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vendredi 28 décembre 2012

Mon séjour dans la Vallée du gouffre

Suite et fin de mon carnet de voyage commencé ici.


Jeudi
J’ai décidé de me réfugier chez mes parents, en quarantaine. C’est l’endroit le plus proche où je peux me terrer, et Oli a la gentillesse de m’y amener. Je lui paie l’essence et je le mets sur mon testament — à condition que je ne meure pas endettée. J’ai dormi à peu près trois heures, j’ai peur d’avoir pogné le choléra, j’ai peur que mon chum crève dans une chambre d’hôtel, mais je vais quand même essayer de voir ça comme des vacances, comme une opportunité d’aller voir mes parents et visiter la nature mi-sauvage mi-domptée. Si mon système immunitaire n’assure pas, je pourrai toujours monopoliser une seule des deux salles de bain afin d’éviter de contaminer mes parents. Dans tous les cas, je pourrai avoir la paix, me reposer, rêvasser, écrire dans le solarium avec les chats. Mais j’avais oublié que mes soeurs viennent visiter mes parents durant la longue fin de semaine. Hum. Bon, je vais faire avec.

En route, j’essaie de me détendre. La loi 78 vient d’être adoptée pis ça me donne l’impression dégueuse de vivre maintenant dans un pays hostile, je suis pas chez moi pantoute. J’arrive chez mes parents. Leur tévé HD diffuse les nouvelles de Tévéya. Mon père est content. Il dit que ça va ramasser les crottés. Heille! Ta fille est une crottée! Ça te fait quoi d’apprendre ça? Penses-tu qu’il faut me sacrer en prison?

Ça part mal pour mes plans de relaxer dans le fond des bois.

Mathieu m’a écrit. Il se sent un peu mieux, mais il va dormir une autre nuit à l’hôtel et se rendre à Montréal le lendemain. Il peut pas me parler longtemps parce qu'il y a une équipe de tournage de Vision Mondiale dans sa chambre d'hôtel. Aon, mon chum va survivre. Au moins une bonne nouvelle!


Vendredi
Ma soeur (la grosse) arrive avec Elmo, sa chatte gériatrique. Elmo n’aime pas Moufie, la jeune chatte de mes parents, alors elle monte à l’étage pour se cacher dans une chambre. Une marche à la fois. Pas vite. Elmo a le poids de la vie sur ses petites pattes frêles. Mais elle est toffe. À 15 ans, elle a dépassé l’espérance de vie que le vétérinaire lui avait prédit à cause de ses problèmes cardiaques. Elmo continue.

Plus tard, l’autre soeur avec arrive avec mon neveu préféré. Elle est accompagnée de son nouveau chum, qui est aussi l’ex de notre cousine. Ça fait un peu Watatatow, mais c’est pas grave. Yé bin fin, pis au moins on le connait déjà, faque on sait que c’est pas un psychopathe.

Durant le souper, ma famille insiste pour que je reste à table, même si j’ai déjà mangé. Je fais un effort, je vais les rejoindre dans le solarium. Il n’y a pas de chaise pour moi, alors je m’assois sur la balançoire juste à côté. Discussion au sujet d’un membre de la famille qui a un trouble alimentaire. Gros procès. J’aimerais ça leur dire de fermer leur djeule, mais je traîne une fatigue mentale depuis trop longtemps, et une fatigue physique vient de s’ajouter à ça. Je quitte, personne semble s’en apercevoir.

Plus tard, on fait un feu. Discussion sur la hausse. Ah, mais oui, fallait bien que ça arrive. Le nouveau beau-frère est un peu fâché contre les carrés rouges et il déteste Gabriel Nadeau-Dubois, mais il a un peu de misère à m’expliquer pourquoi. En jasant avec, je lui fais remarquer qu’au fond, il est lui aussi en faveur la gratuité scolaire. Comme moi, il pense que tout le monde devrait avoir accès aux études supérieures. Manne, toi aussi tu devrais porter le carré rouge! Par bonheur, la discussion ne vire pas à l’engueulade. Faut dire que mon père n’est pas là pour me poker avec son Richard Martineau. Je suis convaincue qu’il a décidé de l’aimer juste pour me faire chier…

OMG, UN BARBEAU!

Ça, je voulais que ça arrive. Je voulais apprivoiser les hannetons, c’était un de mes buts de l’été — heille, ris pas de mes ambitions —, parce que les hannetons sont les beubittes qui m’ont le plus terrorisée durant mon enfance. En écrivant un texte sur eux, je me suis dit qu’astheure que je les aime et les connais mieux, je veux cesser d’éprouver de la peur et du dégoût quand j’en vois. Je veux être capable de les toucher, de les apprécier. Alors voilà ma chance de tester où j’en suis dans tout ça.

Je l’attrape avec le pot à insectes du Neveu. Pas trop dur comme opération, les hannetons sont assez lents. Ensuite, je le regarde pendant un petit moment. Je l’apprivoise dans ma tête. Je me demande si je le trouve beau. Est-ce qu’il est beau? Mais oui, il est beau! Là, ça devient une évidence. Je le laisse tomber dans ma main. Ses pattes griffues ne m’incommodent pas une crisse de seconde. Je trouve qu’il a une belle tite face de barbeau. Oh! Il a du pouel sul chest! Fanny, regarde! Comme le premier homme de ta vie, George Michael! Je vais l’appeler George. George Barbeau. Ma soeur aussi l'a flatté. Je l'ai libéré parce que je commençais à m'attacher pas mal. Quelques minutes plus tard, un autre hanneton a atterri dans la chevelure de mon autre soeur (la petite). J'ai dit bouge pas, fille, pis je l'ai débarrassée du monstre d'un geste viril mais tendre.

J'ai pus peur de rien.


Samedi

Mon espoir grandit : j’ai toujours pas la gastro. Top shape. Mais ça fait deux jours que j'hallucine une odeur de renvou, comme si elle était restée collée dans mes nasaux. Je pense que j'ai subi un vrai traumatisme olfactif.

Le Neveu pis moi on part donc en expédition! On veut trouver des traces du limbo, cet être mythique dont on entend parler depuis assez longtemps, là, wo, c’t’assez, yé temps qu’on le trouve. On veut des preuves de son existence.

La première fois que notre père a fait mention du limbo, mes soeurs pis moi on est parties à rire. On se disait ça y est, le pére est saoul. On revenait en char du chalet de ma cousine Janie — dans le temps c’était correct de conduire un peu saoul —et il faisait très noir, et comme dans les bois y’a pas de lampadaires, mon père pouvait nous faire croire n’importe quoi. Il a un peu dévié de la route, frôlant le précipice à notre gauche — ma mère, qui a bin gros le vertige, paniquait un peu — pis il a lâché un : « WEUP! Je viens de voir un limbo. » (lol) Que c’est ça? « Un limbo, c’t’un lièvre avec une dent en or. » (gros LOL) Plus tard, j’ai fini par demander à mononc Robin s’il savait c’est quoi un limbo. « Bin c’t’un lièvre ek une dent en or, crisse. Tu connais pas ça?! » C’est là que je me suis dit qu’il fallait enquêter.

Maintenant que Le Neveu a enfin l’âge de prendre part à des activités dangereuses, le timing est bon pour aller se parde dans le bois. On s’équipe : son pot à insectes (d’un coup qu’on verrait des beubittes étranges), une loupe pour analyser les traces minuscules suspectes, des bâtons magiques pour marcher plus vite, des barres granola, de l’eau, un sifflet, un carnet de notes, un iPod pour prendre des photos, pis du poivre de Cayenne (d’un coup que).

On a trouvé : une couleuvre écrapou.

En soirée, on décide d’aller au traditionnel concert de crapauds. Les anoures ont l’habitude de se produire gratuitement à chaque nuit durant quelques semaines, et à chaque représentation, je vis un grand moment. En plus, c’est vraiment tout près de chez mes parents. On marche quelque minutes, on prend un chemin INTERDIT D’ACCÈS - PAS RESPONSABLE DES ACCIDENTS, on descend une côte, pis on s’assoit sur la galerie du minuscule chalet de Madame Voorhees. Pis là, on se trouve à être drette en face d’un touptit lac tranquille. Tranquille en apparence, parce qu’on sait que ça grouille de vie, ce milieu là. J’arrive là avec Le Neveu, ma soeur Fanny et notre mère. Les crapauds interrompent toujours leur show quand des spectateurs arrivent. Il faut s’excuser, puis leur laisser le temps de reprendre le beat. On reste silencieux durant quelques minutes, dans la pénombre. Puis… WOUP, WOUP, WOUP… BRRRRRR. On les entend! Pseudacris crucifer et Bufo americanus  nous font un bon jam. Crisse que c’est beau. On les écoute en silence, admiratifs, presque méditatifs. Pendant un instant, je sens qu’il n’y a que ça qui compte, je suis là, avec eux, ma famille et les anoures, qui sont aussi ma famille, on est entourés d’arbres résineux qui sentent bon et découpent le ciel comme des démons tordus, la lune brille un touptit peu, juste pour dire, pas du tout éblouissante parce qu'on n'est pas à un fucking show de Pink Floyd, le ciel est rosé à l’ouest, presque noir à l’est, pis même les maringouins n’osent pas faire chier. Tout est parfait.


Le reste de la semaine, un peu dans le désordre...

Là j’y vais de mémoire, je me souviens pas exactement dans quel ordre ni quel jour les prochains événements sont arrivés, parce que c’est pas vrai que je tiens un carnet de voyage quand je vais dans la Vallée du Gouffre, pis de toutes manières, t’étais même pas là faque ça crisse eurien.

(J'ai hésité avant d'écrire le mot « événements », parce que je suis pas encore sûre si les prochaines lignes en contiendront réellement.)

Après le souper, je demande au Neveu si ça lui tente d’aller chez Robin à pied, et il accepte sans aucune hésitation. Le Neveu, yé toujours partant pour faire des affaires avec matante Monstre. C’est moué, ça, matante Monstre. J’ai héritée de ce doux nom parce que je fus longtemps l’épouse de Patrick Monstre, et peut-être un peu parce que face au reste du monde, Le Neveu pis moi on s’est toujours pris pour des extraterrestres, des monstres, des créatures d’ailleurs. Patrick a gagné ce titre parce que la première fois qu’il a vu Le Neveu, âgé de deux ans et demi, il avait joué au monstre avec lui. Les enfants avaient eu bin du fonne. Cet événement — oh! en voilà un! — s’est imprégné dans le cerveau tout neuf du Neveu, qui n’a jamais cessé d’utiliser ce surnom.

Se rendre au village à partir de chez mes parents, c’est une grosse demi-heure de marche. On aurait pu se prendre un chocobo pour aller plus vite, mais on n’était pas pressés, on voulait regarder le paysage, jaser, prendre des photos. Ma mère était bin inquiète qu’on marche sul bord de la 381, mais je lui ai dit qu’on serait encore plus prudents que des vieux chats. Ma mère a toujours peur qu’il nous arrive des affaires, on dirait qu’elle a même peur qu’il nous arrive des affaires le fonne. Pour calmer ses inquiétudes, ma maman s’est rendue chez Robin en voiture, avec ma soeur (la grosse), et elles nous attendaient là qu’on est est arrivés à destination. On n’a pas regretté d’avoir pris notre temps, on s’est gâté les oreilles avec des concerts de crapauds, gâté les yeux avec les beaux paysages de montagnes explosées et les ruminants et les équidés et tussortes de belles affaires de la campagne. Pis ça sentait bon. Chez Robin, ça sentait la Export A. Odeur réconfortante que je peux juste associer à Robin. Fanny aime pas ça, elle va sûrement pas vouloir passer la soirée dans l’appart plein de boucane, mais pour l’instant elle veut pas partir, on a trop de fonne à écouter Robin nous expliquer l’importance de se mettre chum avec la police pis les Hell’s. « Comme ça, t’auras jama d’troube. » Ma soeur hurle de rire. Littéralement. Ma soeur crie vraiment comme une dingue quand elle rit. Des fois ça me fait mal aux oreilles. En tout cas, c’est pas grave, parce qu’on a beaucoup trop de pliaisir pour que je me plaigne.

Le lendemain, Le Neveu pis moi on a un peu exploré la rivière. On voulait faire nos coureurs des bois, encore, mais en version riverains. On saute sur les roches — nous autres on sait sur quelles roches marcher pour pas se planter — pis on se pogne après des branches — nous autres on sait à quelles branches s’agripper pour pas qu’elles nous cassent entre les mains — pis on scrute la faune entomologique qui entoure le cour d’eau — on a spotté des dolomèdes, les plus grosses araignées du Québec — pis on essaie de pas sniffer de mouches — ça, je sais pas encore comment l’éviter complètement. Nous autres on est des explorateurs de régions semi-sauvages pis on n’écrase pas les araignées quand on court dans le bois.

J’aime beaucoup ma famille, mais ça me demande pas mal d’énergie de passer des journées entières avec elle. Les parents, les soeurs, les beaux frères, pis même les voisins des fois, ça fait du monde en crisse. C’est avec mon neveu que j’ai la plus belle complicité, et c’est un peu sa présence qui a sauvé ma semaine, autrement je me serais sentie pas mal seule parmi tout ce monde. OK, je me suis évité la gastro de Mathieu. Mais un très long week-end en famille, c’est un peu comme une maladie. Peut-être que je me fais des accroires, mais dans ma tête, la famille est supposée être un milieu confortable comme un pyjama XL. Quand je m’y retrouve, j’ai souvent l’impression d’être une étrangère. J’imagine que c’est l’adolescence qui fait ça. Paraît que ça peut durer longtemps.


Jeudi

Fanny pis moi on remplit son char de nos bagages, et quand tout est prêt, qu’on a fait nos beubailles aux parents, on met Elmo dans sa cage de transport et on retourne vers la grand’ville.

La route était belle, on a vu le soleil se coucher doucement. On a chanté du Wham! pis notre toune de duo, Marcia Baila. Plus on approchait de Montréal, plus je sentais monter l’angoisse. J’étais fatiguée et j’avais hâte d’être chez moi, mais j’avais pas l’impression de me rapprocher de chez moi. Mathieu m’attendait au métro Longueuil. Il s’avait que j’avais peur de croiser des grosses polices dans notre ville pleine de grosses polices. J’avais peur parce que tout le monde se faisait arrêter par la police, tout le monde, tout le temps, même le soundman de Fred Pellerin s’est fait arrêter par la police. Pis moi, j’ai un carré rouge pis une face louche, pis je refuse d’enlever mon carré rouge, et je refuse aussi d’enlever ma face louche. 

Mathieu pis moi on s’est mis en mode invésibe pis on est rentrés au Manoir deluxe sans problèmes. Po était douce et sentait bon comme une botte de foin charlevoisien.

mercredi 7 novembre 2012

Je m'ennuie de Robin


Jaser au téléphone avec mononc Robin, ça me met toujours de bonne humeur. Surtout quand la conversation commence par : « Salut ma p’tite crisse. »

On jase de tussortes d’affaires, pis un manné je me rends compte qu’il a oublié que je vis à Montréal depuis plus d’un an.

« Comment ça tu restes à Montréal? Montréal c’t’un ostie d’trou, câlisse. J’ai déjà resté là une ou deux semaines, une fois, je faisais du plâtre à une place, me rappelle pus où, pis j’avais yinque envie d’orvenir chenous. C’TAIT L’ASILE. Tu devrais r’venir vivre dans l’boutte. À St-Urbain, ou Baie-St-Paul. Montréal, c’est trop loin. Je te vois pas souvent, j’m’ennuie d’toué. Là ch’t’en train d’flatter la p’tite chatte [Moufie II], pis a pense à toué. »

Moi aussi je m’ennuie de Robin. Pis là je lui fais remarquer qu’il essaie de me prendre par les sentiments avec Moufie (il me connait trop bien, le p'tit crisse!). Il m’explique qu’il va partir tout l’hiver et se cherche quelqu’un pour garder Bebé, son gros chat gris. « J’veux l’donner à que’qu’un que je connais, que’qu’un qui va pas l’martyriser. J’veux pas qu’y souéye malheureux. » Je voudrais bien garder son Bebé, mais j’ai déjà ma Po. « Est quatre fois plus p’tite que mon chat! Ha ha! »

Là, il me parle d’une annonce de chat. Je lui dis que je l’ai jamais vue, que je sais pas pantoute de quoi il parle.

— Comment ça t’as pas vu ça?
— J’ai pas de tévé.
— T’AS PAS DE TÉVÉ?! T’en veux-tu une? J’en au trois quatre icitte!
— Bin, j’en ai une, mais je m’en sers juste pour jouer au Nintendo. J’ai pas le câble.
— Comment ça t’as pas l’câble?
— Parce que j’écoute à peu près jamais la tévé, j’aime pas ça!
— COMMENT ÇA T’ÉCOUTES PAS LA TÉVÉ?
— Bah, j’écoute que’ques émissions sur internet, des fois, mais j’aime pas trop la tévé. Je suis plus de type internet.
— Ah. Internet, c’est plate, ça?
— Le jour où tu vas découvrir internet, Robin, ta tévé va prendre le bord en estie.

Pis là on a raccroché parce que tous les sans-fil de ma mère étaient en train de mourir.

jeudi 30 août 2012

Les belles choses de la vie : Une discussion avec mononc Robin, troisième extrait


Moi : (LOL)… C’est quoi tes premières histoires de drogues? T’avais quel âge?
Robin : Treize, quatorze?
Moi : T’as fumé du pot? C’est ça ta première drogue? Tu t’rappelles pas ek qui t’étais?
Robin : [Robin réfléchit]
Moi : Ah! Faut que tu me contes, d’ebord, comment que t’es viré alcoolique, tu m’as dit que c’était à cause des concours de liqueurs que tu faisais ek ton cousin.
Robin : On buvait d’la liqueur, c’est ça. On faisait des concours.
Moi : Ouin!
Robin : Celui qui en buvait l’plus.
Maman : Avec Christian?
Robin : Avec Christian.
Moi : Tu faisais des concours de liqueurs! C’est quoi ton record?
Robin : J’pense c’tait… J’pense c’tait vingt-huit.
Moi : Vingt-huit!?
Robin : Vingt-huit Pepsi, là. D’une veillée, dans l’temps de Nouël.
Maman : Heille c’est dangereux, ça, tant que ça! L’coeur aurait pu t’sauter!
Robin : J’sais pas?
Moi : Ha ha ha!
Robin : Pis là la mére a m’a dit, a dit là, là, la liqueur, a dit là là, y faut qu’t’arrètes ça, a dit j’aimerais bin mieux qu’tu bouèves d’la biére, c’est meilleur pour la santé.
Moi : HA HA!
Robin : J’ai dit c’est correke, m’man! Depuis c’temps-là, j’prends un coup.
Moi : Oh non!
Maman : Ça s’peut pas parler d’même…
Robin : Bin c’est elle qui me l’a dit! On m’a toujours dit écoute ta mére, crisse! …quand ton père te parle.
Moi : HA HA HA! Ostie qu’ça peut pas être mieux dit à propos de ta mère… Mais tu y as déjà dit, ça, à elle, c’est d’ta faute si j’bois d’la bière?
Robin : BIN OUÉ! Pis là apras ça a m’disait que je prenais un coup… J’prenais un coup en estie. Chu tranquille aujourd’hui! J’bois pus!
Moi : HA HA HA!
Robin : A dit y faudrait qu’tu slaques la bouésson un peu… Mais crisse! C’est toué qui me l’a dit d’en prendre!
Ma mère et moi : lol
Robin : C’est d’ta faute, là, pas d’la mienne. Ouin bin j’ortiens d’mon grand-pére, j’ortiens d’Noré. Noré prenait un coup en estie, mon grand-pére.
Maman : Quand y marchait les épaules par en ardjére, là, y n’avait d’dans.
Robin : Tabarnac y n’avait en estie.
Moi : Ha ha! C’tait pour pas tomber par en avant?
Robin : Tout le monde prenait un coup! Ti-Mé! Ti-Mé, ça prenait un coup en estie.
Moi : Qui ça?
Robin : Ti-Mé Bonneau. 
Maman : Un de nos oncles.
Papa : Y toussait!
Robin : Hé crisse, quand y toussait, y s’mettait à tousser...
Maman : Y fumait, han. Y fumait gros.
Robin: Hé, y fumait en estie!
Maman : Yé mort du cancer du poumon! En tout cas, y toussait y v’nait rouge comme un coq!
Robin : Y’avait ‘a langue sortie long d’même!
Maman : J’te dis, là, on dirait toujours qu’y était pour mourir à côté d’moué.
Robin : Pis là, à chaque fois qu’y toussait, y v’nait ‘a face ROUGE…
Papa : Ça durait dix menutes.
Robin : Si t’arais eu une aiguille, tu l’arais piqué, là, s’à joue, Y S’VIDAIT.
Moi : HA HA HA!
Robin : HIN HIN HIN!

mercredi 29 août 2012

Les belles choses de la vie : Une discussion avec mononc Robin, deuxième extrait


Maman : C’t’aussi bin qui s’en souvienne pus, les affaires qui a faites…
Moi : Non, moi j’veux les savoir, faut que tu m’es racontes, j’veux les noter!
Robin : Ouin mais là, j’sais pus… j’t’en ai dit pas mal.
Moi : Tu m’as dit la fois qu’t’as failli te faire tirer par du monde à chasse aux lièvres…
Robin : Ah ouin, ça c’est dans Beauce.
Moi : Tu m’as conté la shot avec André Allard pis André Gariépy à l’Ile-d’Orléans, quand l’eau a failli monter su votre roche.
Robin : Ah ouin, s’à roche!
Moi : La shot yousque Roger y’a tiré sur un gars parce qu’il voulait entraîner son chien le premier jour de la chasse…
Robin : Hin hin, tu t’en rappelles, de ça!
Moi : Oui! Tu m’as raconté aussi la fois où ce que… le titre que t’as donné à l’histoire c’était « Une corneille les pieds dans marde. » Ça je l’ai noté.
Robin : La quoi?
Moi : La corneille qui a pilé dans marde.
Robin : OK ouin! Les soeurs?
Moi : Oui. Pis tu m’as conté la fois où t’as vu le pied de l’arc-en-ciel avec Michel.
Robin : Ah ouin, à Manic 5.
Moi : Ça s’peut pas, voir le pied d’un arc-en-ciel!
Robin : Bin oui, je l’ai vu moé crisse.
Moi : T’étais à quelle distance du pied?
Robin : J’tais aux côtés, stie. J’tais à dix pieds. Y’avait une grosse crisse de roche, grosse comme l’char.
Moi : Ouin mais tu connais toutes les légendes à propos de ça?
Robin : Moué pis Michel Dèye on était à Manic, sul bord d’la riviére, on avait mis notre tente là, toute, pis y’a arrivé un ostie d’orage, pis tussuite après l’gros soleil, PIS LÀ, on voyait la grosse crisse d’arc-en-ciel, était à peu près à mille pieds de nous autres. HIN! J’dis ga Michel, l’arc-en-ciel! Ga c’est là qu’a commence, c’est là qu’a va, s’à grosse roche, là-bas. J’la voyait bin comme faut. 
Moi : OK…
Robin : On saute dans l’truck, crisse on s’en va là-bas. On a arrivé drette aux côtés. L’arc-en-ciel arrivait s’à roche. J’TAIS AUX CÔTÉS, LÀ!
Moi : (lol)
Robin : C’tait à peu pras, large comme l’char, l’arc-en-ciel. Était à peu pras large comme l’char. Arrivait s’à roche.
Moi : Sacrament...
Robin : Heille, c’tait spécial, j’ava jama vu ça d’ma vie, j’orverrai pus jama ça non plus.
Moi : Vous étiez sua poffe, là, vous deux!
Robin : Nenon. Tu demanderas à Michel Dèye, crisse!

lundi 27 août 2012

Les belles choses de la vie : Une discussion avec mononc Robin, premier extrait


Maman : Ouin mais Robin, là, mais que tu sèyes mort, l’autre bord, y n’aura pas de bouésson pis d’cigarettes.
Moi : C’pour ça que je te conseille de pas aller au Paradis mais d’aller en Enfer, c’est là que l’monde le fonne se tiennent.
Robin : Les danseuses sont toutes là!
Maman : Ouin mais Robin, là, tu pourras pas fumer pis bouére, là.
Robin : Ah bin là, kess tu veux faire? Ah, y’a peut-être un bar pis on l’sait pas.
Moi : Y doit y avoir un bar clandestin! Toué t’as des plogues pour ça!
Robin : J’connais tout l’monde là-dedans, hin hin hin!
Moi : Robin, on a dix minutes devant nous autres, tu veux me raconter la shot des cinq infractions? Fanny m’a dit que t’as fait du quatre-roues avec Marie pis t’étais en infraction pour cinq raisons différentes.
Robin : Quand est-ce, ça?…
Moi : Je l’sais pas, ça fait peut-être un an, deux ans…
Robin : Avec mon quatre-roues?
Moi : Oué oué!
Robin : On était cinq sul quatre-roues?
Moi : Nonon, t’as fait CINQ infractions en même temps parce que tu buvais de la bière, t’avais un passager, t’allais trop vite, j’sais pus trop, mais y’avait plein de raisons.
Robin : J’avais pas de casse?… J’tais chaud?… J’avais pas de parmis?… Ah! Si j’m’arais fait arrêter j’arais eu cinq infractions? Je m’en rappelle pas, stie.
Moi : Tu t’rappelles pas?? Bin voyons, toué!
Robin : Crisse, j’me rappelle même pas qu’avant-hier je t’ai parlé au téléphone. 
Maman : Tu vois comment tu perds la mémoire, Robin, là? T’as yinque 52 ans.
Moi : Robin, j’veux noter tes histoires, si tu t’en rappelles pus, ça va mal! 
Maman : Heille, j’espère tu f’ras pas comme Maurice, toué! Ton parrain! Yé mort de démence.
Moi : Ouin, mais quand tu t’en rends pas compte, c’pas grave.
Maman : Bin, c’est grave pour les autres.
Moi : Ouin, c’est sûr… Mais là y’a-tu des histoires tu t’rappelles, d’ebord? D’autres histoires de chasse? Tu m’as conté plein d’histoires pis j’voulais toutes les noter. Faut pas tu perdes la mémoire, là. Pas tussuite! 
Robin : Ah non, les histoires de chasse, ça ya pas d’troube.

mardi 21 août 2012

Entendu dans ma ruelle


Madame : Pis, as-tu passé un bel été? Es-tu prêt pour la rentrée en classe?
Moi : TA YEULE, CONNASSE INSENSIBLE!!! ON DIT PAS ÇA À UN ENFANT!

Ma réplique, c’est dans ma vie fantasmée, bien sûr. Je me souviens encore de mes fins d'été, quand j'étais enfant, et que je sentais arriver la fin des vacances. Anticipation. Déjà, de voir les circulaires tout beurrées de matériel scolaire, ça me donnait des frissons de dégoûts, alors quand on osait me demander, LE SOURIRE AU LÈVRES : « Pis, as-tu hâte à la rentrée? » NOOOOOOON! Faut-tu que je pleure pour que tu comprennes que ça me fait mal d’entendre ça? Parmi les adultes, y'avait juste mononc Robin pour me comprendre : « Comment ça t'as pas encore lâché ça, c't'ostie d'école-là? » Il me disait ça dès mes premières années du primaire. Robin, y'avait jamais aimé ça, l'école. Y'avait pas fait son cours classique, Robin.

La rentrée scolaire, c’est le retour de mes chaînes, de l’ennui, de la discipline, de pus pouvoir jouer dehors quand il fait noir, de la fin de l’été, de la fin du fonne. C’est sûrement pour ça qu’aujourd’hui encore j’ai toujours un peu les bleus à l’arrivée de l’automne. Pis j’accuse même pas le manque lumière : c’est la faute aux mauvais souvenirs de rentrée scolaire. Avoir peur de tomber sur la prof méchante que tout le monde craint. Avoir peur que ma meilleure amie ne soit pas dans ma classe. Avoir peur d’être assise à côté d’une brute ou de celui qui a les poux. Avoir peur d’oublier le chemin pour se rendre au nouveau local. Avoir peur de pas comprendre la nouvelle matière, même si j’ai toujours eu des notes de bolées, sauf en éducation physique (je m’excuse d’être un cliché, mais c’est ça pareil, c’est d’même). Avoir peur d’avoir mal au ventre, encore. Avoir peur que le prof n’autorise pas les pause-peupis.

Chaque fin d’année scolaire était une délivrance, un pas de plus vers la liberté. Je me souviens que je calculais ça en pourcentage approximatif. Je disais au p’tit Francis : « On est à 35% de la LIBERTÉ! » La liberté étant la fin de toute contrainte scolaire. Pourtant, l’idée que je me faisais du monde du travail ne me plaisait pas plus.

Chaque rentrée scolaire était un supplice, j’aurais voulu qu’on soit déjà rendu à la fin de l’année, au printemps, pour que ce soit plus supportable. J’aimais beaucoup la période des examens finaux. Je savais que j’allais en classe pour une raison bien précise : faire un examen, pis sacrer mon camp chez moi. Ou à peu près : fallait quand même toffer ça les deux tiers de la durée habituelle.

La rentrée scolaire : endurer la lenteur avec laquelle on nous introduit une nouvelle matière. Se faire répéter pendant deux semaines la même ossetie d’affaire plate, comme si on était tous intellectuellement limités. L’abrutissement. Une chance que j’y allais pas trop souvent.

Parlez-moi pus hamah de rentrée scolaire.

Sauf.

Si.

Sauf si je gagne une guerosse bourse d’études. Alors là, je vais être dedans solide pour la rentrée scolaire.


Comment ces enfants peuvent-ils sourire en sachant ce qui les attend? Je ne comprends pas.

mercredi 15 juin 2011

Bonnie la chienne la plus cool de l'univers

Bonnie habitait officiellement su Marc, un de nos voisins de chalet. Jamais je ne l’ai vue avec une laisse ni même un collier, c’était la chienne la plus libre que j’ai connue. Aussitôt qu’elle entendait le moteur de notre voiture qui passait devant su Marc, elle nous accueillait et nous suivait jusqu’au terrain/au chalet pour nous accompagner dans toutes nos activités extérieures, dont la baignade à la rivière, où elle semblait troublée de nous voir disparaître sous l’eau. Bonnie, toujours à proximité de nous, monitrice de nos vies sans jamais avoir à intervenir comme Littlest Hobo parce qu’il ne se produisait jamais rien de dramatique dans notre vie pas comme à la tévé.

Elle était si belle! Marc disait que sa Bonnie était un croisement entre un labrador et un berger allemand. Elle avait pourtant un masque de husky, mais quand même des oreilles de labrador et aussi des pattes palmées d’ornithorynque et les couleurs d’un écran de télé enneigé.

À chaque fois qu’on allait se promener dans la forêt, à la rivière ou à la montagne, on pouvait compter sur elle pour nous escorter avec enthousiasme et quand même beaucoup de sérieux. Bonnie, c’était une chienne très sérieuse. Elle n’aboyait jamais, elle ne jouait pas tel un éternel chiot, elle aimait se faire flatter, mais pas démesurément. Oh, à la limite elle pouvait aller chercher un bâton qu’on lançait à l’eau, mais je soupçonne que c’était juste un prétexte pour se mouiller, se secouer près de nous et puer. La Bonnie, on pouvait l’oublier dehors plusieurs jours de temps pis c’était pas grave. Elle buvait à la rivière, dans une flaque d’eau ou dans la cuvette de la toilette, et elle chassait aisément des marmottes belliqueuses. Ou alors elle déterrait la tête de boeuf que Michel lui avait donnée et grugeait ça en snappant des mouches. Les rares fois où elle s’est faite asperger par une moufette, elle s’est frottée la face contre la mousse des roches dans la rivière. L’odeur finissait par disparaître, et Bonnie finissait par sacrer la paix aux bêtes puantes. Elle se baignait à la rivière dès que les glaces avaient fondu et ce jusqu’à ce qu’elles réapparaissent à l’automne. Bonnie avait un comportement un peu étrange envers les autres chiens. Alors qu’eux devenaient totalement excités à l’idée d’une rencontre canine, elle, elle avait l’air de s’en foutre un peu, restait trop calme. On aurait pu dire qu’elle était un peu snob avec les chiens.

Un jour, Robin a décidé de m’amener à la chasse à la perdrix. (C’est la seule fois de ma vie, juge-moi pas!) Il a demandé à ma mère de garder la chienne avec elle dans le chalet. « Bonnie va faire peur aux pardrix. Laisse-la pas sortir avant une bonne demi-heure, le temps qu’on monte la montagne. A nous r’trouvera pas. » La montagne automnale, c’est magique. Les couleurs sont flashy, y’a presque pas de bibittes, c’est pratiquement silencieux, on entend juste le vent dans les feuilles et quelques oiseaux, parfois. On marchait d’un pas régulier dans la forêt tranquille quand SOUDAIN!!! on entendit le souffle profond d’un carnassier féroce s’approcher de nous par derrière. Bin oui, je sais que c’est pas vraiment un gros punch thrillant, mais je peux vous dire qu’on a quand même eu la chienne pendant deux secondes avant de se rendre compte que c’était notre chienne qui nous avait rejoints. Bonnie nous a pistés grâce à sa vaste membrane olfactive de dedans de nez de chien super motivée à travailler, parce que Bonnie c’était pas un chien de race sélectionné pour la longueur de ses pattes ou la hauteur de ses oreilles ou whatever d’on s’en crisse-tu de vos standards de chiens pure race trop cons pour tenir debout ça crève au premier coup de vent. Et Bonnie a compris qu’elle allait devoir nous suivre parce qu’on voulait pas qu’elle fasse décoller une perdrix trop loin devant nous. Et ça n’a pas été long qu'une gélinotte huppée a bondi hors d’un buisson. Pas encore assez saoul, Robin était gréyé d’un pas pire réflexe et a tiré l’oiseau. J’aurais bien voulu voir sa face de pauvre perdrix pas chanceuse et m’excuser mentalement en la regardant dans les yeux, mais on ne trouvait plus sa tête. Un petit corps chaud décapité, des tas de plumes. « Maudit criss! J’ai jamah vu ça! A PUS D’TÊTE, CÂLISSE! » Robin n’avait encore jamais pulvérisé une tête de perdrix et il trouvait ça très drôle et n’en revenait pas. On n’a trouvé aucun morceau de tête dans le périmètre de la scène tragique. Traîne encore quelque part une photo où on me voit tenant la gélinotte sans huppe, et ma grosse soeur aime bien la sortir celle-là quand elle veut montrer à quelqu’un que dans une autre vie, les animaux, je les aimais pas tant que ça. Pff.

Un jour, quelqu’un a vidé du métabisulfite de sodium dans la cuvette de la toilette sans flusher. Bonnie a souffert au moins deux jours avant de mourir. J’avais douze ans, elle en avait un peu plus. J’ai pleuré des larmes de grosse tristesse sur bébé Po dans mes bras.

lundi 28 février 2011

Une autre anecdote de chasse de Robin

« Là m’as t'en conter une! Stie qu'est bonne! Haha!

Roberto pis moé on s'en allait proche du Parc [des Grands-Jardins]. Y vient me chercher en pick-up, on part pis on arrive en haut de la côte. Quand j'arrive en haut de la butte, Roberto crie "YA UN OURS!" [à entendre Robin, le s est muet] pis y câlisse ça sul park en plein milieu de la rue, y sort sa caribine. Y'était dans l'milieu de la rue! L'ours traverse la rue, mon aut' y tire BANG BANG BANG dans rue! Écoute-moé! Un m'ment donné ya pus de balles, pis Roberto y tombe à terre dans le canal. Moé j'tais dans le milieu d'la rue sua ligne jaune pis l'ours s'en venait direct su moé! J'me suis tassé de 10 pieds, pis l'ours est tombé drette sua ligne jaune. On recule le pick-up, on pogne l'ours pis on le câlisse dans le pickup. Me suis tassé juste à temps!

Moi : "Comment vous avez mis un OURS dans le pick-up??"
On l'a pogné à bras pis on l'a crissé dans l’pick-up. Y pesait à peu près 100 lbs, y'était pas gros. Le p'tit gars à Roberto était dans le pick-up pis y'a vu son pére tirer partout comme un malade. Hehe! On était en infraction ! T'as pas l'droit de tirer sua route accoté sur ton char. Sauf si t'as un membre dans le plâtre. On est rendus ek des règlements de fou! »

mercredi 23 février 2011

Les anecdotes de chasse de Robin

J'aime pas la chasse, ça m'écoeure. J'aime tous les animaux, même les plus laids, les plus cons, les plus puants. Alors je ne supporte pas qu'on les chasse, les trappe, les mange, les asservisse ou les maltraite d'aucune manière. Mais j'y peux rien, j'aime les anecdotes de chasse de mon oncle Robin, affectueusement surnommé Robin-Câlisse, parce que j'aime les gens passionnés et intenses, et parce qu'il a une façon complètement délirante de raconter même lorsqu'il s'agit de choses bien banales. Puisque Robin ne veut pas faire de la télé ni donner des conférences (quel dommage!), je partagerai ici quelques-unes de ses histoires de chasse et autres aventures vaguement reliées. Naturellement, je ne saurais reproduire toute la magie de son discours, et je sais que je dois encore travailler pour arriver à bien transcrire sa langue, mais je commence par commencer…

… avec des CONSEILS POUR DÉBUTANTS

Photo piquée illégalement sur le site de la Texas State Library & Archives Commission


« Faut jamah que tu cours après un chevreuil que t'as manqué, tu l'ortrouveras jamah. Faut que t'attendes une heure ou deux. Tu fumes une cigarettes. Deux-trois cigarettes. T'attends. Parce que lui quand y se fait tirer, y part, y court, pis y se couche. C'est là qu'y meurt au bout de son sang. Mais si tu cours après, lui y le sent pis y continue de courir. Tu l'ortrouveras jamah, tu vas le parde. Pis si tu tires un canard sur l'eau, tu te dépêches à tirer un autre coup pour l'achever sinon y cale, y s'accroche à des branches dans l'eau pis y s'nèye.
Tu vas l'parde. »

Et il poursuit énergiquement.

« Bon, je vas t'raconter comment j'ai manqué mon orignal l'année passée. J'ai faite une GAFFE. Le matin, j'ai callé la femelle pis le veau, pis le buck a répondu. Y'était à 4-500 pieds. Il aurait fallu que je lui réponde en frottant un panache dins branches, mais j'ai répondu encore avec un cri de femelle pis de veau. C'était ça ma gaffe. Lui, ya dû se dire : "C'est qui c't'innocent-là, y sait pas caller maudit criss? J'vas pas là j'vas m'faire tuer!". »


Souhaitez-moi d'avoir beaucoup de vacances cet été afin de recueillir un gros tas d'histoires de Robin.

samedi 26 juin 2010

La mythologie alimentaire de ma mère

Je viens de manger une banane, il est 18h30, et je me porte très bien. Pourquoi je dis ça? Parce que ça me fait soudainement penser à ma mère, qui nous disait souvent de ne pas manger de banane avant de se coucher parce que ça fait "rêver au Yâwbe".
J'ai longtemps évité ce fruit démoniaque avant d'aller au lit. Et pourtant, je n'ai jamais eu peur du Yâwbe*.
Je fais partie des privilégiés qui avaient une maman au foyer pour leur cuisiner trois bons repas par jour. Par exemple, ça m'a pris du temps avant de découvrir le Kraft Dinner, et ce n'est pas ma mère qui a introduit ça dans ma vie. Malgré les tonnes de succulents et irrésistibles desserts de toutes sortes que j'ai consommés depuis ma tendre enfance, j'ai eu la chance de bien me nourrir quand je vivais chez mes parents. Ceci n'a pas empêché ma maman de nous transmettre tout plein de mythes alimentaires farfelus, et aujourd'hui je trouve ça drôle car il s'avère qu'aucun d'eux n'est vrai, et je n'ai jamais compris d'où ils provenaient. Un autre de ceux-ci est qu'il ne faut pas boire du lait quand on mange des hot-dogs, parce que là, heille, wooo, ça peut gravement fucker ta digestion, là! Personnellement, je pense que les hot-dogs à eux seuls peuvent fucker notre digestion et je vois pas trop ce que le lait vient faire là-dedans. Peu importe, ma mère nous donnait donc de la boisson gazeuse (pas de Pepsi ni de Coke, ça énerve les enfants) ou du jus pour faire descendre les indigestes roteux (je n'ai jamais aimé les hot-dogs, sauf quand mon oncle Robin-Câlisse* m'en avait acheté un à la salle de bingo à côté de chez lui en Haute-Ville, je le trouvais vraiment spécial parce que ça ne goûtait pas comme ceux de ma mère, ça goûtait la bouffe de resto cheap). Quand je suis devenue un peu plus rebelle, j'ai commencé à manger des pamplemousses le soir. Ma mère trouvait ça très douteux, probablement parce qu'un pamplemousse c'est bin trop synonyme de matin ensoleillé, mais elle me laissait prendre des risques et vivre ma vie dangereusement .
Toutefois, rien ne bat le pire mythe alimentaire que je n'ai jamais entendu, que nos voisins de chalet (des vieux amis de mes parents) nous avaient dit avec le plus grand sérieux du monde : "Faut pas que tu boives du lait quand tu manges du homard, parce que tu peux MOURIR". Mourir? Ah ouin, t'es sûr? Ah, ça doit être pour ça qu'il n'existe AUCUNE recette dans le monde qui mélange le homard et le lait, les cuisiniers étant au courant de cette combinaison fatale.
Un jour, ma grosse soeur a dit à ma mère qu'elle a appris dans son cours de chimie alimentaire que la banane favorise le sommeil à cause d'un de ses acides aminés qu'elle contient, le tryptophane. Sans vouloir entrer dans les détails, disons simplement que le tryptophane est le précurseur de la mélatonine, l'hormone du sommeil (vérifie sur Wikipédia si tu as un doute). Ma mère fait confiance aux universitaire, alors elle ne s'est pas obstinée. Même si elle est insomniaque depuis des années, je suis certaine qu'elle ne mange jamais de banane le soir, avant d'aller au lit...



*Même que j'ai souvent tenté de le contacter via Ouija, mais ça n'a jamais fonctionné, à ma grande déception.
**Il sacre CONS-TAM-MENT.