jeudi 7 juin 2012
dimanche 27 mai 2012
Keukeukess tu fais? dirait Fredoune
Je suis obsédée par ça, tellement que j’arrive pus à écrire mes gnéseries habituelles, je pense moins à mes bebittes, autant celles qui grouillent que celles dans ma tête, et là je me dis wo wo, ça va faire.
Ça fait des semaines que j’ai peur, que je m’inquiète. J’ai peur des arrestations, j’ai peur de la brutalité policière, j’ai peur de la police, j’ai peur qu’on fasse mal à mes amis, à n’importe qui, j’ai peur que quelqu’un meurt. J'te dis, l’instant où j’apprends que ce conflit a fait un mort, je pleure comme un enfant perdu aux Galeries de la Capitale.
C’est sûr.
Mais ce soir, la peur fait place à l’espoir. Je viens d’entendre une deuxième manif-fanfare passer près de chez moi, et ça m’a émue. Je les trouve braves, persévérants, idéalistes (oui, c’est une qualité), inspirants, beaux. Je les aime. Je NOUS aime.
C'est pour ça que ce soir, je me sens légère, confiante, heureuse, et je me fous des brutes qui ont hâte qu’on rentre dans l’tas, de ceux qui bandent libéral, de ceux qui trouvent qu’on les empêche de dormir avec nos casseroles, de mon père qui me dit que la loi va tasser les crottés.
Pis CRISSE CHU BIN, enfin chenous. Je me sens chez moi, je pense que je peux maintenant le dire. Même si je vis un peu avec les voisins, même si Jocelyne fait jouer fort une toune de Claude Dubois en duo avec Céline Dion, même si les evil pyrales du Yâwbe de l’enfer occupent l’espace plus que moi, même si j’ai pas encore de meubles et que je sais pas trop où mes amis vont s’assoir quand je pendrai la crémaillère.
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| L'oie 78 gravée dans ma plaque à biscuits. Aujourd'hui on tapochait fort et magnifiquement. |
Crisse chu bin, chez moi, dans mon petit univers, avec Po roulé en boule à mes côtés. Mais surtout, j’ai confiance qu’on va bientôt vivre dans un monde meilleur.
Bonne nuit, dors bien, rêve doux,
Lora Zepam sur un high xx
jeudi 24 mai 2012
Juste pour te dire que...
... en fin de semaine passée, j'ai touché à des barbeaux pour la première fois de ma vie et j'ai même pas eu peur.
Si tu sais pas pour kessé faire que je te dis ça, tu pourras comprendre en lisant ma plus récente chronique sur les arthropodes.
Anecdote : Pendant que j'écrivais sur les hannetons, Darnziak en dessinait juste à côté de moi. Quand je lui ai dit de mettre la musique qu'il voulait, il a choisi Thriller sans même savoir qu'il y a deux références à ça dans mon texte. C'EST DONC BIN CAPOTÉ.
Si tu sais pas pour kessé faire que je te dis ça, tu pourras comprendre en lisant ma plus récente chronique sur les arthropodes.
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| Un beau hanneton dessiné par Darnziak |
Anecdote : Pendant que j'écrivais sur les hannetons, Darnziak en dessinait juste à côté de moi. Quand je lui ai dit de mettre la musique qu'il voulait, il a choisi Thriller sans même savoir qu'il y a deux références à ça dans mon texte. C'EST DONC BIN CAPOTÉ.
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Chronique sur les arthropodes,
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mercredi 16 mai 2012
Si Dieu existe, Meulie > Dieu
J’en suis à mon quatrième jour dans mon nouvel appart. J’en reviens pas encore que tout cet espace m’appartienne, ou plutôt nous appartienne, car une bonne partie du fonne d’emménager dans un meilleur appart provient du fait que Po aussi va en bénéficier. Ça fait dix mois que je me sens mal de l’enfermer dans un studio ridicule, sans balcon, sans cour arrière. Dans notre nouvelle maison, que j’ai baptisé le Manoir deluxe, Po va pouvoir galoper dans plusieurs pièces —dont un couloir— et sneaker par les fenêtres et, attention, aller jouer dehors. On vit dans un rez-de-chaussée avec accès à une petite ruelle. Ça manque un peu de verdure, alors je compte bien faire pousser du gazon pour Po et des fleurs pour les abeilles, les guêpes et compagnie.
OK, l’intérieur est beau beau beau. Plein de belles portes en bois avec des moulurations, un plancher de bois franc qui craque à cause des os de squelettes d’enfants qui sont cachés en tsour, un placard-sauna si grand que Mathieu m’a dit que je devrais le louer à Maxym Ringuette, plein d’autres placards, tellement de placards que j’ose pas jouer à la cachette, de peur de jamais me faire trouver et mourir et sécher en petite boule derrière les vêtements d’hiver, et des portes, des portes, je pensais en avoir onze mais j’en ai douze. La maison est centenaire, les fantômes sont vieux. (OK, je dois dire que je suis en train de lire la nouvelle édition de Chant pour enfants morts, faque.) Le plafond est si haut que je songe à m’acheter des meubles hauts. Manger assis à un table de six pieds. Avoir le vertige dans ma chaise berçante-girafe. Jouer au Nintendo sans toucher au sol.
J’ai laissé la plus grande chambre à Po, mais elle dort toujours avec moi. Je l’écoute ronfler doucement et je la trouve adorabe.
Pourquoi j’ai tout ça, moi? Et pour le même prix que mon studio de marde? Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ce luxe? Peut-être parce que :
a) J’ai de la chance dans vie
b) Dieu m’aime
c) J’ai la chance et le bonheur d’être amie avec Meulie Vhamelli
Ma réponse à moi : c, et un peu a, quand même.
Sur l’emballage de ma pastille Halls, c’est écrit : « Allez-y. » Ouimadame!
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Bonheur et Joie de vivre,
Brisebois,
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Manoir deluxe,
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Po
« Rien n’est plus pareil maintenant. »
J’ai pensé à m’exiler chez mes parents, passer deux semaines à 366 km de Montréal, m’enfoncer la tête dans le sable dans la paisible Vallée du gouffre, prendre un gros break mental. Remplacer le bruit de la foule, des hélicoptères, des sirènes de police et des détonations par le chant des geais bleus, des mésanges, des bruants à poitrine blanche et des chèvres (oui oui, le chant des chèvres). Mais si je fais ça, ça va être juste pire. Mes parents écoutent LCN et Tévéya.
Impossible de m’en sortir.
Au moins, je suis un peu rassurée parce que je viens de parler avec ma mère et elle est toujours convaincue qu’on est gouverné par un gros caca —ce ne sont pas ses mots à elle, mais je me fais croire que oui, pour le fonne.
Le soir du 25 avril, j’étais chez moi avec Mathieu et on regardait CUTV qui couvrait en direct la première manifestation de soir. La foule, qui avait toutes les raisons d’être en colère, marchait joyeusement en scandant des slogans parfois farfelus (y faut bin!). Je regardais ça de loin, un peu sur les nerfs. Si la police se met à varger dans le tas, je ferme ça. J’ai eu ma dose de violence, d’injustice et de frustrations pour un bon boutte. Mathieu me dit nenon, regarde, ça se passe bien. Tout va bien. On se promène dans la foule avec CUTV. Tout va bien. Le journaliste caméraman se fait poivrer par la police. Tout bascule. On n’a pas eu le temps de comprendre pourquoi que quèssé de comment ça de quoisque à cause que le chaos est déjà installé. Je ferme CUTV. Mathieu met ses écouteurs pour suivre ça de son bord, sur son portable. Un peu malgré moi, je continue de suivre l’action sur Facebook. J’ai des amis qui se trouvent là, ça me fait un peu capoter. J’essaie de ne pas faire une liste mentale de mes amis qui risquent d’être poivrés, gazés, matraqués, arrêtés, et quoi encore.
À partir de son cellulaire, Sébastien écrit sur Facebook : « Il ont déclaré la manif illégale mais personne a entendu. En fait ils ont attendu qu'on soit dans le secteur Ste-Catherine très quadrillé et les chiens sont arrivés en même temps à toutes les rues transversales pour nous repousser vers Sherbrooke. On se faisait insulter, pousser dessus malgré des centaines de mains en l’air, les doigts en V. Je suis avec Bertrand Laverdure. On est OK. Je m'arrête. Je pleure. »
Si j’avais été seule à ce moment-là, j’aurais sûrement pleuré moi aussi. Mais j’ai travaillé fort pour garder mon sang froid. Boys don’t cry.
Je texte Sébastien pour lui dire de faire attention, que je suis inquiète. Comme une maman. Ça fait des semaines que je crains un mort, et je me dis que ça pourrait totalement arriver à ce moment-là, et que ça pourrait être Sébastien, pourquoi pas? Un coup de matraque à la tête, juste un peu trop fort. Un éclat de grenade assourdissante. Une balle de plastique. Son garçon orphelin. OK, wo les nerfs, Sophy. C’est une maladie mentale, ton affaire. Ouin. Mon cerveau détraqué me fait craindre toutes sortes de catastrophes, mais ma raison lui dit que certaines sont quand même plausibles. Mon cerveau détraqué sait pas trop quoi répondre à ça. Hum. 300 millions de minutes plus tard, Sébastien me répond que Bertrand et lui quittent la manif. Ouf. Je souhaite fort que mes amis soient tous corrects, je souhaite que tout le monde soit correct. Même si je sais que tout le monde n’est pas correct.
Plus tard, Sébastien m’écrit que son expérience a encore plus solidifié ses convictions : « J’ai vu de proche ce que bien des gens savent. Mais je le sais intimement maintenant. C'est la première fois de ma vie où mon pays me fait violence.
Je ne sais tellement pas comment raconter ça à mon garçon.
Rien n'est plus pareil maintenant.
Mais ma conviction que nous avons raison est au plus fort. Nous vivons une époque historique. J'étais du côté de la légitimité. Nous étions nombreux et dignes. »
Po est couchée en renard, le museau derrière la queue. Complètement détendue. On déménage dans quelques jours. Je sais que ça va la stresser, mais j’ose croire qu’elle est un peu habituée aux déménagements. Ça va être la onzième maison de Po. Elle peut en prendre, des perturbations.
Je prends un Gravol pour tuer ma nausée et m’endormir solide.
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Terreur de la vie
mardi 24 avril 2012
Po contre la hausse
À picerie avec Mathieu, en train de payer au caisse-robots, un monsieur s’approche de moi et me demande : « Pis, yé-tu encore contre, ton chat? »
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| Oui, Lora Zepam recyle ses images |
Le monsieur avait vu ma pancarte de Po à DEUX reprises!
Mathieu et moi : 0_0 0_0
Ensuite : :D :D
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Po
mercredi 18 avril 2012
À ne pas lire si t’es genre full pus capable d’entendre parler de la grève étudiante du câlisse
Je suis au parc Jeanne-Mance avec Alexie, Bock, leur Bibou, et Darnziak. Lors des deux dernières manifs, enfin, celles auxquelles on avait décidé de participer, on n’avait pas réussi à se retrouver, alors on est contents d’être ensemble. On est assis par terre. Le Bibou court dans tous les sens, il veut socialiser avec tout le monde. Il semble y avoir beaucoup de jeunes familles, et on est en plein sur le terrain de jeux des tininfints. William, un ami d’Alexie et Bock, nous rejoint avec sa petite fille dans sa poussette. Belle température, belle ambiance.
Au moment où commence le discours d’un représentant de la CLASSE —je sais plus c’est qui, mais c’était pas le charismatique Gabriel Nadeau-Dubois-épouse-moi— les flics en profitent pour beugler des menaces de faire attention pour pas pogner des tickets et rendre la manif illégale. On est supposé comprendre quoi? Eurien. J’ai pas trop su qu’est-ce qu’il fallait que j’évite de faire pour pas être prise pour une dangereuse terroriste, pis j’ai pas trop compris le début du discours. Anyway, d’après ce que Bock a entendu, c’était pas terrible.
Ma pancarte me vaut des sourires et des compliments. On la prend en photo.
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« Quelle chatte? Heurh heurh! » Celle sur la pancarte! Hum, en fait, TUTES.
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Ce fut un gros hit. Ça a valu la peine que je coure dans tous les sens pour imprimer et bricoler ça. Même si j’ai oublié ma clé USB avec plein d’affaires dedans au centre d’impressions.
Darnziak dit « heille, tchèque, c’est Manon Massé! », je me retourne et je la vois en vrai dans la vraie vie réelle et palpable. Han! Manon Massé est là! Hiiiiiiiiiiiiiiiii!
Je tweete à Mathieu : MANON MASSÉ EST LÀ! HIIIIIIIIIIII!
Je montre mon téléphone cellulaire à Darnziak, « t’as vraiment crié comme ça, t'as tweeté exactement ce que tu viens de dire! », il dit que c’est un authentique tweet.
Mathieu me répond : Si t’as une chance, fais autographier ta pancarte par Manon Massé!
J’aurais donc aimé ça, mais je l’ai pas revue. Par contre, j’ai vu passer Amir, et même habillé en beige il a l’air cool. J’ai encore jamais voté pour leur parti, mais là, heille, si je peux me trouver un appart dans la circonscription de Manon...
Darnziak pis moi on a spotté un enfant black metal, il crie dans la face de son ami avec une voix pas possible. Il semble possédé par le Yâwbe. On le trouve pas pire impressionnant, il nous fait bien rire. Le Bibou, lui, a trouvé une coccinelle, et il vient nous la montrer. Il a l’air super intéressé à comprendre sa constitution, alors il commence à la décortiquer, enlève un élytre, enlève une aile, un autre morceau, et rapidement, la bibitte est en miettes. Alexie est étonnée de le voir faire ça. Mais c’est pas de la vraie cruauté, c’est la curiosité de l’enfant. Je suis pas inquiète, je sais que ses parents vont lui montrer à ne pas faire de mal aux animaux, même aux plus petits.
La foule se déplace, on se décide à la rejoindre, drette dans la queue. On n’est pas trop bons pour évaluer une foule. Huit mille? Ça se pourrait. Plus tard, les médias parleront de 30 à 40 000 manifestants.
J’ai pas trouvé de bâton à temps (et je dois dire que j’avais un peu peur que la police m’arrête pour possession d’arme), alors Darnziak m'aide à tenir ma pancarte. Un monsieur la photographie en riant, me dit que c’est la deuxième meilleure pancarte qu’il voit. Aon. C’était quoi, la meilleure? « Pour un printemps érable! » Quand même, Po arrive presque au top!
Mathieu : C’est tu vous autres qu’on entend passer au coin Sherbrooke et St-Denis?
Ayoye, on est juste devant le Port de tête! La foule est donc plus grosse qu’on le croyait. William et sa fille nous quittent, celle-ci a l’air fatiguée et impatiente. Mais c’est un bébé, alors on peut dire qu’elle a fait sa juste part en faisant un bout de chemin avec nous. On tourne sur St-Denis. Je regarde derrière moi, et je vois deux fillettes habillées en princesses, toutes en sourires, qui me fixent avec un p’tit air gêné. Leur maman me dit qu’elles aiment bin gros ma pancarte de chat. Aon. Po, l’idole des enfants.
Mathieu : T’es faite pour esspliquer aux enfants la beauté de la solidarité. Et de Po.
Un autre monsieur me parle de ma pancarte (ça n’arrête pas!) : « Pourquoi elle n’est pas ici avec nous? » Po ne peut pas manifester avec nous, c’est une chatte gériatrique! « Mais elle est avec nous en pensées! » Oh oui!
En fait, non. Po s’en câlisse. Elle devait somnoler à ce moment-là, un peu comme le Bibou qui cogne des clous dans sa poussette.
Juste derrière nous, un jeune homme crie des slogans dans un porte-voix. Il a manifestement le goût de rire et de faire rire, puisqu’il se met à marmonner des phrases incompréhensibles. Des phrases full mongoles sur un ton punché, qui se terminent par des cris de joie de la foule qui l’entoure. « Frrgn gnnrrrh frrr thrrrrru, durh durh. Fweighrrrh cnivv gnewr dreeeigh fla, fwawei, CAPOUEIH! » OUÉÉÉÉÉÉÉ! Pareil comme le tome 7 de Pérusse. Mathieu aurait tant ri.
On s’arrête à la bibli. Tout le monde veut faire pipi sauf moi, alors je les attends dehors. J’ai droit à plusieurs sourires et commentaires concernant ma pancarte, jusqu'à ce que deux madames du troisième âge s’approchent. L’une d’elle lit, puis dit : « Ah mais moi je suis pour la hausse! » Oh, vous n’êtes donc pas d’accord avec mon chat! « JE suis allée à l’université, et j’ai payé pour. Et dans mon temps, c’était plus cher. » Arguments implacables. Dans son temps, c’était plus cher, elle a payé ses études, il n’y a donc aucune raison pour que ça change. Je garde mon sourire, parce que je suis bin trop de bonne humeur, assez pour qu’une parvenue ne parvienne pas à me fâcher, et je lui dis « c’est bien pour vous, madame! », juste ça, avec un sourire poli. Les copinots sortent alors de la bibliothèque, et on décide de se diriger vers le parc Émilie-Gamelin pour s’assoir un peu.
Rendue là, j’ai pas envie de m’assoir sur les cubes parce que j’aime pas ça, les coulisses de pipi qu’il y a dessur. Le Bibou sort de sa poussette pour dépenser son énergie toute neuve. Il trouve des seringues par terre. Not funny. Un vieux punk s’approche de moi, m’explique qu’il aimerait ça que je pose avec ma pancarte de chatte pis un de ses chums. J’haïs ça me faire poser, mais je dis OK, c’est correct. Le monsieur est bin content de poser avec une étudiante, pis ses chums trouvent ça bin bin drôle. Je me sens tellement concernée par la cause que ça me passe pas par la tête de leur dire que je suis même pas étudiante. Un autre monsieur d'une autre gang vient flatter Po et fait un grand sourire avec pas de dents. Il bozze fort. Je le trouve sympathie, ça me fait rire avec mes dents.
Bock, Alexie et leur Bibou prennent le métro pour rentrer à la maison. Darnziak va marcher avec moi jusqu'à mon appart, il a une soirée tout près de chez moi, avec ses amis darques. On passe devant le cégep du Vieux-Montréal, et je remarque un goéland qui semble en piteux état. Il y a une gang de jeunes juste à côté. Je demande « hon, l’oiseau est brisé? », toute inquiète, mais ils savent pas ce qu’il a. Son aile gauche est toute pétée, pendouillante, saignante. Ça me brise le coeur, et je me sens impuissante. J’accepte aucune injustice.
Je dois avouer que je me suis un peu méfié de ces jeunes. Je me suis demandé si c’était pas eux qui avaient blessé ce pauvre animal, parce que je le sais bien que plein de gens détestent les goélands et les pigeons, ces « rats du ciel », mais moi je les aime gros, les goualands, autant que les colibris, les aigles, les macareux pis les poules, comme tous les animaux, en fait. Mais ces jeunes-là, ils avaient un peu passé l’âge de la curiosité de l'enfant, ils étaient en plein dans l'âge de la cruauté. Je me suis aussi demandé à quel âge on était supposé en sortir.
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