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jeudi 4 juillet 2013

Avant que le truck de vidanges ne passe

Je suis pas dedans solide pour bloguer ces temps-ci, mais là, j’ai un truc urgent à partager, chère lectrice. Je suis préoccupée par plein d’affaires, parce que la vie est toujours préoccupante pour les angoissées, mais la plupart de mes préoccupations ne te concernent pas, heureusement. Par contre, il y une chose pour laquelle tu pourrais faire la différence.

Je vis dans une province qui peut se vanter de battre un beau record : le Québec jette un demi-million d’animaux de compagnie annuellement. Oui, à chaque année. De ce nombre, une bonne part est tuée. Présentement, on déménage en masse, alors beaucoup de gens se débarrassent de ce qui les encombre : électros que même Elvis voudrait pas, vélos stationnaires reçus à Noël, divans qui puent le renvou, chats qui perdent leurs poils, chiens qui hurlent neuf heures par jour. Nos animaux sont des ordures.

Ça me met en crisse.

Mais plus encore, ça me brise le cœur. Et ça me lève le cœur. C’est pas un hasard si on traite nos animaux de compagnie, nos enfants, comme des choses. D’après le Code civil du Québec, l’animal est un bien meuble. Tchèque l’article 905 :

Sont meubles les choses qui peuvent se transporter, soit qu’elles se meuvent elles-mêmes, soit qu’il faille une force étrangère pour les déplacer.

T’as beau avoir nommé ton chat Jean-Seb, il demeure un bien meuble. T’as beau avoir dressé ton chien (Pierre-André) à retrouver des enfants perdus, il est toujours considéré comme une putain de chose qui se meut elle-même. Après, faut pas s’étonner qu’on gère nos animaux comme des vidanges. Surtout aux alentours du 1er juillet.

C’est pourquoi en ce moment, pire qu’en temps normal, j’écœure tous mes amis pour trouver de l’aide. Et même si je suis totalement consciente que je ne peux pas être responsable de tous ces animaux-déchets, je sais que chaque animal sauvé compte. Je regrette pas d’avoir déployé de l’énergie pour trouver un foyer à Ron Jeremy. Aujourd’hui, quand je passe devant l’église où je l’ai trouvé, j’ai encore le réflexe de chercher de l’œil un chat caché dans les buissons. À chaque fois, ça me soulage de le savoir sauvé, mais je pense également à tous les autres.

Oui, il y a des gens dévoués qui s’occupent d’eux, mais c’est encore insuffisant. Et d’ici à ce qu’on puisse régler le problème à la source, je crois qu’on doit faire tout ce qu’on peut pour s’occuper des animaux-déchets qui ont présentement besoin d’un toit, de nourriture, d’eau, de flatte-flatte, de soins. Évidemment, puisque j’insiste sur l’importance d’être responsable des animaux qu’on adopte, je n’incite pas les gens à en adopter s’ils ne peuvent pas en prendre soin décemment. Mais toi, chère lectrice, si tu peux et veux prendre soin d’un animal, pense à ces animaux-déchets qui peuplent les refuges ou qui errent dans ton quartier. Fuck les animaleries – wtf, vendre des animaux? – quand on pense à tous les refuges qui débordent : il y a la SPCA, le Repaire de Sasha, le Réseau Secours Animal, Adoptez un chat errant, Adoption chats sans abri, le Refuge pour chats de Verdun, Projet Sphinx, Adoption animale Rosie, Gerdy’sRescues & Adoptions, etc. Ça manque pas!

Il y a aussi le Berger blanc. Mais tsé, donner de l’argent au Berger blanc, c’est un peu comme financer un abattoir pour chiens et chats.

Si c’est impossible pour toi d’adopter un animal (ou un autre animal, dans le cas où tu en aurais déjà un ou plusieurs), tu peux quand même faire quelque chose tussuite! Regarde ça :

Faire un don. La plupart des refuges dépendent entièrement des dons du public et du travail de bénévoles acharnés. Même les touptits dons comptent! Les dons en nourriture, litière et accessoires peuvent aussi être très utiles.

Devenir famille d’accueil. Tu gardes un chien ou un chat chez toi jusqu’à ce qu’il soit adopté, ou durant une période que tu choisis. Les familles d’accueils sont très recherchées, surtout pour les animaux qui ont besoin de soins spéciaux, pour les chattes et chiennes enceintes, les très jeunes animaux et ceux qui n’arrivent pas à s’adapter à la vie au refuge. Imagine un chat qui a vécu dix ans seul avec une grand-moman tranquille et qui se retrouve subitement dans une pièce avec des dizaines de chats. C’est un choc, pour lui! Tu peux aussi recueillir un chat errant, le temps qu’on lui trouve un foyer permanent. Les refuges ne fonctionnent pas tous de la même manière, mais généralement, les soins médicaux sont payés, et ton rôle est de prendre soin du dividu félin ou canin, de l’aimer et d’observer son caractère afin de lui trouver le meilleur foyer du monde.

Devenir bénévole. Ce qui est beau avec ça, c’est que même si t’es allergique, tu peux faire du bénévolat! OK, tu vas pas aller brosser les chats ou promener les chiens, mais certains refuges ont régulièrement besoin d’un coup de main pour les communications, les campagnes de levée de fonds, les transports chez le vétérinaire.



Zora n'aime pas la vie au refuge. C'est la deuxième fois qu'elle s'y retrouve dans sa courte vie. Je pense qu'elle est tannée, Zora.
 
Ça fait dix-huit ans que Po et moi on vit ensemble, et j’ai calculé qu’on a déménagé dix fois. Son existence a souvent compliqué mes recherches d’apparts, mais jamais, pas une seule seconde, je n’ai considéré la laisser derrière moi. Durant l’année où j’ai vécu dans un studio, c’est Patrick qui gardait nos chattes, parce qu’entre une petite pièce sans balcon et une maison avec grande cour arrière, on a choisi l’endroit qui nous semblait le plus adéquat pour nos chéries. Et s’il avait fallu qu’aucun propriétaire n’accepte de me louer son appart, même en échange d’un dépôt qui couvrirait d’éventuels dégâts causés par mon prédateur gériatrique, bin je lui aurais caché sa présence. J’ai un chat, pis c’est pas de tes affaires. Essaie de me crisser dehors, astheure. Ma Po dérange personne. Crisse-moi donc dehors, voir. Aweille.

mercredi 3 avril 2013

Dégeler au printemps


J’ai volé la pyramide de canettes du Ringuette. Ça faisait assez longtemps que ça traînait à côté de la litière de Po pour que je me sente en droit de lui dire « je te les vole, bye ». Pendant que je nourrissais le robot de mes canettes sucrées, deux gars sérieux s’occupaient de fouiller les entrailles du guichet Desjardins juste à côté. Ils me regardaient d’un air suspicieux, comme si j’allais aspirer la mare de billets de vingt avec mes yeux de pauvre. Manne, pourquoi je ferais ça? Je viens de me faire 2,80$ en canettes vides! Ça m’a pris pas plus que deux minutes! J’ai quitté le robot à canettes pour la section fruits et légumes. Les deux gars du guichet devaient être fiers d’avoir bien gardé le guichet. Comme le chien de mon voisin qui jappe à chaque fois que je passe près de la clôture. À chaque fois qu’il me vois passer, il jappe. Et à chaque fois qu’il jappe, je m’en vais. Ça renforce son sentiment d’être un chien de garde efficace. Moi je dis rien, je le laisse avec ses illusions.

Je me suis gâtée pis j’ai pris deux grosses patates — une blanche pis une douce — pis il m’est revenu du change. La prochaine fois, je me lâche dans le luxe pis je m’achète les belles patates de la fruiterie. C’est les meilleures, dans le coin. 

Je cherche mon tas de monnaie. Ça serait le temps que je le trouve. Je vais devoir faire le ménage de ma chambre, j’cré bin. Parce que j’ai perdu la map.

Ma douleur dentaire est revenue. J’espère que c’est une fausse alerte. Je mange du mou, juste au cas. Bye.

mardi 8 janvier 2013

BOULE DE MARDE BOULE DE MARDE BOULE DE MARDE


Je peux pus m'arrêter de rire. Oui, j'aime ce genre d'humour de marde. Surtout de marde qui roule.

lundi 29 octobre 2012

Je fais ce que je peux pour Ron Jeremy


À croire que ce chat n’avait jamais vu de manger mou de toute son existence. Je lui versais ça dans sa gamelle improvisée, pis lui il miaulait comme un perdu, l’air de dire : « Mais il est où le manger? Pourquoi ça sent le manger si je vois pas de manger? » Come on, minou. C’est ça, le manger. Du bon menoum de bouette gris-beige. Du manger mou deluxe, en plus. À 2,69$ la canne. T’es affamé, fais pas la fine gueule. Je suis retournée chez moi tranquillement, il m’a suivie un peu, il faisait du slalom entre mes jambes, puis il s’est arrêté au coin de St-Joseph parce qu’il a peur des voitures.

Je nourris un beau chat brun depuis vendredi dernier. J’ai fouillé les sites de refuges pour chats, passé des annonces, demandé de l’aide à Facebook, et personne ne réclame cet être adorable. Je considère maintenant qu’il n’est pas perdu mais plutôt abandonné. Parce qu’avec le caractère qu’il a, c’est clair qu’il a grandi avec des humains, c’est pas un chat de ruelles. Quand je lui rends visite, je l’appelle doucement et il sort des buissons en miaulant, il avance tranquillement, un peu sur ses gardes. Sa faim est plus grande que sa méfiance, car il ne résiste jamais longtemps et vient se frotter sur moi en ronronnant fort. Il fait même le move du dauphin. Tsé, quand un chat se donne une swing dans les airs pour se frotter le dos contre ta main? Bin il fait ça à chaque fois que je vais le flatter. Ce soir, j’ai décidé de l’appeler Ron Jeremy parce qu’il a des grosses couilles et je suis sûre qu’il sort de l’univers du porn félin. Et que dire de sa moustache. En plus, tu pourras faire des jeux de mots de ronronnement. J’aimerais donc ça pouvoir l’héberger, surtout avec l’arrivée imminente de l’ouragan Hitler (la panique est pognée dans le Fecebook), mais je peux pas faire subir un stress supplémentaire à ma vieille Po. D’autant plus que ses vaccins ne sont pas tous à jour, alors pas question de mettre sa santé en péril. Wo. Toutefois, je peux pas laisser Ron entre les mains de Dieu. Il campe sur le terrain de l’église, mais je ne sais pas combien de temps il pourra se débrouiller, il n’a pas l’air d’un scout. Il sait même pas comment manger du mou… 

Le sexy Ron aurait besoin d'un foyer confortable et aimant.

Je vais attendre un petit moment et retourner voir Ron avec du manger dur, en espérant qu’il aura eu le temps de trouver comment on fait pour manger du manger mou. J’espère que je vais vite lui trouver un foyer, parce que ce soir, j’ai jasé un peu avec ma maman et elle m’a appris comment Elmo est morte, et c’était pas des belles nouvelles. J’étais même plutôt perturbée, choquée, et peinée. Avec des envies de péter des yeules — ça, ça m’arrive pas souvent. Faque je me dis que la gent féline a eu sa dose de marde pour un bout.

Si vous pensez pouvoir aider ou adopter Ron, écrivez-moi. On en jasera. Merci.

vendredi 12 octobre 2012

Les affaires plates de l’existence


Mon frigo fait maintenant du Excite Bike. J’espère que je serai pas à côté quand il va exploser. J’espère aussi qu’il va attendre que je sois riche pour se laisser mourir. Ça me tente pas tant que ça de retomber au même niveau qu’à l’époque où j’étais obligée de me nourrir de denrées non périssables. C’est pas si grave que ça, je sais bien, mais disons que ça freinerait un peu les efforts que je fais pour mieux m’alimenter. Ostie que j’haïs ça. Devoir manger. Devoir bien manger. Le corps est une corvée quotidienne dont je me passerais solide. Comme en ce moment, où il a l’air de peut-être considérer l’idée de vouloir dormir bientôt. Au moment où j’ai envie de faire plein d’affaires. Crisse.

Ça me donne envie de le violenter, des fois.

(Mais non.)

Bonne nuit.

vendredi 21 septembre 2012

Meilleure épitaphe du monde


Hier soir, je tchattais avec Darnziak

Lora Zepam : Heille. Ça t’arrive pas, ces temps-ci, de te demander ce que tu ferais si t’apprenais que tu vas bientôt mourir?
Darnziak : Pas vraiment… Toi?
Lora Zepam : Oui. Et je voudrais pas que ma fin de vie ressemble à ça. Et c’est terrible parce qu’on sait jamais si on est précisément en train de vivre nos derniers jours.
Darnziak : Ouf. Il y a rien qui garantit non plus qu’on sera capable de mieux vivre si on sait qu’on va mourir. On va peut-être rester médiocre et triste jusqu’à la fin. (Wow, je suis vraiment, vraiment positif ce soir, hein.)

Là, j’ai lâché un gros lol.

J’étais dans un mood darque, Darnziak était Darqueziak, pis on s’entrainait tous les deux dans une downward spiral of the darque. Pis j’ai trouvé ça drôle, son « médiocre et triste jusqu’à la fin », pis j’ai décidé que je voulais ça comme épitaphe. Faque ouin : si je ris, je suis pas si darque que ça. Si je ris de ma médiocrité, de ma tristesse, de ma mort, je suis pas si darque.

J’aimerais pouvoir rire de tout, tout le temps.

Je veux pas insinuer que je vais mourir dans les années 10, là. Je sais rien, moi.

jeudi 20 septembre 2012

Une autre affaire que mes parents m’ont jamais enseignée


Tu seras jamais récompensé en fonction de tes efforts.


Même si ça veut pas dire que les efforts sont inutiles, je trouve que c’est bon à savoir pour s’éviter des déceptions.




Bon matin.

mardi 18 septembre 2012

Heille wo




Pendant qu’il était en Islande, mon petit grand frère m’a envoyé cette toune. Ça m’a rendu encore plus emo. Et il me manquait encore plus. Et tout les autres me manquent déjà, là, maintenant, parce que je sais qu’ils vont tous finir par disparaître de mon monde. Il vaut mieux que je me prépare aux pertes. Que je me prépare à perdre.

Je dis pas que je suis prête à l’accepter, quand même. Wo menute.

dimanche 16 septembre 2012

Les penules, ou Lora Zepam s’appelle maintenant Cita Lopram


J’essaie de chasser de mon esprit la désagréable impression qu’on m’a eue par l’usure. Ça faisait des années qu’on me parlait de penules, et moi je voulais pas, je résistais parce que je sais que je suis folle mais si le monde n’était pas aussi débile je souffrirais pas tant d’être folle. Tsé, je suis pas si malade que ça, je suis juste une hypersensible dans un monde impitoyable. Ça pis que’ques affaires pas trop graves. Petite pizza de maladies mentales faibles en gras. De la folie légère, là. Hypocalorique. Pis crissement riche en fibres.

J’ai jamais aimé que les médecins sortent leur calepin de prescriptions quand je disais que ça va pas bien dans ma tête. Ce que je trouve insultant, c’est qu’on me proposait des pilules à des moments où je considère que c’est bien normal d’être épuisé. Fin de session difficile après 15 semaines de mauvais sommeil. Situation financière dégueuse. Pas de job. Relation boiteuse. Et d’autres affaires plates de l’existence. Pis en plus, surtout, j’aime pas ça, moi, prendre des médicaments. J’y suis trop sensible. J’ai déjà fait une overdose d’antibiotique, tsé! Bin, une presque overdose. Et quand je prends une demi-dose de Gravol, je suis droyée. Je me souviens encore de la fois où Oli m’a vue sul Gravol. Il était venu me cherche en char pour aller je sais pus où, pis il trouvait ça bin drôle de me voir dans un état second.

— Han! Je pense que je viens de voir passer une colombe.
— Sophy… C’est une tache dans mon pare-brise.
— Ha. Ouin, t’as raison. Mais avec la lumière pis toute… En tout cas.

Faque prendre un médicament qui va me jouer dans la tête, ça me tentait pas pantoute. Sauf que là, je suis en train de devenir insupportable pour tout le monde, même pour moi. Je suis en train de devenir un poids lourd. Je maigris mais je m’alourdis. Pis là je ferai pas de jeu de mots avec l’aigreur. Gnn. 

Plusieurs m’ont rassurée au sujet du citalopram. Ça cause presque pas d’effets secondaires! Tu seras même pas zombie! Un zombie? J’aimerais ça. Je voudrais bien être assommée, stone, molle, imperturbable. Je voudrais qu’il se passe rien, pas d’événements, pas d’émotions fortes, aucune perturbation. Une vie plate et beige. Pour quelques mois au moins. Stp, Jésus?

Ah pis fuck you Jésus.

Fuck la poésie, fuck la tendresse, fuck l’amour. On a des penules. Crisse de monde frette.



jeudi 16 août 2012

Cha Guevara illumine notre été darque


Mathieu a trouvé les mots que je n’aurais pu trouver. En plus d’être une petite bête sensible, Mathieu est est un écrivain, un grand, et il parle ici de ce dont je suis incapable de parler.

Oui, on passe un triste été, mais on est encore bien vivants, et je suis émue de me sentir entourée de gens exceptionnels. Et émue par le soutien moral et financier que je reçois depuis quelques jours de la part d’amis, de connaissances et même d’inconnus. Des commandes sur ma boutique en ligne, des commandes de t-shirts de la plus belle chatte gériatrique du monde, accompagnées de petits mots gentils. Merci à vous tous.

Oui, on vit dans un monde cruel, injuste, impitoyable, mais si on garde à l'esprit que la Terre est aussi peuplée de gens qui ont du coeur, on peut maintenir sa tête hors de l'eau quand ça tire vers le bas.


Je suis trop fatiguée (et bozzée sul Gravol) pour élaborer ce soir, mais je veux juste dire : merci.


Et : broulx.




dimanche 29 juillet 2012

Now I'm back on my feet

J’ai dit à Patrick je suis pas capable de downloader la trame sonore de Rocky III, faut que tu m’aides. Il m’a envoyé le lien, ça s’est fait en trois minutes, j’ai sacré ça dans mon bébéPod rose, puis je suis partie avec une bouteille d’eau et un Milange du randonneur au fuckolat pour toffer la ronne. J’ai commencé par me rendre au guichet automatique pour retirer l’argent du loyer. Y’avait pas de file, ça s’est fait super rapidement, full fafa, ensuite je suis sortie pour me rendre à la pharmacie d’à-côté. Je suis allée au laboratoire, il y avait deux madames qui semblaient attendre leurs penules, moi je suis allée voir le pharmacien ou l’assistant-pharmacien pour lui demander une boîte de Gravol — c’est fini le temps où on pouvait se droguer au Gravol full facile parce que c’était en vente libre sur les étagères — il m’a dit « on va vous appeler quand ça va être prêt » alors je restais près, je voulais pas perdre mon tour. Mais comme c’est souvent long servir les gens, parce qu’il faut leur expliquer comment prendre leurs penules sans se tuer, j’en ai profité pour aller me chercher des patchs, parce que ça m’arrive, parfois, d’avoir des monstruations de femme, puis je suis allée m’assoir dans la section patience. Je suis super patiente, normalement ça me dérange même pas d’être dans une longue file à picerie avec un vieux monsieur à l’autre bout qui sélectionne soigneusement chaque gratteux qu’il achète, mais cette fois c’était différent, je voulais pas attendre, je pouvais pas. Je lisais des fiches maladies pour me divertir, pour pas penser aux étourdissements, mais il m’a semblé que la lecture ne m’aidait pas à me sentir moins étourdie, alors j’ai remis la fiche sur le porte-fiche, pis là j’ai commencé à filer encore plus mal, pis je me suis dit fuck it, je reviendrai plus tard quand il y aura moins de monde, j’ai remis les patchs sur l’étagère à patchs et je me suis dirigée vers la sortie, et soudainement j’ai commencé à me sentir un peu mieux. Moins de vertiges. Meilleure respiration. Aon. OK, je vais attendre encore un peu. Je suis retournée dans la section patience, je regardais les vitamines, je cherchais ma marque parce qu’il faudrait que je m’en rachète bientôt pour me rockyfier le corps, ensuite je suis allée voir la section des attèles, pour rien, et AON, c’est ça qu’il me faut, ce cossin laitte pourrait m’aider pour mon maudit canal carpien pas content, des fois ça fait tellement mal que je dois prendre un break d’écriture et ça me frustre. « Sophy… ? » C’est moi! Le pharmacien a enfin dit mon nom — tu pensais quand même pas que j’allais faire dire au pharmacien « Lora Zepam? », han? — m’a demandé « vous êtes connue pour ça? » (hein?) j’ai dit oui, c’est écrit à mon dossier que je suis junkie au Gravol. Non j’ai pas la cartèwmaël, merci, bonne journée, bye, baille baille baille.

Je suis retournée chez moi pour dropper les roupies dans mon coffre fort et mes Gravol sur mon lit, j’ai flatté Po sur la tête et je suis ressortie dehors. OUÉ. Ça fait exactement une semaine que je suis pas sortie, alors là, là, je suis rendue là : être dehors, m’éloigner de chez moi, et bouger. Je vais suivre les conseils de Peupa Darnziak qui m’a dit ce matin : « Après beaucoup de mouvements, le corps est plein d’endorphines (je suppose, entk quekchose qui détend) et l’esprit aussi devient beaucoup, BEAUCOUP plus calme. […] Tu es un peu comme moi, tu as tendance à oublier que tu as un corps. Bref, ROCKYFIE-TOI! »

Oui papa!

Ça fait longtemps que je dis ça, mais là j’ai atteint le stade où je DOIS me rockyfier. Astheure, appelez-moi Srocky. Avant de me coucher, je me suis laissé une note à moi-même dans mon carnet : 

Coïncidence : Au moment où j'écrivais ça, Mathieu s'endormait sur Rocky III, chez lui.

Bon, OK, go, une tite marche. Je suis un peu ankylosée, mais ça va aller, je vais commencer raisonnablement. Je bois beaucoup afin que mon cerveau demeure bien juteux — ça diminue les risques de bogues — et de mieux résister à la chaleur. Ça va bien, y’a pas trop de trafic humain par où je passe, les oiseaux chantent juste et les cigales faussent bien. Je me sens un peu plus légère, mais je veux pas savoir combien je pèse sur la balance. Sur Fabre, y’a même des lions — tsé des lions d’entrée de luxe? — qui m’encouragent en secouant des drapeaux carrés rouges, je dis aux lions je suis pas étudiante, mais c’est pas grave, merci! Go go les lions! « Go Srocky! » Merci! Je prends une tite shot d’eau pis je continue mon chemin, en faisant un détour, même, question de rallonger mon trajet. Je me sens confiante, je suis pas encore pleine de force, mais j’ai pas de malaise, pus d’étourdissements ni de nausée. Yeah. Heille, mon quartier est beau. Mais. Arque. Mourial, je t’aime. Mais crisse que tu pues de la djeule, des fois. Ti problème de reflux? En tout cas. Pas grave. J’endure. Je me rockyfie, tsé.

Je suis rentrée chez moi avec la musique de Punch Out dans mes oreilles (thématique, han). J’ai gagné le premier round.


vendredi 20 juillet 2012

Ça sent tellement la marde que ça goûte dans mon nez


Je suis tentée de dire qu’elle a senti que je suis de mauvaise humeur aujourd’hui. Depuis ce matin, Po est gossante. Elle miaule pas, elle hurle. Pourtant, notre vie a changé depuis qu’on vit dans notre Manoir deluxe. C’est fini, les longs cris rauques d’ennui profond — je parle de Po, pas de moi. J’veux dire, elle faisait ça, mais moi j’ai jamais fait ça, crier d’ennui, je m’ennuie jamais. Maintenant, on a de l’espace pour nous, on a la crisse de paix, des beaux planchers qui craquent. Maintenant, Po ne me réveille plus le matin juste pour me réveiller pour j’sais pas quoi. Quand elle vient me voir dans mon lit en me chatouillant le bras de ses douces griffes, je la flatte puis on se rendort en cuillère jusqu’à une heure raisonnable. Or, ce matin, elle voulait autre chose. J’ai fini par me lever. Déjeuné avec ce qu’il me restait de déjeunable. Aux côtés d’une Po qui miaule et veut tussortes d’affaires en même temps. Comme elle se tenait sur le bord de la fenêtre, j’ai cru qu’elle voulait aller dehors. Je lui ouvre la porte, elle plisse les yeux. Je laisse la porte ouverte, elle reste à côté de moi à crier. Je vérifie, elle a encore du manger de luxe dans sa gamelle et de l’eau fraîche juste à côté. Je la flatte un peu. Elle continue de crier.

Quand y’a rien qui marche avec Po, je lui donne de la droye. Je vais cherche son pot d’herbe séchée et j’en saupoudre une pincée devant elle. Mais là, contrairement à toutes les fois où je lui en ai donné dans sa vie, elle ne réagit pas. Weyons! T’aimes ça te rouler dans la cataire, Po! Qu’est-ce qui t’arrive? J’ai pas beaucoup de patience, je suis en crisse contre ma vie, mais je veux pas déverser ça sur ma chatte gériatrique d’amour, cette Po chérie qui me réconforte souvent sans même s’en rendre compte. Je me dis OK, je prends un break, j’arrête de penser, de ruminer, pis je m’installe par terre avec Po et sa brosse. Là, elle trippe. Je lui enlève son collier, la brosse en masse, jusqu’à ce qu’il ne lui reste plus un pouèle mort sur le corps, elle bave à terre, je flatte et brosse, puis je jette les gros minous dans la poubelle et je retourne m’assoir à mon bureau.

Elle se remet à crier.

Je me remets à penser à mes finances de marde. Les factures en retard, les cartes de crédit que je finirai jamais de payer même si je vis longtemps, mon prêt étudiant que je devrai recommencer à payer pour la troisième fois dès novembre, l’argent que je dois à ma mère, l’argent que je devrai lui emprunter pour faire patcher une carie tellement grosse que je peux la voir sans me rapprocher du miroir, je pense aussi qu’il faut que je rachète du manger de luxe à Po dans les prochains jours, qu’il me reste deux rouleaux de papier de toilette, que j’aurais aimé ça m’acheter des bananes pis quèque chose sur lequel mettre mon beurre de pinotte à part mes p’tits bras mèyes pas de viande.

Aujourd’hui, je regrette les mauvais choix que j’ai faits, comme cette idée conne de retour aux études. Avant, j’étais pauvre, mais j’étais pas endettée. Aujourd’hui, je suis pauvre et endettée. J’aurais dû faire comme mon amie qui a financé ses études en vendant de la droye. Ou comme ma soeur qui a dansé tounue. Ou juste laisser faire. Faire eurien. Ou travailler dans une shop. Ou pas devenir malade mentale. Ou devenir tout ça en même temps et finir par faire une grosse crise de nerfs au centre d’achats et me réveiller à pital avec un papier médical pour inaptitude totale dans la vie d’aujourd’hui du 21e siècle qui te demande toute en même temps si tu veux pas être un tas de marde.

Ou j’aurais dû devenir maman au foyer pis passer mes journées à crier après mes enfants que j’ai jamais voulu avoir. Ou vendre leurs organes.

Ou je devrais peut-être recommencer du début. Anyway, j’ai pas d’orgueil, moi. Quand je vivais dans la Vallée du gouffre, on m’a déjà engagée pour travailler au centre communautaire. Parfois on me demandait d’enlever des petites mousses sur des vêtements usagés, et je le faisais. Je faisais le même travail que des déficients intellectuels. Ce travail était supposé m’aider à retrouver confiance en moi. Ha ha! C’est hilarant. Quand j’y repense, je ris en crisse. Je ris tellement que j’en ai les larmes aux yeux.


Ou peut-être est-ce le caca très épicé que Po vient de faire qui me fait cet effet?

mercredi 11 juillet 2012

Ma fiche sur RéseauContact



J’apprécie la compagnie des personnes gentilles avec qui je peux rire de tout. Je déteste les soupers d'amis, même avec les gens que j'aime le plus au monde. Je mange rien, je suis vegan mais essaie même pas de me trainer dans un resto vegan, j’haïs les restos, encore plus que les soupers d’amis. J'évite de sortir dehors avant 16 heures parce que j'ai peur du soleil depuis que mon dermatologue m’a dit que j’étais très susceptible de faire des cancers de peau. Pis stp, parle-moi pas d'exister avant midi. J'aime le cinéma mais j’ai vu à peu près cinq films dans la dernière année, et c’était des vieux documentaires québécois que personne connait alors je peux en parler avec personne, et je vais à peu près jamais au cinéma. J'aime sortir, mais pas tout le temps, et ça dépend où pis avec qui pis comment je file, parce que je suis un peu agoraphobe. Mon psychiatre m'a prescrit des médicaments pour ça et pour traiter aussi mon TAG (trouble d'anxiété généralisée) et mes variations d'humeur, mais je veux pas les prendre alors je fais de mon mieux pour gérer ça. J'ai aussi un léger trouble obsessionnel-compulsif, mais c'est pas si grave, les gens s'en rendent pas toujours compte au premier coup d'oeil. J'aime le monde, mais à petites doses. Je préfère ma chatte, Po. (Voir photo ci-jointe) Ce que j'aime le plus : rien faire. Oui oui! Ça fait des années que je veux me mettre en forme, mais je déteste le sport, j’ai vraiment aucune habilité physique. Si je suis moins pauvre dans les prochains mois, je vais quand même m’inscrire au gym. Parfois les gens pensent que je suis saoule quand je ris beaucoup, mais je bois jamais jamais, même pas un bon rouge entre amis, pis je prends pas de drogues non plus, même si au moins les trois quarts de mes amis sont alcooliques et/ou drogués, ce qui fait que bien des gens supposent que je suis straight edge mais c'est même pas vrai. Écris-moi et peut-être pourrons-nous prévoir une fin de semaine de canot-camping et lire de la poésie urbaine en mangeant des sushis autour du feu.


Po, ma chatte gériatrique qui reçoit tout mon temps et mon amour.

samedi 7 juillet 2012

Wipet


Mes parents ont hérité d’un bébé veau. Il avait trois jours quand le voisin leur a donné. J’ignore pourquoi le pauvre bébé n’a plus de mère, mais mes parents le nourrissent à la bouteilles deux fois par jour. Il est tout brun et s’appelle Wipet. J’aurais aimé voir des photos, mais ma mère ne sait pas comment transférer des photos dans son ordinateur. Ce qui veut dire que le plus simple pour moi serait de me rendre là-bas plutôt que lui expliquer au téléphone comment fonctionnent ses bidules du futur. Là, je suis vraiment tuténarvée. Je veux aller voir le bébé veau, mais j’ai pas d’argent pour voyager en ce moment, et je veux pas laisser Po toute seule durant des jours. Je veux le voir parce que j’ai un kick pour les bovins, et parce que je veux convaincre mes parents de jamais tuer Wipet. Je sais qu’ils sont capables de faire ça, ils ont déjà engraissé un cochon pour le manger. Ouin.

Ma mère me parlait de ce cochon quand j’étais petite, et ça me fascinait, je regrettais de pas être née plus tôt pour l’avoir connu. Il s’appelait Arnold, comme le cochon dans Les arpents verts. Comment tu peux élever un cochon, un cochon qui s’appelle Arnold, pour ensuite le tuer et le manger? Moralement, je trouve ça plus acceptable de manger un animal élevé sur une petite ferme que d’acheter un morceau de chair sous cellophane, mais je trouve ça plus troublant. OK, l’animal n’a pas connu la misère de l’élevage industriel, mais tu lui as donné un nom et tu le manges? Ew. C’est comme si je mangeais Po. Heille, pas question! Elle est sur moi présentement, toute vibrante. Ça me rend encore plus émotive de parler de consommation de viande, tsé. Mais bon, je veux pas que Wipet subisse le même sort qu’Arnold, et j’ai une raison toute personnelle de m’émouvoir ainsi. C’est que j’ai une eu une relation spéciale avec un bovin, moi. Oui oui. Non, pas question de bestialité ici, je sais que ça te démange de me faire des jokes dégueuses, mais c’est vraiment pas mon genre. Tchèque bin.

J’avais un peu moins de deux ans. C’était l’été où mes parents ont acheté leur terrain boisé dans la Vallée du gouffre, mon premier été à la campagne. Mes souvenirs sont bin vagues, mais j’en ai. À cette époque, on n’avait pas de chalet, on dormait dans une tente pis on se nourrissait de pizza en pourde et de bluets — à cet âge, je comprenais « bluets », jusqu’à ce que j’apprenne mon erreur et constate que ça a tellement donc bin plus de sens de s’appeler « bleuets ». Bleu, bleuet, bleu, bleuet : MALADE!. J’apprenais plein d’autres affaires : 
- Les fourmis rouges, ça mord fort.
- Le D15, c’est vraiment plus dérangeant que les moustiques.
- Un ours, ça peut faire des cacas bleus.
- Éplucher une truite, c’est facile mais ça glisse.
- Les chats aiment beaucoup manger les dedans de truites.
- Une tête de truite, c’est très crounchant.
- Plumer une dinde, c’est chaud pis ça sent bizarre.
- Baie bleue ≠ bleuet.
- Une tête de merle, ça prend pas de temps à se décomposer.
- Plein d’autres affaires capotantes.

J’ai passé presque tous les étés de ma vie à cet endroit, mais le tout premier est marqué par mon amitié avec la petite génisse du voisin. Elle était seule dans son enclos et j’allais la voir pour lui parler à travers la clôture. Je lui racontais ma vie, je passais des heures à lui jaser ça. Faut croire qu’après seulement quelques mois de vie j’avais déjà plein d’affaires à dire. La vachette devait s’en câlisser que l’crisse, mais elle restait devant moi, immobile, comme hypnotisée par mon flot de paroles. Mes parents trouvaient ça bin drôle pis quioute, mon oncle Robin m’avait même photographiée en plein flagrant délit de parlage avec ma vache, pis les mains dins tchulottes à part de t’ça (je trouvais ça doux et frais, des fesses de bébé). Qu’est-il arrivée à ma petite vache? Parce qu’elle était pus là, l’été suivant. « Bin, ils l’ont tuée pis mangée », ai-je appris des années plus tard, quand j’ai osé poser la question.

Les voisins ont eu quelques bovins durant quelques années, et j’allais toujours les voir à chaque été. J’aimais ça les flatter et leur donner du foin, je les trouvais plus l’fonne que les poneys. Pis je vais te confier une chose que peu de gens de la ville savent : une vache, ça sent bon. Ouimadame. Ça sent le foin semi-digéré, sucré. Avoir été Jésus, j’aurais trippé fort de me faire réchauffer par un boeuf. Un âne, je sais pas trop, je me souviens pas de l’odeur. Bref, j’aimais les bovins et je comprenais mal pourquoi on les plaçait pas dans la même catégorie que les chiens et chats ou, à la limite, des chevaux. Je les trouve très attachants, et je pourrais pas en garder un en sachant qu’on va le tuer et le manger. 



Bon, ma mère vient de répondre à mon email. 
La maman de Wipet c'est une vache laitière, alors ils ne gardent pas les veaux, ils les donnent. Yvon  l'a eu et nous l'a donné. Ton père le nourrit matin et soir. Mais on ne pourra pas le garder longtemps, tu sais, c'est pour la viande, je suis désolée.

Finalement, je sais pus si je veux aller voir Wipet. La campagne, c’est trop violent pour moi.

Lora Zepam à l'état larvaire, en pleine discussion avec son amie génisse.

mercredi 18 avril 2012

À ne pas lire si t’es genre full pus capable d’entendre parler de la grève étudiante du câlisse


Je suis au parc Jeanne-Mance avec Alexie, Bock, leur Bibou, et Darnziak. Lors des deux dernières manifs, enfin, celles auxquelles on avait décidé de participer, on n’avait pas réussi à se retrouver, alors on est contents d’être ensemble. On est assis par terre. Le Bibou court dans tous les sens, il veut socialiser avec tout le monde. Il semble y avoir beaucoup de jeunes familles, et on est en plein sur le terrain de jeux des tininfints. William, un ami d’Alexie et Bock, nous rejoint avec sa petite fille dans sa poussette. Belle température, belle ambiance.

Au moment où commence le discours d’un représentant de la CLASSE —je sais plus c’est qui, mais c’était pas le charismatique Gabriel Nadeau-Dubois-épouse-moi— les flics en profitent pour beugler des menaces de faire attention pour pas pogner des tickets et rendre la manif illégale. On est supposé comprendre quoi? Eurien. J’ai pas trop su qu’est-ce qu’il fallait que j’évite de faire pour pas être prise pour une dangereuse terroriste, pis j’ai pas trop compris le début du discours. Anyway, d’après ce que Bock a entendu, c’était pas terrible.

Ma pancarte me vaut des sourires et des compliments. On la prend en photo.


« Quelle chatte? Heurh heurh! » Celle sur la pancarte! Hum, en fait, TUTES.

Ce fut un gros hit. Ça a valu la peine que je coure dans tous les sens pour imprimer et bricoler ça. Même si j’ai oublié ma clé USB avec plein d’affaires dedans au centre d’impressions.

Darnziak dit « heille, tchèque, c’est Manon Massé! », je me retourne et je la vois en vrai dans la vraie vie réelle et palpable. Han! Manon Massé est là! Hiiiiiiiiiiiiiiiii!

Je tweete à Mathieu : MANON MASSÉ EST LÀ! HIIIIIIIIIIII!

Je montre mon téléphone cellulaire à Darnziak, « t’as vraiment crié comme ça, t'as tweeté exactement ce que tu viens de dire! », il dit que c’est un authentique tweet.

Mathieu me répond : Si t’as une chance, fais autographier ta pancarte par Manon Massé!

J’aurais donc aimé ça, mais je l’ai pas revue. Par contre, j’ai vu passer Amir, et même habillé en beige il a l’air cool. J’ai encore jamais voté pour leur parti, mais là, heille, si je peux me trouver un appart dans la circonscription de Manon...

Darnziak pis moi on a spotté un enfant black metal, il crie dans la face de son ami avec une voix pas possible. Il semble possédé par le Yâwbe. On le trouve pas pire impressionnant, il nous fait bien rire. Le Bibou, lui, a trouvé une coccinelle, et il vient nous la montrer. Il a l’air super intéressé à comprendre sa constitution, alors il commence à la décortiquer, enlève un élytre, enlève une aile, un autre morceau, et rapidement, la bibitte est en miettes. Alexie est étonnée de le voir faire ça. Mais c’est pas de la vraie cruauté, c’est la curiosité de l’enfant. Je suis pas inquiète, je sais que ses parents vont lui montrer à ne pas faire de mal aux animaux, même aux plus petits.

La foule se déplace, on se décide à la rejoindre, drette dans la queue. On n’est pas trop bons pour évaluer une foule. Huit mille? Ça se pourrait. Plus tard, les médias parleront de 30 à 40 000 manifestants. 

J’ai pas trouvé de bâton à temps (et je dois dire que j’avais un peu peur que la police m’arrête pour possession d’arme), alors Darnziak m'aide à tenir ma pancarte. Un monsieur la photographie en riant, me dit que c’est la deuxième meilleure pancarte qu’il voit. Aon. C’était quoi, la meilleure? « Pour un printemps érable! » Quand même, Po arrive presque au top!

Mathieu : C’est tu vous autres qu’on entend passer au coin Sherbrooke et St-Denis?

Ayoye, on est juste devant le Port de tête! La foule est donc plus grosse qu’on le croyait. William et sa fille nous quittent, celle-ci a l’air fatiguée et impatiente. Mais c’est un bébé, alors on peut dire qu’elle a fait sa juste part en faisant un bout de chemin avec nous. On tourne sur St-Denis. Je regarde derrière moi, et je vois deux fillettes habillées en princesses, toutes en sourires, qui me fixent avec un p’tit air gêné. Leur maman me dit qu’elles aiment bin gros ma pancarte de chat. Aon. Po, l’idole des enfants.

Mathieu : T’es faite pour esspliquer aux enfants la beauté de la solidarité. Et de Po.

Un autre monsieur me parle de ma pancarte (ça n’arrête pas!) : « Pourquoi elle n’est pas ici avec nous? » Po ne peut pas manifester avec nous, c’est une chatte gériatrique! « Mais elle est avec nous en pensées! » Oh oui!

Je m'en gratte le dedans d'oreille.


En fait, non. Po s’en câlisse. Elle devait somnoler à ce moment-là, un peu comme le Bibou qui cogne des clous dans sa poussette.

Juste derrière nous, un jeune homme crie des slogans dans un porte-voix. Il a manifestement le goût de rire et de faire rire, puisqu’il se met à marmonner des phrases incompréhensibles. Des phrases full mongoles sur un ton punché, qui se terminent par des cris de joie de la foule qui l’entoure. « Frrgn gnnrrrh frrr thrrrrru, durh durh. Fweighrrrh cnivv gnewr dreeeigh fla, fwawei, CAPOUEIH! » OUÉÉÉÉÉÉÉ! Pareil comme le tome 7 de Pérusse. Mathieu aurait tant ri.

On s’arrête à la bibli. Tout le monde veut faire pipi sauf moi, alors je les attends dehors. J’ai droit à plusieurs sourires et commentaires concernant ma pancarte, jusqu'à ce que deux madames du troisième âge s’approchent. L’une d’elle lit, puis dit : « Ah mais moi je suis pour la hausse! » Oh, vous n’êtes donc pas d’accord avec mon chat! « JE suis allée à l’université, et j’ai payé pour. Et dans mon temps, c’était plus cher. » Arguments implacables. Dans son temps, c’était plus cher, elle a payé ses études, il n’y a donc aucune raison pour que ça change. Je garde mon sourire, parce que je suis bin trop de bonne humeur, assez pour qu’une parvenue ne parvienne pas à me fâcher, et je lui dis « c’est bien pour vous, madame! », juste ça, avec un sourire poli. Les copinots sortent alors de la bibliothèque, et on décide de se diriger vers le parc Émilie-Gamelin pour s’assoir un peu. 

Rendue là, j’ai pas envie de m’assoir sur les cubes parce que j’aime pas ça, les coulisses de pipi qu’il y a dessur. Le Bibou sort de sa poussette pour dépenser son énergie toute neuve. Il trouve des seringues par terre. Not funny. Un vieux punk s’approche de moi, m’explique qu’il aimerait ça que je pose avec ma pancarte de chatte pis un de ses chums. J’haïs ça me faire poser, mais je dis OK, c’est correct. Le monsieur est bin content de poser avec une étudiante, pis ses chums trouvent ça bin bin drôle. Je me sens tellement concernée par la cause que ça me passe pas par la tête de leur dire que je suis même pas étudiante. Un autre monsieur d'une autre gang vient flatter Po et fait un grand sourire avec pas de dents. Il bozze fort. Je le trouve sympathie, ça me fait rire avec mes dents.

Bock, Alexie et leur Bibou prennent le métro pour rentrer à la maison. Darnziak va marcher avec moi jusqu'à mon appart, il a une soirée tout près de chez moi, avec ses amis darques. On passe devant le cégep du Vieux-Montréal, et je remarque un goéland qui semble en piteux état. Il y a une gang de jeunes juste à côté. Je demande « hon, l’oiseau est brisé? », toute inquiète, mais ils savent pas ce qu’il a. Son aile gauche est toute pétée, pendouillante, saignante. Ça me brise le coeur, et je me sens impuissante. J’accepte aucune injustice. 

Je dois avouer que je me suis un peu méfié de ces jeunes. Je me suis demandé si c’était pas eux qui avaient blessé ce pauvre animal, parce que je le sais bien que plein de gens détestent les goélands et les pigeons, ces « rats du ciel », mais moi je les aime gros, les goualands, autant que les colibris, les aigles, les macareux pis les poules, comme tous les animaux, en fait. Mais ces jeunes-là, ils avaient un peu passé l’âge de la curiosité de l'enfant, ils étaient en plein dans l'âge de la cruauté. Je me suis aussi demandé à quel âge on était supposé en sortir.

dimanche 1 avril 2012

Quand mon papa team up with Richard Martineau pis que c'est bon pour moi


Depuis que mes parents ont des internets ruraux et un compte Hotmail, on peut s’écrire des emails. 


À: Papa
De : Sophy
Objet : Mon avenir, yeault


Allo Papa.

J’espère que vous avez passé une belle fin de soirée pour la fête de la mére. J’étais contente de vous voir enfin! Cinq mois, c’est presque un record! En tout cas, j’espère surtout que la tension a un peu baissé quand je suis partie avec Mynou et Mathieu, parce que je commençais à être fatiguée et un peu fâchée.

En fait, c’est pas exactement vrai. J’étais beaucoup fâchée. Et surtout choquée, surtout quand t’as commencé à dire que Martineau y’a raison, que ça a bin de l’allure ce qu’il dit, parce que les jeunes y se plaignent pour eurien. Tsé, se battre pour 300 piasses par année, c’est n’importe quoi. Ça coûte même pas cher, les études, orgarde les stasunis! J’étais fâchée, oui, parce que pour moi ça signifie que mon père n’a aucune idée de ce que je vis, il n’est même pas au courant que si je me retrouve encore nowhere dans ma vie, c’est précisément parce que j’ai abandonné mes études, et que si j’ai abandonné mes études, c’est simplement pour des raisons financières. Oui oui, juste pour ça. Pas parce que je suis yinque une grosse pas bonne. Anyway, tu le sais, t’as déjà vu mes bulletins scolaires. Ou ça se peut que non, je pense que c’est surtout la mére qui s’occupait de ça. Tu remarqueras d’ailleurs qu’elle n’est « PAS D’ACCORD! » avec Martineau pis toi.

J’étais fâchée, mais après coup j’ai compris que je devrais au contraire me réjouir! 
Te rends-tu compte que tu viens de me motiver à reprendre mes études? J’étais en train de balancer les dernières pelletées de terre sur ce projet complètement fou de faire des études supérieures, mais j’ai repensé au fait que tu trouves que c’est pas cher pis qu’y’a rien là, pis je vais m’inscrire l’automne prochain! Mais je t’envoie la facture. Parce que c’est pas cher, tsé. Pour toi, j’veux dire. 

Tu te rappelles quand tu disais à tout le monde que ta fille voulait devenir maîtresse d’école? Eh bien je vais le faire pour vrai! Je voudrais enseigner au cégep, comme mon ami Jean-Philippe. Mais pas de la philo, moi ce que je voudrais c’est enseigner le français et la littérature. Faudrait donc que je fasse une maîtrise. Et puisque je veux me consacrer entièrement à mes études, je pourrai pas travailler durant l’année scolaire. Ou à peine. Parce que je veux pas faire le minimum, nenon, moi je veux devenir excellente dans mon domaine. Je vise pas la note de passage, neeeon, je veux des A+ partout, je suis motivée pour vrai!

Mon appart actuel me coûte pas trop cher (555$ incluant l’électricité, le chauffage et l’eau chaude), et je vais essayer d’en trouver un autre qui soit aussi abordable quand je vais déménager en juillet. Si j’arrive à travailler à temps partiel durant mes sessions de cours, je pourrai payer ma bouffe pis mes médicaments (je t’ai-tu dis que je commence à prendre des pilules?), alors je devrais pas être être un fardeau pour toi.

Mais bon, j’espère que tu m’en voudras pas de garder mon carré rouge, parce que les étudiants n’ont pas tous un papa généreux (ou riche en tabarnak) (tu peux cliquer sur les mots soulignés, c’est des liens hypertextes).
J’ai hâte d’aller vous voir et d’enfin rencontrer votre chaton black métal! Embrasse la mére pour moi,


Sophy xx


PS : Pourrais-tu dire à la mére d’arrêter de me ramener du stock à chaque fois qu’on se voit? Je sais pus où le mettre. Si un jour vous venez me voir à Montréal, vous allez comprendre que je niaise pas quand je dis que c’est petit chez moi.

jeudi 9 février 2012

Comment repérer la pauvreté


Quand j’étais touptite, ma mère me disait parfois, en prenant son ton de Bonhomme Sept Heures : « Quand on était jeunes, on se torchait avec du papier journal! » C’était ça ma référence en matière de pauvreté. Juste après, y’avait l’Éthiopie.

Quand j’aurai fini l’immense pyramide de rouleaux de papier de toilette qui trône sur ma toilette, il me restera trois emballages géants dans mon entrepôt géant.

Non, c’est même pas vrai.

Y’a tellement de papier de toilette chez moi qu’on s’enfarge dedans. Par terre, sur les meuble, dans mon lit, derrière le poêle. Y’en a partout. Est où Po? Est en tsour de la maison faite en paquets de rouleaux de papier de toilette. Ah. Sont où mes clés? Oh, sont sûrement dans un rouleau de papier de toilette. Hep!

Je suis fatiguée, je veux dormir. J’ai pus d’oreiller, Po l’aurions probablement mangée. Mais j’ai du papier de toilette. C’est doux et moelleux.

vendredi 27 janvier 2012

Aujourd’hui, j’ai monté de niveau


J’avais une affaire plate à faire, et je l’ai faite. Dans la bonne humeur, en plus! Je me suis rendue, à pieds parce que je voulais profiter de l’hiver à fond, au bureau de Sévice Canada le plus près de mon domicile dans un rayon de 25 kilomètres. En chemin, j’ai croisé mon SDF préféré, j’étais pas du tout étonnée parce qu’il est toujours au même coin de rue, assis par terre avec son beau chien tout chaud. On s’est dit salut, il m’a dit « je te trouve très jolie! » j’ai dit merci, t’es bin fin! pis j’ai dit bonne journée, là! En arrivant au bureau, j’ai vu Patrice Desbiens dehors. Il récitait des poèmes à un attroupement de pigeons. Les pigeons étaient tout poffés d’ébaubissement. Mais c’était le faux Patrice Desbiens; il faisait des fautes dans ses propres poèmes.

Je me suis présentée à l’accueil, le monsieur était souriant. Accueillant comme il se doit, vu le poste qu’il occupe. C’était la première fois que j’allais là. Ça sentait même pas la mort comme dans un Centre local d’emploi. Personne criait. Le monsieur poli m’a demandé s’il pouvait m’aider. J’explique que j’ai rien reçu depuis le 22 décembre, et que j’arrive jamais à parler à un agent même si j’appelle trente fois par jour, et que je m’inquiète un peu pour mon loyer à payer. Le monsieur me demande gentiment mon numéro d’assurance social, les deux derniers chiffres de mon code d’accès, et me demande de patienter un petit moment, le temps de vérifier mon dossier. Il revient avec sa supérieure. Elle me salue, sa voix est douce et calme. Les deux m’expliquent, pleins de regrets, qu’ils avaient effectivement reçu ma dernière déclaration ainsi que mon billet médical, mais que, pour une raison qu’ils ignorent, et c’est ça le pire, ils sont vraiment désolés de pas comprendre de kessé qui s’est bin passé, ma déclaration n’a pas été traitée. Ils me demandent si je peux patienter encore un instant, le temps de réparer l’erreur. Je  dis y'a pas de problème et je m’assois sur un siège dans la salle d’attente. Je suis vraiment étonnée de piger une revue Spirale au milieu d’une pile de brochures gouvernementales et de revues collantes. J’ai même pas le temps de lire un article qu’on m’appelle à l’accueil. Le monsieur me remet un chèque qui couvre tout ce que j’aurais dû recevoir durant le dernier mois, « avec un petit bonus » qu’il me dit en me faisant un clin d’oeil. Aon! Merci, monsieur accueillant! Merci, madame douce!

En quittant la bureau de Sévice Canada, tout le monde me saluait amicalement, c’était beau de les voir sourire doucement en m’envoyant la main, ça me rappelait la fin de Mario 2, c'était pareil mais avec le thème final de Bubble Bobble.


FIN