mercredi 31 octobre 2012

Bonne fête


Aujourd’hui, ça fait trois ans que Chechou est morte. J’ai jamais pu la remplacer dans le coeur de Po qui, je crois, doit être déçue que je lui lèche pas le dedans d’oreille, comme le faisait si habilement sa soeur. Je veux bien dormir en tas avec Po, jouer avec à toute heure du jour ou de la nuit, m’assoir sur une seule fesse pendant que je travaille parce qu’elle prend toute la place, mais je suis juste une humaine. Je peux pas être aussi l’fonne que Chechou. Mais je fais mon gros possible.

Et je continue de me demander si Po apprécierait d’avoir un ami chat. Po, pourquoi tu me réponds pas? Coche « oui » ou « non ». Allez.

Bonne fête de mort, belle Chechou.

Chechou aussi avait un réel talent pour se maquiller.

Guéeuaé


Léa vient de m’envoyer un dessin trop adorable. C’est « Mini-Sophy qui reçoit un cadeau spécial de lapin en broche ». Aoooon. Je suis tutémue.

« Aon, un lapin spécial! »

Léa, elle bloguait autrefois sous le nom de Madame Poulpe, bien avant Lora Zepam, puis elle a pris des vacances. Beaucoup trop longues, à mon avis. Mais là, elle revient top shape avec son nouveau bloye GuéA la mite. Je suis pas mal contente. Léa, c’est ma monjole suprême, qui fait les cris de mongole les plus exquis et efficaces. Régulièrement il m’arrive de penser à Léa qui fait « HUNH! » pour rien et je me mets à rire instantanément. Et là j’ai subitement l’air inquiétante aux yeux des autres passants sur le rue ou des clients qui font la file avec moi à picerie. On partage toutes les deux le même vocabulaire gnéseux de aooon, tussortes d’onomatopées, pis des « euaé » en abondance parce qu’on est des grandes fans de Zhom.

Léa, c’est aussi une folle aux chats. Elle vit avec Courgette et Fofy, qui font toutes deux partie de mon Kit de Folle aux chats. Quand je vois une photo de Courgette et Fofy couchées ensemble, mon coeur prend une débarque à chaque fois, parce qu’elles me font trop penser à Chechou et Po. Deux chattes inséparables, une tabby brun et une tabby calico. Nous deux, on se tanne jamais jamais de parler de chats. Une fois, on a rencontré quelqu’un dans un parté, on le connaissait pas, et le gars nous avait dit qu’il n’aimait pas les chats, pis on a quand même parlé de chats pendant une heure avec lui. Comme deux osseties. Après coup, je me suis dit qu’il avait dû nous trouver atroces, mais il paraît que non. Quand même, on l’a pas ligoté pour lui montrer de force les photos de nos chattes qu’on garde dans notre portefeuille pis sur notre cell. (Tchèque bin les pervers arriver ici en cherchant « bondage + chattes.)

À gauche, Fophy, et à droite, Courgette.
Po et Chechou en 1995, sur le beau couvre-lit de mes parents.


Moi je suis très contente que Léa se remette à bloguer, écrire, dessiner. Cette jeune femme va faire de grandes choses. Oh ouimadame.

Péesse : Je suis émue de voir cette photo de mes deux bébés chattes. Elle date de presque 18 ans, et ça me semble pourtant si récent. Po ronfle à mes côtés, elle est maintenant une chatte gériatrique. Mais je la vois encore comme ma petite Po neuve, presque naissante, éblouie par l'immensité du monde. Je deviens de plus en plus emo, je vais aller me coucher. Baille baille bonne nuit baille.

mardi 30 octobre 2012

Message in a minou


Je suis retournée voir Ron et j’ai mis un message dedans. « Êtes-vous l’humain de ce chat? Non? Aidez-moi à lui trouver un foyer! lora-zepam[@]hotmail.com »

J’ai mis un message dedans et je vais le lancer à la mer. Ron Jeremy va faire le tour du monde par voie maritime, il va traverser les océans, il va dire baille baille les requins, baille bailles les raies, pis il va s’échouer sur une plage dans un pays lointain, et là il va sentir l’air, voir si l’endroit est cat friendly, pour être bien sûr que c’est pas comme son ancien pays où les chats sont jetés dehors comme des sacs à vidanges, pis s’il aime son nouveau pays, il va rester, sinon il va replonger dans la mer, il va plonger creux pour aller chiller avec des méduses, des méduses qui font paniquer les scientifiques, ensuite il va remonter et flotter un peu avec les mouettes, et là les mouettes vont le nourrir avec du ti renvou de bon menoum de frittes et c’est là que Ron va se rappeler de son pays d’origine, faque il va dire aux mouettes de le ramener d’où il vient, et Ron va revenir, il va revenir pour se remplir la panse parce qu’il va avoir très faim après ce long voyage, il va manger des policiers, après il va manger le gars qui bat son chien, manger la madame qui enferme ses enfants dans la garde-robe, manger les voisins de ma soeur, manger la directrice de l’école qui enfonce ses ongles dans le crâne des enfants.

Et là, Ron il va être tellement gros, tellement gigantesque, que plus personne ne pourra jamais oublier son existence. Pi il va essploser et beurrer tout Mourial de son dedans de minou, il va en mettre partout, tout le monde va puer de dedans de chat, et on va retrouver un message qui dit : « Êtes-vous l’humain de ce chat? Non? Aidez-moi à lui trouver un foyer! lora-zepam[@]hotmail.com »

lundi 29 octobre 2012

Je fais ce que je peux pour Ron Jeremy


À croire que ce chat n’avait jamais vu de manger mou de toute son existence. Je lui versais ça dans sa gamelle improvisée, pis lui il miaulait comme un perdu, l’air de dire : « Mais il est où le manger? Pourquoi ça sent le manger si je vois pas de manger? » Come on, minou. C’est ça, le manger. Du bon menoum de bouette gris-beige. Du manger mou deluxe, en plus. À 2,69$ la canne. T’es affamé, fais pas la fine gueule. Je suis retournée chez moi tranquillement, il m’a suivie un peu, il faisait du slalom entre mes jambes, puis il s’est arrêté au coin de St-Joseph parce qu’il a peur des voitures.

Je nourris un beau chat brun depuis vendredi dernier. J’ai fouillé les sites de refuges pour chats, passé des annonces, demandé de l’aide à Facebook, et personne ne réclame cet être adorable. Je considère maintenant qu’il n’est pas perdu mais plutôt abandonné. Parce qu’avec le caractère qu’il a, c’est clair qu’il a grandi avec des humains, c’est pas un chat de ruelles. Quand je lui rends visite, je l’appelle doucement et il sort des buissons en miaulant, il avance tranquillement, un peu sur ses gardes. Sa faim est plus grande que sa méfiance, car il ne résiste jamais longtemps et vient se frotter sur moi en ronronnant fort. Il fait même le move du dauphin. Tsé, quand un chat se donne une swing dans les airs pour se frotter le dos contre ta main? Bin il fait ça à chaque fois que je vais le flatter. Ce soir, j’ai décidé de l’appeler Ron Jeremy parce qu’il a des grosses couilles et je suis sûre qu’il sort de l’univers du porn félin. Et que dire de sa moustache. En plus, tu pourras faire des jeux de mots de ronronnement. J’aimerais donc ça pouvoir l’héberger, surtout avec l’arrivée imminente de l’ouragan Hitler (la panique est pognée dans le Fecebook), mais je peux pas faire subir un stress supplémentaire à ma vieille Po. D’autant plus que ses vaccins ne sont pas tous à jour, alors pas question de mettre sa santé en péril. Wo. Toutefois, je peux pas laisser Ron entre les mains de Dieu. Il campe sur le terrain de l’église, mais je ne sais pas combien de temps il pourra se débrouiller, il n’a pas l’air d’un scout. Il sait même pas comment manger du mou… 

Le sexy Ron aurait besoin d'un foyer confortable et aimant.

Je vais attendre un petit moment et retourner voir Ron avec du manger dur, en espérant qu’il aura eu le temps de trouver comment on fait pour manger du manger mou. J’espère que je vais vite lui trouver un foyer, parce que ce soir, j’ai jasé un peu avec ma maman et elle m’a appris comment Elmo est morte, et c’était pas des belles nouvelles. J’étais même plutôt perturbée, choquée, et peinée. Avec des envies de péter des yeules — ça, ça m’arrive pas souvent. Faque je me dis que la gent féline a eu sa dose de marde pour un bout.

Si vous pensez pouvoir aider ou adopter Ron, écrivez-moi. On en jasera. Merci.

samedi 27 octobre 2012

Tournée des chats, soirée tévé et Lestoil en abondance


II est 13 heures, je suis au lit avec ma face d’hier. À ma gauche, Po ronronne, à ma droite, Mathieu ronfle, et dans la cuisine, le frigo gronde fort. La nuit a été courte, mais elle aurait pu être blanche et froide.

La veille, Mathieu pis moi on a décidé de sortir de notre quotidien en se tapant une SOIRÉE TÉVÉ. Ouémadame. On devait aller voir les chats de sa soeur parce qu’elle est partie en France pour une dizaine de jours, et puisqu’elle a une télé, on a décidé d’essayer ça, cette patente-là. Mais notre soirée ressemblait un peu à une tournée des chats, qui commençait chez Iris, qui vit avec Salopette et Blouson, des gros poffés adorables. (Salopette, c’est la belle tite face qui se trouve dans mon kit de Folle aux chats.) Bon, on allait pas vraiment voir Salopette et Blouson, mais tant qu’à arrêter voir Iris, on a flatté les chats, et parlé de chats, bien sûr.

Une fois chez la belle-soeur, on a été accueillis par Shirley, la chatte toute ronde avec pas de cou. Shirley est obèse, elle ressemble à un phoque noir avec des petites pattes en forme de bâtons. Elle avait l’air très contente de se faire flatter (et donner des Minouche). L’autre chatte, la tigresse dont j’oublie le nom (j’ai honte!), elle restait cachée parce qu’elle est super timide. Mais Mathieu l’a amadouée avec des Minouche, ces aimants à chats en forme de croquettes graisseuses puantes.

Là, on s’installe au salon pis Mathieu allume la tévé HD. Prise 2! Des vieilles affaires! On commence avec Soirée canadienne. Oh wow, Madame Rosaire Monplaisir est tellement l’fonne, faut que j’en parle sur Facebook! « Es-tu en train de l’adder? » Gnn. Si je veux tchatter avec Madame Rosaire Monplaisir, je ferais mieux de jouer à Ouija. En tout cas, Mathieu n’a pas toffé ça longtemps, il a vite changé d’émission. Épopée Rock! Je trouve que le chanteur des Stardust ressemble bin trop à Réal Bossé. Ça doit être lui. Peut-être qu’il vieillit pas, Réal Bossé? Pis les jokes de gros envers BOUBOULE, ça créait pas de malaise, dans le temps? Un peu plus pis Bouboule se caresse les mams à chaque fois qu’on fait allusion à de la nourriture. C’est gênant, tsé. Pis en plus, Bouboule est interprété par Oncle Darius. Un peu de respect, svp! Il nous a quand même inventé le Rapidotron. Lui, j’aimerais bin ça l’adder sur Facebook. Pis je l’inviterais à faire partie de mon groupe qui encourage la recherche scientifique sur le développement des téléporteurs. Les années 10 sont tellement décevantes en matière de moyens de transport… Mais bon, je m’éloigne du sujet. Je dois dire que je pourrais pas avoir autant de fonne à regarder la tévé si j’étais pas avec Mathieu. S’il doublait les émissions, ça serait tellement plus l’fonne de regarder la tévé. Bouboule qui lance à ses amis, au snack-bar : « Connaissez-vous ça, les oups? »

En terme de malaise télévisuel, c’est Les Tannants qui ont gagné. Anne René qui chante une trop longue chanson uniquement composée du prénom des spectateurs dans la salle (qui sont à eux-seuls l’élément le plus intéressant de l’émission), avec des LA LA LA BANANE BANANE LA LA LA entre chaque prénom. Mais pourquoi? On accepte de pas comprendre, pis on pitonne un autre poste. Y’a le mot planète! PLANÈTE, MATHIEU, ÇA VEUT DIRE QU’IL Y A DES ANIMAUX! *o* OK, on regarde un documentaire animalier. Heille, c’est rendu drôle, la tévé. Tu peux choisir une émission pis la regarder quand tu veux? Wow. Ouiii, on regarde celui avec les hyènes! J’aime ça, les hyènes. Mais c’est pas un docu sur les hyènes. C’est une téléréalité de la savane. Brigitte la lionne blessée se fera-t-elle éliminée? Oh non, j’espère que non, elle est tellement belle! Pis en plus c’est la meilleure chasseuse de la meute! Pourquoi vous l’abandonnez, bande de traitresses? « Les lionnes n’aiment pas l’odeur que dégage la plaie infectée de Brigitte. » Ah, come on! Toute pue, dans la savane! Forcez-vous donc un peu. En tout cas, j’ai vu des beaux vautours, des lions, des hyènes, des guépards, pis des chacals. Des chacaux. Un chacal pis sa famille. Pis Brigitte a survécu.

« C’est l’fonne les courts métrages pendant les émissions. »

Là, on regarde Chambres en ville. On se dit que le bébé d’Etienne et Chloé c’était peut-être Mélanie Jannard, mais à la fin il fait des zoeils, un regard dramatique pas possible, pis je me dis  que c’est pas le genre à Mélanie Jannard, pis après on voit dans le générique que c’était pas elle pantoute. J’aurais pas dû regarder le générique.

Là, on décide de rentrer. Je suis contente parce que je vais pouvoir flatter Linus, le troisième chat de sa soeur. Mathieu le garde parce qu’il est un peu bully avec la tigresse. Mais avec nous, il est timide et il réclame du flatte-flatte sans arrêt. Mathieu m’a prévenue que ça sent un peu pas mal le Lestoil chez lui parce qu’il en a un peu pas mal renversé en lavant son plancher. Il dit que l’odeur s’est sûrement dissipée, et que si je trouve ça intolérable, on ira dormir chez moi. En ouvrant la porte de son appart, je comprends tout de suite pourquoi lui-même sentait le Lestoil en arrivant chez moi en début de soirée. On ferme la porte de sa chambre et on ouvre la fenêtre, mais l’odeur part pas complètement. On se couche quand même, pas mal fatigués, et moi j’essaie de m’habituer à l’odeur. Mais j’y peux rien. Les yeux me piquent, ma gorge s’assèche, mes nasaux brûlent, j’ai un léger mal de tête. Je voudrais être chez moi, mais j’ai pas la force de marcher une demi-heure avec mon gros sac. Mathieu voudrait bien rentrer avec moi, mais il est mort de fatigue. Il m’offre le taxi. J’hésite un peu, pis mon nez dit « OK! » pis j’appelle un taxi. « Prends 20$, pis avec le reste tu m’achèteras un nettoyant à plancher bio. » Ah! Avec plaisir.

Je suis contente de pas marcher, et je suis très contente de respirer. J’arrive chez moi, j’enfonce ma clé dans la serrure, et crac. Crac? Non. Non non non, c’est pas vrai. Ma clé est pétée. Dans la serrure. À 3h35 du matin. Je suis crevée, mais je suis en mesure de trouver une solution : Mathieu a un double de ma clé, la fenêtre est un petit peu ouverte, et la laisse de Po est dehors. Je repense à Mathieu pis sa face de fatigue de p’tits yeux de sommeil doux, pis je l’appelle, mal à l’aise. Il dit « j’arrive », pis là je suis soulagée, mais je sais que j’en ai pour une grosse demi-heure à attendre dehors. Fait pas trop froid, merci Jésus pour le réchauffement climatique. Mais pas merci pour mon taux de graisse trop bas. Je sors mon portable, la batterie est à 72%. Ça va me réchauffer, pis je pourrai continuer mon long email à Joanie. Po crie depuis qu’elle m’a vue. Elle comprend pas pourquoi j’entre pas. Ça rend l’attente encore plus longue… Mathieu arrive au moment où je finis de déchirer le moustiquaire. Aon, merci Luigi number one! Je détache la laisse de Po et j’attache la clé de Mathieu après. Tsé, ça serait pas mal con qu’on échappe la clé par terre dans mon Manoir deluxe, han. Je passe mon ti bras mèye dans la craque de fenêtre, ET ÇA MARCHE. Mon Manoir deluxe sucré, enfin.

Mathieu, yé bon pour m’endurer. Pas une fois il n’a chiâlé parce que je supporte pas l’odeur du Lestoil, il ne m’a pas fait des zoeils parce que je me suis encore embarrée dehors. Yé fin, Mathieu. Mais là, il sait qu’il vient de me rendre un gros service, alors il dit, comme si c’était une grosse punition : « C’est moi qui choisis ce qu’on écoute pour s’endormir. » On a mis des Star Trek, pis quand il s’est endormi j’ai mis un documentaire sur les tigres de Sibérie. Ah pis je me démaquille pas, fuck off. C’est ça que Rambo aurait fait à ma place.


J'ai quand même des beaux porte-clés : Barbapouel pis Maudits!

jeudi 25 octobre 2012

Parle avec Po


Je vais à la salle de bain. Dix secondes plus tard, j’entends une voix à travers la porte.

— De l’avant vers l’arrière.
— T’es le pire coloc que j’ai jamais eu.

Il vit même pas encore chez moi, pas officiellement, et déjà j'ai trouvé une de ses paires de bobettes sales sur ma table. Ringuette, c’est vraiment un ossetie. Un ossetie adorabe : aujourd’hui il nous a amenées chez le vet, Po et moi, avec sa ringuettemobile. Elle a miaulé durant tout le trajet et s’est tue rendue à la clinique. On a attendu quelques minutes l’arrivée de Docteur Chat dans la salle d’examen, alors j’ai ouvert la porte de la cage de transport et j’ai incité Po à sortir. Non. Elle voulait pas. Fuck les examens médicaux. Je la comprends, ma pauvre minoune, alors j’ai pas insisté. La vet est arrivée, elle a pris la cage avec Po dedans et l’a amenée dans sa pièce secrète pour faire le prélèvement sanguin hors de ma vue. Ensuite, elle l’a pesée, et ça je l’ai vu parce que la balance est vis-à-vis une vitrine. Dr Chat a ramené Po et m’a dit « elle a bien fait ça ». Je sais pas ce que ça veut dire, mais je suppose qu’il n’y a pas eu de violence excessive. Po faisait des zoeils de hibou, ce regard qui me fend le coeur. Je lui disais « ça sera pas long, minoune », « on a presque fini », « on s’en va à' maison bientôt », « ça va aller ma p’tite Po », « je sais que tu comprends rien de ce que je dis, mais j’essaie de te rassurer (et de me rassurer) ». J’essayais d’avoir un ton rassurant, nenon, chu pas stressée pantoute, moi j’ai vraiment confiance, tsé. C’est vrai que j’étais pas trop stressée à ce moment-là. Mais juste avant, j’étais un peu anxieuse. La clinique vet, c’est la première sortie que j’ai faite après mes crises d’angoisse de cet été. Ça m’avait pris tout me courage pour m’y rendre, je me sentais encore trop agoraphobe pour ça. Faque astheure, mon cerveau fait des associations. Merci, cerveau. Merci de me faire ça. C’est déjà un peu stressant de dealer avec un animal stressé, pis c’est stressant de penser que Po peut ressentir mon stress, je dois donc le camoufler habilement. Je pense que je me suis débrouillée pas pire, mais Po aurait tellement pu me dire : « Manne, essaie pas. Je le sais où tu m’amènes. Pis tu le sais que j’ai raison de m’inquiéter. Tsé. » Je suis tellement pas dans la tête de Po que je lui prête mes propres tics oraux. Ah, j’aimerais donc ça comprendre comment ça se passe dans sa tête de Po. Communiquer avec elle. Je communique déjà avec elle, ça c’est sûr, sauf qu’en tant qu’humain, je suis un peu obsédée par les mots. Je voudrais pouvoir jaser avec. Ou tchatter. Ou faire de la télépathie. Je pourrais lui dire que je l’aime, bien sûr, mais je pourrais aussi lui dire que je veux rien lui imposer, que je ne veux jamais, jamais lui faire du mal, même quand je l’amène chez le vet. Mais surtout, je voudrais l’écouter. Savoir comment elle voit le monde. Savoir ce qu’elle pense. Je lui demanderais son avis sur des tas de trucs. Aimerais-tu mieux que je te donne des rats crus? Aimes-tu notre Manoir deluxe? Es-tu d’accord avec l’idée d’avoir un coloc? Pourquoi tu me cries après quand je mange à la cuisine? As-tu vu l’heure?  Je devrais-tu me trouver une job de shop? Qu'est-ce qui va nous arriver après la mort? Si on pouvait se parler, on pourrait mettre des choses au clair. Je voudrais qu’il n’y ait pas de hiérarchie entre nous. Fuck le concept du maître et de l’animal. On vit ensemble parce que ça nous tente, personne n’impose rien à l’autre. Po n’est pas ma chatte. Je ne suis pas sa propriétaire.

Tout ça est un beau fantasme. Parce que dans la vraie vie réelle, dans la triste réalité, je me contente d’essayer de deviner ses états d’âme et ses désirs et je fais mon possible pour me faire comprendre. Broulx?


Sur le chemin du retour, Ringuette s’est (presque) un peu perdu dans Rosemont, et Po est resté calme dans sa cage. Je pense qu’elle a compris comment ça marche : Y aller, c’est plate, mais revenir, c’est correct. Ou alors elle était juste trop fatiguée pour s’énerver. Je peux juste supposer.

mardi 23 octobre 2012

C’est la saison des chattes mortes


Mes parents ont trouvé Mini-Po inanimée sur la 381. Ma maman m’a appelée ce soir pour m’apprendre la triste nouvelle. On parlait d’Elmo, de Fanny qui a pris congé pour enterrer la dépouille et faire son deuil. Et elle m’annonce ça, désolée. Ma maman sait que je suis très attachée à la Mini-Po.

Mais c’est plus triste que ça. Parce que Mini-Po a pondu sa dernière portée de chatons au début du mois de septembre. Ils ne sortent pas encore de leur cachette dans la grange, mais mon papa leur apporte de la nourriture molle. Je voudrais donc me téléporter sur place... J’espère qu’ils pourront survivre. Et se débrouiller sans éducation maternelle.

J’avais hâte de retourner chez mes parents entre autres pour voir Mini-Po, mais c’est pas arrivé, j’ai passé tout l’été à Mourial, ville de béton. Ça me fait beaucoup de peine d’apprendre la mort de Mini-Po, la chatte avec qui j’aurais voulu vivre, mais à qui j’aurais jamais osé enlever sa liberté. Au moins, je me console en me disant qu’elle a vécu une belle vie. La liberté, la vie sauvage et palpitante, avec les avantages de la domestication. À chaque fois que j’allais chez mes parents, je la faisais entrer dans la maison et je lui trouvais un snack dans le frigo. Les croquettes, c’est bien pratique, mais c’est un peu plate pour une belle sauvagesse.

Mini-Po, j’ignore d’où elle vient. Durant l’été 2008, le seul été de ma vie où j’ai pas pu aller dans la Vallée du Gouffre parce que j’avais une job diurne qui me fuckait le système, quatre petits chatons sont apparus dans la grange du voisin. Deux chattes écaille de tortue, une tabby calico, et l’autre, j’ai aucun souvenir de l’autre. Son existence a dû être très brève. Le voisin en a gardée une dans sa maison de l’autre côté de la rivière, et les deux autres passaient beaucoup de temps chez mes parents, et toute la famille était sous le charme de ces chattes étranges aux yeux un peu trop grands. Mes parents, mes soeurs, mon neveu, tout le monde me disait : « Sophy! Y’a une chatte ici qui ressemble à Po, on l’a appelée Mini-Po! » Ouais, c’est comme ça qu’elle a hérité de son nom un peu ridicule. Après coup, je me dis qu’elle aurait dû s’appeler Nano-Po tant elle était minuscule.

J’ignore d’où vient Mini-Po, mais je suis certaine qu’elle vient d’une autre planète. Ces chattes extra-terrestres étaient trop belles pour la planète Terre. Mini-Po était si quioute qu’on lui pardonnait tout, même quand elle volait une truite à mon père, même quand elle tuait un bébé pic adorable. Même quand on la surprenait avec un écureuil volant dans la gueule (depuis quand y’a des écureuils volants ici?!). 

J’ignore où est rendu Mini-Po. Petit tas de viande sur le bord de la 381.

Lora Zepam : Mais pourquoi les chats meurent? Pourquoi? Ils ne méritent pas ça. Ou alors, la vie sur Terre est indigne d'eux, et ils vont au Paradis?

Darnziak : Il n'y a pas de raison. La vie pue. 
Les chats devraient rester dans l'éther. On serait bien avec eux, là-bas. 

Après à la fin, quand on va traverser le glacier, 
on va retrouver tous nos amis sans exception
et nos chats seront avec nous.

Dans l'éther.

Lora Zepam : Oui. *_* Oui, c'est ça qu'il faut.

Darnziak : Pensons aux chats en vie.
Aimons-les.
J'entends derrière moi la langue de Chi qui aspire de l'eau. 
Ça fait sccclirrp, sccclirrp, sccclirrp, sccclirrp.

Lora Zepam : Po dort devant moi. Elle fait des p'tits mgnnn.

Darnziak : Un jour on va les perdre, mais aujourd'hui ils sont là.
Aujourd'hui nous aussi on est en vie. 

Nos chats vont nous flatter pour nous consoler.

On va ronronner sans que ça paraisse. Un moteur en silence.

Lora Zepam : Ma mère a dit que les chats vont au Paradis. J'ai dit que si les chats sont pas admis au Paradis, je veux pas y aller.



Est-ce que ma vision des chats est trop romantique?

C’est pas grave. C’est jamais grave.