mardi 11 septembre 2012

Gaspiller mon amour pour un fucking chat




Un de mes cousins a partagé cette photo de Po que j’avais mise sur Facebook la semaine dernière. Je crois bien que personne n’a aussi mal compris pourquoi je fais ces t-shirts. J’ai pensé à lui répondre pour lui expliquer à quel point c’est blessant et ignorant de sa part d’avoir écrit ça, mais j’ai décidé de me la fermer. Faque non, ceci n’est pas une vengeance personnelle. Même si j’ai tout un potentiel de méchanceté en moi. J’ai ça, oui, je peux faire mal avec mes mots, mais je désire faire le bien. Oui, je suis ça, moi, un Calinours des forces du Bien. Pis j’ai pas d’énergie à gaspiller dans des chicanes ou dans la haine, pis de toutes manières, j’haïs ça haïr. J’ai donc mis ma colère de côté et poursuivi une réflexion amorcée depuis un bon moment. Elle n’est pas encore mûre, mais j’ai envie d’en parler, parce que je suis sur mon bloye pis j’en fais bin ce que je veux, câlasse.

Je suis pas si naïve, tsé. Je sais bin que des tas de gens trouvent ça con de dépenser de l’argent pour faire soigner un animal. Mais jusqu’à présent, ces gens-là ont eu la décence de farmer leur yeule. Par politesse, peut-être, ou par respect. Mes amis savent que je suis très attachée à Po, et que j’ai pas un coeur pour les humains et un autre pour les autres animaux. J’aime, c’est tute. Et je considère Po comme un individu et non une motte de poils vivante, même si je suis consciente qu’elle n’est pas un humain, qu’elle ne perçoit pas le monde comme moi. Je fais souvent des jokes, je délire, je suis gnéseuse, mais on peut pas m’accuser sérieusement d’anthropomorphisme. Quand j’emmène Po chez le vet, je me doute bien qu’elle doit pas interpréter ça comme : « Ah, enfin, on va soigner mes bobos! Merci Sophy! » Y'a beaucoup plus de chances pour qu'elle soit terrorisée et ne comprenne pas pourquoi je lui fais une telle chose. Po et moi, on parlera jamais le même langage, mais on fait des efforts toutes les deux pour se comprendre. Elle a, comme tous les chats domestiques, développé un gamme de miaulements pour me signifier différents besoins. Je fais mon possible pour les déchiffrer, même que je considère que c’est mon devoir. La captivité est une condition que je trouve un peu triste, alors j’essaie de la rendre le plus agréable possible.

Po est toujours près de moi, petit satellite de mon quotidien. Dix-sept ans, c’est plus que la moitié de ma vie. Elle a été témoins d’un tas de trucs. Des événements marquants comme les affaires les plus plates et banales. J’aimerais pouvoir faire un super calcul pour évaluer approximativement le nombre d’heures qu’elle a passé sur moi. Juste pour le fonne. Po pis moi on a sûrement plein de stats amusantes. Le nombre d’heures que j’ai passées à ramasser ses peupis et keukas. Les litres de renvou qu'elle a produits. Le nombre de kilos de poils que j’ai dû sniffer. Les jours de ronronnements qu’elle a émit. Ça serait sûrement impressionnant (surtout pour moi).

Si Po était morte alors que j’avais 11-12 ans, j’aurais trouvé ça très triste et j’aurais pleuré, c’est certain. Maintenant que je suis une grande personne, que je sais que la vie est fragile et que tout est éphémère, bin je sais que je vais encore plus pleurer la mort de Po. Depuis le temps qu’on vit ensemble, Po et moi nous connaissons plus que jamais. On passe nos journées ensemble. Je connais toutes ses petites habitudes, elle connait les miennes, et elle sait comment obtenir ce qu’elle veut de moi. Aussi, je crois que je peux dire sans me tromper qu’elle me fait confiance. Les chats se cachent souvent quand ils sont malades ou blessés, c’est un réflexe de survie très fréquent (et utile). Mais Po est venue me voir quand ça n’allait pas. Elle m’a réveillée, sûrement parce qu’elle sait que je suis une source de réconfort et de soins. Elle me laisse lui donner ses médicaments, même si parfois ça goûte mauvais quand je l’enfonce pas assez loin dans sa petite gueule de Po. Elle pourrait très bien s’en aller quand elle me voit arriver avec sa pilule ou résister quand je lui ouvre la bouche, mais elle reste là et attend que ça passe. Des fois elle n’a même pas le temps d’arrêter de ronronner.

Tous ces petits détails sont des signes que Po et moi, on cohabite harmonieusement, bien sûr dans les limites que peut procurer une relation humain-chat. Et que je peux même pas considérer une seconde que je puisse remplacer Po par un prochain fucking chat. Si d’autres chats passent dans ma vie par la suite, tant mieux, ça arrivera, pis c'est ça. Mais pour le moment, c’est pas du tout ce que j’ai à l’esprit. Je suis pas rendue là, et jamais je pourrai voir un animal comme un bien de consommation.

Ces temps-ci, je pense beaucoup aux gens seuls qui n’ont que leur animal de compagnie. Il y en a des tonnes. Non, pas uniquement des personnes âgées. Plein de gens n’ont que leur chat, leur chien, leur perruche, name it. Ils font quoi quand leur animal est malade? Et quand il meurt? Ça doit être terrible. Moi, j’ai quand même une vie en dehors de Po. Je sais que tu me crois pas, mais c’est vrai, tchèque. J’ai des amis. Des activités. Des occupations, des buts, des tas de trucs à faire. Plein d’amis à voir et à aimer, des amis qui m’aiment. Et ça ne rend pas ma Po moins précieuse pour autant. Comment ils s’en remettent, ces gens seuls? Comment ils font le deuil de leur animal?

En tout cas, je crois fermement que je suis pas en train de gaspiller ni mon énergie ni mon argent ni mon amour. Pis en plus, une cystite, ça se guérit, et l’hyperthyroïdie, ça se traite. J’ai pas plogué Po sur une batterie pour la maintenir en vie, calvaire. Tout ce que je veux, c’est qu’elle soit bien. C’est certain que je veux la garder près de moi aussi longtemps que possible. Mais si j’ai un immense respect pour la vie, j’en ai aussi pour la mort, et je vais laisser à Po le droit de mourir quand son heure sera venue. Même si c’est triste, même si je veux pas. Et je laisserai personne me dire que c'est yinque un fucking chat.

Pis après, quand personne ne regardera, je vais l’enterrer dans un Pet Sematary.

7 commentaires:

Frédérique a dit...

Je trouve que tu as entièrement raison. Un animal, même si ce n'est pas un humain, c'est un être vivant qui mérite amour et respect. Il mérite de recevoir les soins appropriés, mais aussi, de mourir dans la dignité.

Edgar ne partage ma p'tite vie que depuis 2 ans, mais je peux imaginer ce que tu ressens après 17 ans de relation avec Po. Quand Edgar était malade et qu'il faisait la grève de la faim, je ne le quittais presque pas, au cas où il aurait eu besoin de moi.

Les animaux (et à mon avis de folle aux chats, surtout les chats!) sont des sources d'amour et de réconfort pour nous. Tout le bonheur qu'un simple ronron de leur part peut entrainer pour nous! Et tout le bien-être que nous pouvons leur donner d'une simple caresse ou avec quelques petites "minouches"...! Ils sont toujours là pour nous écouter, sans juger.

Bon, je suis intense ce matin! Tout ça pour dire: je suis en total accord avec toi. Je te souhaite encore des milliers d'années de bonheur avec une Po en santé! :)

Litchi a dit...

Je suis aussi mille fois d'accord avec toi, Sophy (et avec la jeune fille du commentaire précédent). Ça me fâche terriblement de lire ce commentaire et je te trouve vraiment hot de pas te fâcher, ou de pas lui réécrire. J'ai pas cette sagesse.

Po a de la chance de t'avoir. Et tu as de la chance d'avoir Po.

La citadine a dit...

Totalement d'accord avec tes deux lectrices ci-haut. Et si j'avais accès à son Facebook, il mangerait un char de mot pas fins...

Lora Zepam a dit...

@Frédérique : Merci! Profite bien des bons moments avec ton beau Edgar. Même leurs gnéseries et mauvais coups ne peuvent nous empêcher de les aimer et de les trouver complètement adorabes!

@Litchi : Je suis pas si hot ni si sage. J’étais fâchée, sur le coup. Et ça pourrait revenir si je rumine ça encore. Je pourrais peut-être lui faire comprendre qu’il a manqué de délicatesse et de jugement, mais je peux pas lui donner la sensibilité qu’il n’a pas. C’est un peu triste pour lui, au fond. Avec la sensibilité qu’on a, on peut plus facilement être blessées, mais on peut aussi vivre plus intensément les joies et jouir de plaisirs plus subtiles. Genre, tripper quand notre chat oublie de rentrer sa langue après avoir fait sa toilette.

@La Citadine : Quand j’ai montré ça à mon chum, il a dit : « Tes amis vont le cyberintimider. » C’est une bonne chose pour lui que sa publication n’apparaisse pas sur mon mur. :)

Madame Poulpe a dit...

Ah, ça me rappelle quand Courgette s'était sauvée et qu'une grosse conne d'infirmière, en voyant les larmes que je retenais dans mes yeux à mon con de bureau de conne de job à Sainte-Justine, s'est mise à rire.
Ouin.
Faut croire qu'il y a un certain type d'individus peu sophistiqué qui confondent insensibilité et humour.

Éric McComber a dit...

C'est un monde de brutes. Beaucoup sont handicapés des perceptions et leur mal est probablement incurable.

Je ne dirai pourtant pas qu'il vaudrait mieux ne pas gaspiller les précieuses ressources de la planète pour permettre la survie de ton fucking cousin. Non, ça, ça serait po fin.

Lora Zepam a dit...

@Madame Poulpe : Bleh. Tu regrettes pas cette conne de job, han? Une chance que Courgette est revenue! <3

@Éric McComber : Hu hu. On dira po ça, non. Pis ouin, ça m'intéresse pas de côtoyer des brutes, famille ou pas. Et j'espère sincèrement qu'il y a des chances que certaines d'entre elles puissent s'éveiller un peu.