisi, sûrement parce qu’il y a des animaux du passé qui se décomposent dans les recoins du magasin. On trouve des jouets qui n’existent plus aujourd’hui, avec des boîtes décolorées par le temps. Un Jésus noir crucifié. Des pochettes des Backstreet Boys. Pis je m'achète du papier à lettre de cloune épeurant. J’aurais voulu rester plus longtemps, mais Mathieu a hâte de rentrer.

Dostie et Dulude sont déjà arrivés! Yé! (Dans ma tête, je me dis que ces deux-là pourraient s’ouvrir un resto à Trois-Rivières pis appeler ça « Do-Du », pis ça serait full drôle. Mais je serais peut-être la seule à trouver ça drôle. Anyway.) Repas de fondue oblige, on soupe pendant des heures —
« on » exclut la personne qui parle, tsé — et on jase en masse. J’ai même le temps d’aller faire un tour à picerie durant le repas (et d’acheter d’autres tattoos dans la distributrice à cochonneries). Une neige fluffy tombe doucement sur la ville — c’est pas que je trippe gros à parler de météo, mais je te jure que c’était que’que chose à voir — une neige brillante, ça brille tellement, là, que je serais prête à parier que c’est Vickie qui a crissé des sparkles partout à Louiseville.

Après Marc-Antoine K. Fennec, Marc-Antoine K. Famoeufs. Oui, j'sais, on est fous dans plotte.

Là, je suis tuténarvée parce que j’ai un pogné un beau tattoo de tigre. C’est Dostie qui aura l’honneur de le porter, dans son cou. Moi, je prends la pieuvre, Dulude prend le gorille, Véckée prend le coeur « Love kills slowly », et Mathieu prend le loup Dick Tracy. Crisse qu’on est beaux pis élégants.

Avant de ressembler à du renvou de pizza, c'était une bin belle pieuvre.

En tassant le divan pour mieux organiser le salon, on remarque la trappe du plancher. Oh. OH! Qui est volontaire pour explorer la cave creepy? Mathieu! Vas-y Mathieu! Dostie allume la lampe, et Mathieu descend dans les profondeurs de la résidence Brisebois. On le perd de vue, mais on garde un certain contact. T’es où Mathieu? « À l’autre bout du salon! » Tu vois quoi? Y’a-tu des trésors? Des squelettes? « Je… je préfère pas en parler… » Il remonte à la surface. « T’as des araignée-loups dins cheveux! » Es-tu correct? Qu’est-ce que t’as vu? « Je vais juste pas en parler, OK? J’aime mieux pas… » Mathieu fait son kekloune, il fait semblant d’être traumatisé. Ça nous empêchera pas de dormir cette nuit, les fantômes d’enfants morts. Non monsieur.

Après l’excursion de Mathieu, on joue à Scattergories, version maison. Moi j’appelle ça Scatogories pis je me trouve bin drôle. Patrick proteste quand on propose la catégorie « Herbes et épices ». « Je sais même pas c’est quoi, l’herbépisme. » Ouf. Moi je proteste un peu quand Dostie sort ses catégories : pièces de char, pis hockey. Câlasse. J’ai même pas de point pour « toit » parce que ça a l’air que c’est pas une pièce. Pff. Mais mon échec le plus frustrant, c’est quand j’écris « Meulie » dans la catégorie « vulgarité ». Come on! Si j’avais eu un V, j’aurais écrit Vickie! Vickie pis Meulie sont mes plus grands modèles de vulgarité! Je suis pas vraiment fâchée, là. Je m’obstine pour la forme, parce que ça fait partie du jeu. Pis en plus j'ai presque gagné. Mais c'est Dostie qui a gagné solide.

Juste avant leur départ, Patrick offre son Chant pour enfants morts à Dostie et Dulude. Pendant qu’il se concentre fort pour leur faire des dédicaces, je remarque que le plat à fondu a l’air rempli de dèche moisie. Personne est game de goûter à ça, même Patrick est pas assez saoul pour ça.

Menoum? OK, avant d'y mettre un oeuf, il paraît que c'était bin bon.

Cette nuit-là, je m’endormirai tard, avec un mal de tête qui me lâchera pas pendant vingt-quatre heures, fatiguée, mais heureuse. Heureuse solide.

Le lendemain matin, avant de partir, je libère mon ami Pholcus. Il va se réfugier dans une de mes boîtes à souvenirs, une de celles que je ramène pas. On fourre le char de mes cochonneries — mes casse-têtes! — pis on part.

Baille Pitrick, baille la Fouine, baille l’arenier. J’ai hâte qu’on revienne, mais là, j'ai surtout hâte de revoir ma Po.

2 commentaires:

La citadine a dit...

J'aime tellement ça quand tu racontes tes aventures! Je me sens comme quand j'étais jeune et que mon dessin animé préféré passait à la télé le samedi matin. Quand je vois que t'as écrit un nouveau billet, j'ai presque envie d'aller me chercher un bol de Froot-Loops :P

Lora Zepam a dit...

Aoooon! Hé je devrais faire des suggestions de céréales au début de chaque note de blogue.

Et parlant de céréales, hier j'ai découvert ce blogue : http://cerealesqc.blogspot.ca/
C'est dibile. J'ai vraiment du fonne à lire ses critiques de céréales, c'est hilarant.