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mercredi 2 juillet 2014

Ma petite Po d’amour est morte

Nos derniers beaux moments se sont finalement comptés en heures. On a passé une belle dernière journée, puis elle s’est endormie dans mes bras, avec l’aide du Dr Lassonde.

J’ai trop le coeur en miettes pour en parler en détails, mais je veux au moins remercier ici tous mes ami-e-s et les ami-e-s de Po qui font preuve d’un soutien incroyable. Vous n’avez pas idée à quel point ça me touche. Et pas une seule personne n’a osé me dire que c’était con d’avoir autant de peine pour un chat. Merci à ceux qui le pensent mais savent faire preuve de retenue. 


Mentions spéciales :

Merci à Annie-Claude de garder le corps à ta clinique vétérinaire. Merci à Frédéric pour la dernière visite chez le vétérinaire. Merci à Marie-Noël pour le transport du corps. Merci à Annie d’avoir été là virtuellement. Merci au Dr Lassonde pour l’empathie, la douceur et le professionnalisme. Merci à Mathieu pour ta sagesse, merci d’avoir pleuré avec moi, et merci pour le prêt de 300 $.

Merci à Po pour tout ce que tu as été. Tu me manques en crisse.

Merci à Benoit Mendreshora pour l'oeuvre.


vendredi 13 juin 2014

On fait chier

Quand j’ai créé mon t-shirt « Végane juste pour faire chier », ça ne m’a pas pris de temps pour trouver les meilleurs modèles pour le mettre en valeur sur mon Etsy de boutique. J’ai pensé à deux personnes que j’admire et, maudite chanceuse que je suis, ils ont accepté : Élise Desaulniers et Frédéric Côté-Boudreau. Élise, en plus d'être la meilleure ambassadrice de mon t-shirt de Po, est conférencière, et l’auteure de deux essais sur l’éthique alimentaire (Je mange avec ma tête et Vache à lait) et d’un blogue (qui a enfanté une page Facebook). Frédéric est doctorant à Queen’s University en philo, spécialiste de l’éthique animale, auteur d’un blogue qui fait fâcher du monde, parrain de mes deux rates Christina et Britney, et je l’ai déjà interviewé pour Terreur! Terreur!  juste ici, et là. Tous les deux sont d’excellents vulgarisateurs, et je les vois comme deux icônes véganes du Québec (ris pas!). Et deux adorables êtres humains! OK, si tu les as déjà trollés sur internet, tu seras peut-être pas aussi d’accord avec moi, mais moi je t’assure, chère lectrice, que si tu les côtoyais, tu admettrais que j’ai raison. Et ce, même si tu n’es pas du tout convaincue par le véganisme.

Après avoir obtenu leur consentement — exploiter quelqu’un quand t’es végane, on s’entend que c’est pas terrible — , je suis allée rejoindre mes modèles chez Élise, et on a fait le shooting dans sa ruelle. Déjà que je suis pas une photographe pro, j’avais un peu de mal à faire de cadrages acceptables parce que je riais (des véganes drôles, ça se peut!), mais j’ai réussi à capter de bons moments.

Élise et Frédéric contemplent l'idée de vivre dans un monde végane.

Après le shooting, Élise m’a donné une copie de Vache à lait (hiiiiiii!), elle nous a parlé des pratiques homosexuelles de Barack et Roland Barthes, ses deux chats castrés, puis on a jasé de véganisme, de féminisme et de robes, et puisqu’elle avait du travail à faire, Frédéric pis moi on est allés remplir nos HP chez Sophie Sucrée. Lui pis moi dans une pâtisserie végétalienne, portant tous les deux nos t-shirts véganes, revenant d’un shooting à thématique végane… Me sentais full végintégriste.


Des jeunes gens heureux et dynamiques.

Merci à Frédéric et Élise! Et merci à toi qui refuses l’exploitation animale et combats le spécisme! Je peux-tu te faire un high five? (Et pas merci à la personne qui a pris mon t-shirt au premier degré. Je t’en veux pas, mais tsé, c’est plate pour toi.)


Roland n'était pas trop dedans pour un shooting. Non, ça y tentait pas.

Promo pour toi, mes lectrices : si tu m'achètes un t-shirt, écris-moi un petit mot en passant ta commande pour me dire que tu lis mon blogue et j’ajouterai une petite surprise dans l’enveloppe. Nul besoin de me dire que t’aimes me lire pis que mon blogue c’est le meilleur blogue de l’univers pis que tu voudrais te marier avec mon avatar, je cours pas après les compliments (je dirais même que ça me gêne un peu). Je veux juste te donner un petit cadeau. 

vendredi 27 décembre 2013

Beubaille 2013 (avec des IMAGES!)

L’année achève, tout le monde fait des bilans, et je suis exactement comme tout le monde, alors j’ai moi aussi je repense un peu à ce qui s’est passé dans les douze derniers mois et je me demande « est-ce que c’était tant de la marde que ça, 2013? ». Évidemment, il s’agit d’une liste non exhaustive. C’est pas que ma vie est SI palpitante que ça, mais je peux au moins dire qu’il m’est arrivée plus que huit affaires cette année.


Je suis devenue entrepreneure. Oui oui, j’ai fait enregistrer Les belles gnéseries de Lora Zepam. Et j’ai plein de projets gnéseux (et beaux)!



Je suis allée à Rimouski pour la première fois de ma vie. Un beau voyage avec Mathieu et Bock — ouin, je sais, c’est toujours bizarre quand je les nomme dans une même phrase, surtout dans cet ordre — qui m’a permis de voir ma Meulie et d’autres bêtes sauvages adorables. J’ai aussi appris qu’il y a une pénurie de cous à Rimouski.



J’ai enfin rencontré mes Blais! Et ça m’a encore plus donné envie de les adopter. Vraiment des bons êtres humains.



Je me suis fait un bon ami végane. Qui m’a lui-même fait rencontrer d’autres véganes super sympathiques. Pis c’est même pas du monde qui mangent de la luzerne et qui se soignent avec des roches magiques, là. Juste du monde qui pensent que les animaux c’est pas des choses qu’on peut exploiter. Ah pis c’est de sa faute si je suis maintenant accro aux puddings Belsoy — aussi appelés LES POUDIGNES —, à un point tel que je pense que les caissières de la poudignerie me jugent.



Je me suis ennuyée de mon frère. Darnziak et moi, on s’est presque pas vus de l’automne. Grosse session, gros projet. Mais on est des BFF jusqu’à la fin du monde, et même après, pis c’est pas nos vies d’adultes (LULL) qui vont venir fucker ça. Oh que non.



J’ai vécu le plus gros deuil de ma vie. Et c’est pas fini. Elle me manque, je pense à elle à tous les jours. C’est toffe, la vie après la mort.



Je m’apprête à vivre un autre deuil. Ma Po, ma vieille picouille d’amour, a le cancer. Je suis pas certaine qu’elle atteindra son 19e anniversaire. Je la traite aux petits soins, mes amis la gâtent, et je me prépare à l’inévitable.



Je suis gros en amour. Après mon divorce, j’ai eu peur de ne plus être capable de tomber en amour (oué, le gros cliché, je sais). Mais j’avais tort. Mon Mathieuse, je le marierais. Mais le mariage, je laisse ça aux autres. Quoique je trouverais ça amusant qu’on se magasine des robes de mariées sur la Plaza. Je voudrais le voir dans une robe qui a l’air d’un crémage à gâteau.




Pour 2014, mon voeux le plus cher, c’est que tous mes amis restent vivants. Pis là, je vais faire ce que je peux pour qu’ils soient le moins malheureux possible. Fais attention à toi, OK? Amour et paix dans ton coeur. 

vendredi 13 septembre 2013

La fois où j'ai roulé en Bixi

J’étais en train de tchatter avec ma belle brume quand t’à coup j’entends des hurlements de démons dans la ruelle — des chats, on s’habitue presque. Mia arrive au galop, breake sec devant moi, me fixe de ses grands yeux noirs, et me lâche un petit « miau? » comme si j’étais supposée savoir quoi lui répondre. Tute poffée. Elle perd pas de temps à me questionner pis elle s'en va tussuite voir à la fenêtre de la chambre pour comprendre qu’est-cé qui se passe dehors. Quatre, cinq secondes. Mia repart vers la cuisine, grimpe sur le rebord de la fenêtre. Petits miaux anxieux. Elle court à la fenêtre de sa chambre, je l’entends, pou-doum, puis elle revient dans la chambre de Mathieu, pour surveiller par la fenêtre. Elle dépoffe tranquillement…

Ça l’a occupée pendant plusieurs minutes. Ça m’a aussi divertie, je l’avoue. Mais là, je pouvais pas trop niaiser, fallait que je fasse un aller-retour chez moi. Ce qui veut dire interrompre mes activités importantes pendant une heure. Sauf si je voyage en Bixi. Hum. Est-ce que je suis game?

Avant de déménager à Kingston, Frédéric m’a légué sa clé de Bixi. Il reste encore plusieurs semaines de belle sphate sur laquelle rouler, il faut bien que j’en profite. L’affaire, c’est que j’ai peur de faire du bécique à Montréal. Et je suis limite dangereuse. J’ai peur de me faire fesser par un char, peur de faire une collision avec un autre cycliste en sens inverse, peur de passer sur une rouge sans m’en rendre compte, peur de glisser sur une pelure de banane. Je me sens pas safe sur un bécique à Montréal. Vraiment pas à l’aise. D’un côté, il y a moi, et à l’autre bout du spectre, il y a Ranger. J’aimerais ça arriver à me situer presque au milieu, juste pour dire que je peux considérer que c’est une bonne idée de me déplacer à vélo au moins une ou deux fois par semaine. Pis là, c’est le temps de m’exercer.

Je pars pis je me trouve un Bixi. Je prends le premier du bord. Avant de le sortir de son box, je me rappelle que Mathieu m’avait recommandée de vérifier les pneus. Je les tâte. Euh, ça me semble être, euh, de bons pneus. Je libère mon Bixi (ça commence bien, continue comme ço!), je réussis à ajuster le siège (yé!), pis je pars. Doucement. Pas vite. Je sors ma vision périphérique, j’ouvre grand mes oreilles, pis j’atteins la piste cyclable sur Rachel (une étape de faite! High five!). Rachel. Arque. La seule fois où j’ai fait du vélo à Montréal, c’est l’été dernier, pis j’étais passée drette là. Cette fois, c’est pire, parce que je suis toute seule, y a pas Mathieu qui me surveille en riant. Je suis sûre que ça paraît que je suis tendue. Les mains sur les freins, je roule en pépère, je regarde partout en même temps, j’ai peur qu’un char passe sur une rouge ou oublie son stop et me ramasse violemment, je suis tute poffée, j’ai hâte d’avoir franchi cette zone. Huuuuh…

J’ai survécu. Tout s’est bien passé, je suis rentrée chez moi, j’ai flatté Po pis j’ai ramassé mes cossins. Mais pour le retour, j’ai préféré marcher. Trop fatiguée pour être assez attentive pour rouler.

En route vers la picerie avec Mathieu. 

— Ça a l’air de rien, mais depuis que je passe mes journées à courir dans tous les sens, je me mets en forme!
— Aon, c’est bien.
— Reste juste à m’inscrire au gym pour devenir FORTE.
— Pourquoi devenir fort quand on a des ROBOTS? Ça sert pus à rien d’être fort.
— Bin là. Je veux pas que ce soit un robot qui clanche Jean-Philippe au bras de fer. Je veux le battre avec MA force!
— Pourtant, ça serait pas mal plus l’fonne avec un robot…
— Oui, OK, t’as raison. Ça serait très cool de voir un robot contre Darnziak. Hi hi hi…


Je veux quand même aller au gym. Parce que je veux casser des noix avec mes fesses.

Je sais pas comment finir cette note de blogue. Toute cette activité physique m'a épuisée, mes yeux ferment tout seul. Rockyfication, étape 1. Yeah.

samedi 24 août 2013

Y pleut des chats

Je revenais de la poudignerie — avant j’appelais ça la fruiterie, mais Frédéric m’a dit que vu que j’allais là juste pour acheter des p’tits poudings de soya, je ferais mieux d'appeler ça la poudignerie — quand j’ai vu un chat tomber d’un arbre drette à côté de moi. Wow. Pendant une fraction de seconde, je trouvais que c’était un crisse de gros oiseau, mais c’était Nina, la petite chatte noire d'un voisin. Nina, je la flatte à chaque fois que je la croise. Et je dois dire que j’ai un parcours bien précis, que je choisis mes rues exprès pour croiser les chats que je connais. En allant à la poudignerie, j’avais croisé une chatte que j’ai flatté une fois auparavant, une magnifique tabby à bottes blanches. Méga slut. Elle se tortillait par terre, je pouvais pas arrêter de la flatter. Quand j’ai vu qu’un couple de seniors me regardaient de leur balcon avec un p’tit sourire, j’ai compris que c’était leur chatte. Greta. Astheure, je sais dans quel boutte je risque de croiser Greta, alors j’ajoute un nouveau X sur ma map mentale de folle aux chats.

J’ai bien sûr flatté Nina quand je l'ai reconnue. Elle était bin correcte, je pense que c’est une acrobate professionnelle. Juste avant, j’étais allée rencontrer les deux chats que je vais garder en fin de semaine. Je suis maintenant cat sitter, c'est pour ça. Charles m’a présenté le timide Nestor, qui était pas mal chic dans son habit de monsieur chic, mais qui persistait à rester dans son abri nucléaire sous le fauteuil blindé. Il a eu une enfance traumatisante, faut pas le juger. Mademoiselle Cunningham, pas besoin de la chercher, elle est partout en même temps. Elle est blanche comme une soutane, mais c’est la fille de Satan. C’est pas exactement les mots de Charles, mais en gros, il m’a dit qu’elle était démoniaque et totalement adorable. Je sais qu’il dit la vérité, et j’aime déjà ses deux chats. Mademoiselle Cunningham me rappelle La Fouine, mais sans l’obésité morbide, les scratchs au visage et le dardjére brun. J’ai pas mal hâte de jouer avec, et j’espère gagner l'amitié de Nestor.

Après avoir flatté Nina, je suis rentrée chez moi, j’ai fourré un blé d’Inde dans le micro-ondes — ris pas de moi, c’est le meilleur mode de cuisson pour le blé d’Inde en bâtons — pis j’ai sortie Po dehors. Elle voulait surveiller sa ruelle, parce que c’est important de faire ça régulièrement, c’est sa routine de chat, et avant même que mon premier épi ne soit cuit, je vais voir Po et je remarque qu’elle est toute raide, qu’elle fixe un ennemi. Je m’approche, et je vois que OMG c’est mon beau chat! Il a retrouvé ma maison et il est revenu! Hiiiiii! L’affaire, c’est que mercredi soir je suis sortie au Passeport avec Chogna pis Léa. En s’y rendant, on a trouvé un beau chat à tuxedo qui miaulait comme un perdu de l’autre côté de la rue, sur St-Denis. Moi, ça me fendait le coeur d’entendre ses cris de détresse, alors je voulais aller le voir, mais Léa disait qu’il faut faire confiance aux chats, que ce chat-là devait connaître son quartier, puis elle a dit « heille c’est peut-être Gastounet! » ça fait qu’on a traversé pour aller vérifier ça. Léa est quand même pas mal attentive aux avis de disparition féline, elle avait pris une photo de l’affiche de Gaston. Malheureusement, les taches ne correspondaient pas. C’était pas Gastounet. Mais c’est pas de sa faute, s’il n’est pas Gastounet. Faut pas le laisser à lui-même alors qu’il semble désorienté. Notre beau chat — on a fini par l’appeler Chawn Doulude, pour toutes ces raisons qui te viennent en tête si tu connais Shawn Cotton et/ou Sébastien Dulude — était très amical, il se laissait flatter le bedon sans préliminaires et ronronnait pas mal. Pendant qu’on l’admirait tout en se demandant comment l’aider, un couple de jeunes punks se sont joints à nous pour le flatter. Je leur ai demandé s’ils voulaient le déposer dans une ruelle plus tranquille, où il pourrait au moins se réfugier sous une galerie, mais Chawn n’a pas voulu, alors les gentils punks n’ont pas insisté. « J’aimerais ça le prendre avec moi, mais mes deux colocs sont allergiques. » Ah, faut jamais habiter avec des gens allergiques aux chats, voyons… Tss. En tout cas, Chogna, Léa pis moi on a continué notre chemin vers le Passeport, en espérant que Chawn soit retrouvé par ses humains ou retrouve lui-même la bonne porte. 

On s’est shaké la fesse en masse, pis en sortant on a jasé de chats avec deux inconnus. L’un d’eux vivait avec un main coon gériatrique de 18 ans. Aon! Comme Po! Aon, les chats. Ça rapproche les gens. J’ai soudain une pensé pour Chawn, je dis que j’espère qu’il va bien…

Sur le chemin du retour, Chawn nous attend dans le petit parc sur Rachel coin Berri. Je dis qu’il nous attend parce que des fois ça nous monte à la tête, les histoires de chats, mais c’était sûrement un gros hasard. Il a miaulé assez fort pour attirer notre attention, et là je suis tutémue de le revoir. On veut pas le perdre encore plus, mais il nous suit. On fait quoi? On va pas le laisser miauler tout seul et l'abandonner? Un double abandon, c'est chien! C’est là que Léa a un flash : aller lui chercher du bon manger à La Banquise. Pendant que Léa passe sa commande, Chogna pis moi on flatte le beau chat. Je peux pas le faire entrer chez moi, et c’est pas une heure appropriée pour chercher de l’aide. Léa revient avec des soucisses dans la sauce. Mmmm, viens manger le bon menoum de soucisses, beau chat! Il s’en câlisse. Meh. Comment ça tu veux pas manger, beau chat? T’es trop snob pour des soucisses de La Banquise? Bon. C’est peut-être un crisse de bourge. Pas grave, on l’aime pareil. Ah non, la police… « Y va pas nous donner un ticket parce qu’on s’assoit sur le trottoir, j’espère? » Léa le sait que les flics sont pas trustables. Par chance, on a affaire à un gentil policier pré-retraité qui semble assez détendu pour ne pas sentir le besoin de nous faire chier.

— Il vous veut quoi, le gars?
— Quel gars?
— Bin, j’ai remarqué qu’un gars vous regardait de l’autre bord de la rue.
— Ah. On n’a pas vu ça. On est trop déconcentrées par le chat. 
— Le chat?
— Oui, on a trouvé un chat. On essaie de l’aider.

Le flic s’en mêle pas et nous souhaite bonne chance. Fiou. J’aurais pas voulu aller en prison pour avoir donné un bout de soucisse à un chat. Bon bin viens-t’en avec nous, beau chat. Je vais au moins pouvoir te donner des croquettes (deluxe) et un collier de sauvetage. Mon collier de sauvetage, c’est un collier que j’ai acheté exprès pour les chats qui semblent perdus. J’y ai attaché un tube contenant mon adresse email, question d’avoir un suivi si le chat est ramassé par des humains. Pourquoi je l’avais pas sur moi? Parce que je suis pas encore une experte en rescue. Pas encore.

Léa nous quitte au parc La Fontaine pour récupérer sa monture et dormir chez elle. Le beau Chawn nous suit au trot et on voit bien qu’il est fatigué, il a la gueule ouverte. Chogna est très perturbée de le voir si désespéré de rentrer chez lui. Il arrête à chaque maison pour explorer, mais c’est jamais la bonne porte. Courage, mon minou. On va t’aider. Pourquoi les chats n’ont pas encore évolué pour apprendre à parler comme les humains? On aurait juste à lui demander c’est quoi ton adresse, on t’emmène en taxi, merci bonsoir. On n’est pas mieux, nous, on comprend pas toujours le langage félin. Ce que je saisis, en tant qu’Homo sapiens, c’est que j’ai devant moi une créature qui est angoissée, qui n’est pas du tout à l’aise où elle se trouve, et qui a hâte en crisse de rentrer chez elle.

Ah, mais un chat, ça peut survivre tusseul dehors, ça perd jamais ses instincts.

Des fois oui, des fois non. Chawn Doulude, il a tout juste l’instinct de pas se faire rouler dessur par les voitures. On le supervise, d’un coup qu’il comprendrait pas la différence entre rouge pis vert — est-ce que les chats distinguent ces deux couleurs? Il se met à grogner. Qu’est-ce que t’as, beau chat? T’es pas enragé, toujours? Oh. Un autre chat. Hum. On fait pas la guerre, OK? Chogna s’occupe d’éloigner le chat blanc tandis que j’incite notre minou chic à traverser la rue avec moi. Et hop. Un boulevard de franchi. Ah non, un autre chat. Putain. WOW. On dirait un savannah de taille réduite! Ça peut-tu être un bengal? Peu importe, ce chat a un collier, il a l’air précieux, alors soit il chille dans sa ruelle, soit ses humains sont déjà à sa recherche. Anyway, on peut pas tout faire, querisse. FUCK, un autre chat! Pis un autre? Ataboy… On est maintenant suivies par une meute de chats. Le bengal, un tabby avec collier et médaille, et un chat fantôme qui nous suit dans les buissons en miaulant. Bon, on sacre-tu notre camp avant que la guerre pogne?

On arrive chez moi, dans ma ruelle. Dans la ruelle de Po, pardon. Je cours chercher le collier de secours, et je le mets à Chawn Doulude. Je pars lui chercher à manger, et quand je reviens, Chogna me dit qu’il badtrippe, que la clochette le rend fou. Oh la la. Il se roule par terre en battant de la queue, je dois lui enlever ça au plus vite. J’arrache la clochette. Ça câlisse eurien. Il panique encore. Bon. Je peux pas le laisser errer seul dans la nuit avec un accessoire de torture. Je le libère. Je m’excuse, Chawn. Il refuse mon offre de croquettes et poursuis sa route en allant miauler ailleurs dans le quartier.

Ce soir-là, Chogna pis moi on se couche un peu tristes. On a eu du fonne au Passeport, mais un chat perdu, c’est pas drôle. Je l’ai pas trouvé ni sur Petluck ni sur Kijiji, ni au Berger blanc ni à la SPCA. Pas encore un autre chat jeté à la rue, j’espère?

J’ai placé des annonces un peu partout, alerté mon réseau de folles aux chats, et hier soir j’ai décidé d’aller farfouiller les ruelles avec Frédéric. Deux heures à marcher dans le quartier avec un sac de minouches. (Saveur de lait crémeux? Mais c’est juste loadé de farine de sous-produits de poulet, de maïs moulu et de graisses animales! Ça doit pas goûter la crème glacée, han.) Aucune trace de Chawn Beau Chat Doulude. On a quand même flatté Nina, et plus loin on a fait la connaissance d’un beau gros chat noir bien viandu (il aimait nos treats au lait crémeux), mais j’étais déçue de pas retracer mon chat perdu. Est-ce que j’ai mal agi? Aurais-je mieux fait d’appeler la SPCA? D’abord, est-ce que la SPCA est ouverte à 5 heures du matin? Est-ce qu’il serait encore plus traumatisé par une fourrière que par la  rue? Et je veux pas l’envoyer à l’abattoir… 

Tu comprends maintenant, chère lectrice, pourquoi j’étais si heureuse et touchée de le revoir dans ma ruelle? Là, il faut aider Chawn Doulude à retrouver son foyer et son véritable nom. Sinon, on lui trouve un vrai foyer aimant. Je veux qu’il soit aussi léger et insouciant que la petite Nina qui bondit des arbres.


Sur la photo d'origine, on voyait mes bobettes. Merci pour le rognage, Léa.