lundi 6 avril 2020

Les cupcakes de fête ratés

[Originalement publié le 29 décembre 2019 sur mon Patreon.]


Ok, je veux pas me vanter, mais je pense que je suis maintenant une experte du sauté de légumes et tofu. La première fois que je me suis risquée (!) à tester le sauté de légumes, j’en ai fait deux fois dans la même semaine, et ça s’est bien passé chaque fois. Pas de dégât magistral, rien qui pogne en feu, bon gout, bon croquant. Tout le reste de cette semaine-là était de la marde, mais les sautés de légumes, bravo! C’est à la hauteur de mes capacités : mettre de l’huile dans une poêle, ajouter des légumes surgelés et du tofu coupé en dés. C’est sûr que ça m’a demandé du courage de préparer le tofu — faut ouvrir l’emballage, rincer le tofu, le couper —, mais ça a valu la peine parce qu’après j’en ai eu pour trois repas. Pendant que ça cuisait et que je stressais à l’idée que ça brule, j’ai demandé à Isabelle combien de temps ça pouvait prendre pour être prêt. Elle a dit 5 à 10 minutes, sauf que selon mes estimations très subjectives, je dirais plutôt que ça m’a pris 7 à 8 heures avant de pouvoir manger. C’est tellement long, cuisiner. Surtout quand t’as faim. Je me trouve vraiment chanceuse de pas être animal sauvage.

Les cupcakes que j’ai essayé de faire entrent dans la catégorie marde de cette semaine-là. C’était il y a deux semaines, la veille de la fête de Cendres. L’idée de faire des cupcakes m’a pognée vers minuit, je me disais que ce serait gentil d’emmener ça à son party d’anniversaire. Pour me donner une chance, j’ai choisi une recette que j’avais déjà réussie, provenant du site de Robin Hood. Sont bin bons, là. Rien d’extraordinaire, mais relativement faciles à faire. En plus, les cupcakes pis les muffins, c’est censé être mon point fort. Sauf que.

Je voulais pas faire de bruit, pis partir un batteur électrique à 1 h, c’est risqué. Mais la pâte était beaucoup trop grumeleuse, alors j’ai dû me résoudre à sortir la machinerie lourde de cuisine. J’ai fait ça vite, me disant que si jamais ma voisine me demandait si j’ai véritablement eu le front de sortir un batteur électrique à 1 heure du matin, je lui dirais que je suis désolée mais que je ferais jamais une affaire de même, que c’était mon vibrateur, et là, la honte changerait de camp. C’est qui les p’tits malins, han?

J’ai eu la bonne idée d’aller prendre ma douche pendant la cuisson, question de rentabiliser mon temps (maudite société productiviste). Ça sentait bon quand je suis sortie de la salle de bain, sauf que les cupcakes étaient pas à la hauteur de ce que l’odeur laissait présager. C’était sec, trop cuit, fade, avec un arrière-gout de je sais pas quoi. J’étais pas pour emmener ça au party de Cendres. Je trouvais ça encore moins gênant de rien apporter. 

C’est juste le lendemain que j’ai compris mon erreur : j’ai juste mis 3/4 tasse de sucre au lieu de 1 3/4 tasse. J’aurais dû m’en rendre compte en le faisant, mais j’étais trop occupée à avoir honte de faire du bruit avec mon batteur électrique. 

Le bruit du batteur électrique tard le soir, ça me rappelle ma mère stressée qui faisait les desserts des fêtes à la dernière minute, pendant qu’elle se teignait les cheveux et emballait les cadeaux qu’on n’avait pas le droit de voir. Pas surprenant qu’on l’entendait dire des phrases comme « j’ai même pas eu le temps d’aller pisser aujourd’hui! ». Pas surprenant non plus que j’aie des enjeux d’anxiété. 

La fête de Cendres était le fonne! Tout le monde se faisait faire des tattoos de jointures avec un beau crayon argenté, et Régis m’a fait un PAIN parce que c’est une bonne amie. J’ai voulu écrire PEPI SLUT sur les jointures de son chum Luc, mais pour une raison que j’ignore, j’ai plutôt écrit PEPI SLUL. Eh bin. 


Là, j’essaie de tirer une leçon de tout ça. Qu’il vaut mieux rien apporter dans les potlucks que traumatiser le monde avec du manger pas mangeable? Que c’est important de bien lire les recettes? Que c’est cave de cuisiner la nuit à la dernière minute? Qu’il faut quand même continuer d’essayer de cuisiner pour les ami·es? En tout cas, Doune les trouvait bin corrects, mes cupcakes. Le truc, c’est de les imbiber de sirop d’érable. Ça les rend effectivement beaucoup plus supportables. Il s’est même improvisé une recette : faire du gruau, émietter un cupcake raté dessus, et verser du sirop. Il a un instinct culinaire, pareil. 

La leçon, c’est peut-être aussi que tout est récupérable avec un peu d’imagination. En plus, c’est l’imagination qui a fait grandir François Lambert, alors je garde espoir. 

J’espère que vous passez de belles fêtes! XX

Crème glacée au caramel salé

[Originalement publié le 21 décembre 2019 sur mon Patreon.]

Je viens de découvrir qu’il y a une toune qui s’appelle Salted Caramel Ice Cream sur le dernier album de Metronomy, et j’ai eu envie de l’écouter toute la soirée. C’est loin de la musique darque que j’écoute le plus souvent, mais j’aime aussi la musique sucrée, colorée et même pastel, et j’aime full cette toune-là et je l’ai mise dans mon Walkman avant d’aller prendre ma marche de petit monsieur qui vient de finir de travailler.

Juste avant de partir, je parlais avec Nicoucou, qui me disait qu’il était de bonne humeur ce soir. Je lui ai demandé pourquoi, il m’a donné une raison toute simple — je révèlerai pas son secret —, « je suis un homme simple », il aime les petits plaisirs. Moi aussi j’aime les petits plaisirs, et je les attrape en estie quand ils passent, mais j’aime encore plus les gros plaisirs. Y’a plein d’affaires qui me font chier ces temps-ci, je me sens un peu amochée par l’année, mais en sortant marcher dehors, j’étais, comme Nicoucou, de super bonne humeur, légère, et j’écoutais ma nouvelle toune de bonne humeur de Metronomy en souriant derrière mon foulard. La crème glacée au caramel salée, c’est ma crème glacée préférée, et j’aimerais ça trouver une recette qui ressemble à celle de So Delicious

Les bottes d’astronaute superlégères qu’Isabelle m’a données me donnent un petit peu envie de danser en marchant, je voudrais que les dalles du trottoir s’allument sous mes pas, mais le sol est couvert de neige, de gros sel et de petits cailloux. Très crème glacée et pépites de chocolat. Très salé. So, so délicieux.

Sur Mont-Royal, j’ai croisé 4-5 dudes qui criaient en chest, je sais pas ce qu’ils célébraient, mais moi j’aurais aimé ça célébrer en chest pour mieux sentir la crème glacée au caramel salée sur ma peau, mais j’ai des totons et je suis rarement dans le mood pour me faire arrêter par la police ou me faire agresser par des dudes random (ni pour me faire arrêter par des dudes random ou me faire agresser par la police).

À force de marcher en dansant, j’avais un peu chaud, je sentais presque plus la crème glacée sur la peau de ma face. J’aurais pu enlever un capuchon et mes petits gants. Il fait pas encore assez froid pour que je porte des grosses mitounes. Des mitounes, c’est un nouveau mot qu’a inventé Nicoucou. L’autre jour, à son centre d’appels, il a parlé avec un monsieur Mitoune. Il trouvait que ça ressemblait à un nom quioute pour des mitaines. Sa définition officielle du mot, c’est des pantoufles de mains. Sacré Nicolol. Depuis, c’est son nouveau mot préféré. Il dit que mitoune et lui, c’est pour la vie. Longue vie à mitoune et Nicoucou.

Il m’a aussi confié un de ses fétiches, mais je vous dirai pas c’est quoi parce que je révèle pas les secrets de mes ami·es. Par contre, je peux vous dire que c’était pas lié à son état de bonheur d’à soir. Son bonheur était un petit peu fragile à cause du flux important d’appels, pis quand il a menacé de chanter des tounes de Noël pour pas laisser la job démolir son humeur, je lui ai demandé : Si j’écris une note de blogue, ça ferait-tu du bien à ton humeur? Je me donne de l’importance en estie, han? Bin il a dit oui. Alors voilà.

Sauf que j’ai pas de recette de crème glacée au caramel salé à proposer ni d’expérience de cuisine en rapport avec ça. Peut-être que je pourrais vous demander vos meilleures suggestions de recettes faciles et abordables? J’ai l’immense chance d’avoir accès à un Vitamix — merci Francis, j’espère que t’aimes ça vivre à Paris! —, mais c’est pas à la portée de tout le monde. On peut faire de la bonne crème glacée végane sans mélangeur luxueux?

Ça m’arrive souvent de manquer de timing dans la vie, comme là, en plein solstice d’hiver, je cherche des recettes de crème glacée maison. C’est que je suis convaincue que je peux apprécier la crème glacée en décembre si j’enfile des grosses mitounes avant de la manger et que je reste cachée dans ma chambre, ensevelie de grosses couvertures lourdes, avec une Whitney et un Démon qui me ronronnent dessus. 


EDIT :
Avez-vous déjà vu une plus belle mitoune de gougoune? *o*

Une recette de Doune : sanouiche à soupe

[Originalement publié le 13 décembre 2019 sur mon Patreon.]

Tantôt, pendant que j’essayais de travailler, Doune m’a demandé si je voulais connaitre une de ses recettes. Je suis pas juste paresseuse quand je cuisine mais également quand j’écris, alors je vous partage notre tchat.

— Veux-tu connaitre une recette?
— Oui mais en échange faut que tu écoutes 30 minutes de Crockett’s Theme. C’est donnant-donnant.
— Ok. (Chu en train d’écouter ça, JLE JURE.) Check ma recette : ketchup, Dijon, RedHot, poivre, pain.
— T’aimes-tu ça?
— Oui. Comme au resto.
— Comme quel resto au juste?
— J’sais pas. Un resto genre embourgeoisement. 
— Qui servirait de la bouffe de pauvres à des prix déments?
— Oui. Comme les bars à céréales. Câlice que chu content que ça soit pas ma job écrire ça.
— À la place d’écrire pour Nightlife, veux-tu qu’on partage ta recette sur mon blogue Patreon? 
— lol
— En plus t’as des belles images.
— Juste si on mentionne que c’pas parce que chu pauvre que je mange ça, mais bien parce que je trouve ça bon sans ironie.
— Nicolas Noune, je te jure que je te crois sur parole. Je sais que tu peux aimer ce mets sans ironie, de la même manière que tu aimes Céline Dion sans ironie.
— Yo. J’ai léché mon assiette.
— Bon pitou. (Écoutes-tu encore Crockett’s Theme?)
— (Oui. 7 min 40 s.)
— (Yes. Je suis à 9 min 25 s.) Bon. As-tu des suggestions de pains?
— Non. N’importe quel pain, genre bar à pains, si t’es riche, nice pain de riche, ça le fait.
— Okay mais si t’es pas riche?
— Pain hotdog. Tu sauves sué saucisses en plus.
— Pis si on n’a pas de pain? Comme moi, le seul pain qui me restait a été grugé par Whitney. La salive de chat c’est loadé de bactéries, j’ai des enjeux, que fais-je?
— Une de mes amies, quand elle avait genre 17-18 ans, elle avait un chum il avait PAIN de tatoué sur les jointures. Pis tout le monde riait de lui. C’était un peu triste.
— HA HA HA HA HA MAN. Veux-tu que je me fasse des crampes de face comme Dumont?
— Ah, si t’as pas de pain, tu peux faire ton propre pain ou des crêpes. 
— WO, c’est bin trop complexe et décourageant. Okay, ce que j’en retiens, c’est que ça vaut la peine d’habiter proche d’une épicerie 24 h.
— Je sais, c’est pour ça que ça prend du pain. Sinon c’est une soupe.
— Bin là c’est pas une soupe si c’est juste un mélange de trois sauces.
— Chu un peu insulté, là. :( 
— Ah non, je m’excuse.
— T’aimes pas ma soupe? In pas bonne ma soupe?
— Dis-moi pas qu’on est rendus à notre troisième chicane* en 24 h?
— Oui.
— Je sais pas, moi j’ai mangé de la soupe quand j’ai eu la gastro, pis c’est pas mal tout. Pour moi, la soupe, c’est de la nourriture de maladie. Et je t’avoue que j’y pense souvent ces temps-ci. J’ai failli me faire de la soupe cette semaine.
— Du ketchup c’est de la gaspacho.
— LÀ TU PARLES. […] Hey, te souviens-tu de l’émission Là tu parles, avec le beau Patrick Huard, artiste québécois?
— WTFFF non
— !!!!! Faut qu’on regarde ça. 
— Câlice la toune m’empêche d’entendre ce qu’ils disent.
— Okay arrête le thème de Crockett un instant. 
— Ok merci.
— Ou non. Garde la toune. C’est mieux avec la toune. 
— lol
— Ça ajoute de l’intensité.
— Okay je vais ajuster le volume tho.

Le pain à Doune

 [On écoute Là tu parles…]

— Okay je retourne à mon Miami Vice full time. Ton avis sur Là tu parles, Doune?
— Ouin. C’est actuel. 
— Yesse.
— La fin est bonne. Ça saisit Genre y s’lève y parle vite héhééééééé. J’aime rire.
— Merci full pour ta recette, ça me fait chaud REDHOT au cœur, ça embellit ma journée.




*Notre première chicane à vie, c’était à propos de qui est le plus cave entre lui et moi. La deuxième s’est produite tantôt, quand je lui ai dit qu’il était nerd, alors que je voulais dire geek, parce qu’il lit des livres de botanique, pis il a dit « c’pas pire que n’importe quel livre », alors que moi j’ai jamais pensé que c’était pire que quoi que ce soit, voyons, c’était un COMPLIMENT parce que je le trouve plus intelligent que moi, ce qui nous ramène à notre toute première chicane, fuck, on va jamais s’en sortir.

Les muffins fourrés et le toaster de Pepa

[Originalement publié le 12 décembre 2019 sur mon Patreon.]

MUFFINS À LA CRÈME DE BLÉ

La recette tussuite : 

1 1/4 t farine
3/4 t crème de blé
1/2 t sucre
1 c à s poudre à pâte
1/2 c à t sel
pépites de chocolat au gout

+

1/2 t beurre de coco (ou un peu moins si autre huile végétale)
1 t lait végétal (des fois, je prends du jus d’orange pis c’est bon!)
1 c à t vanille
1 banane en purée (ou 2 c. à s de graines de lin moulues diluées dans 6 c à s [90 ml] d’eau)

+

ta confiture préférée ou du beurre de cacahouète


Mélange les ingrédients secs, puis les ingrédients humides, puis fusionne les deux sans trop brasser. Répartis la moitié de la pâte dans un moule à muffins, ajoute environ 1 c à s de confiture à chaque muffin, et recouvre du reste de la pâte. Fais cuire à 340 F, 20 minutes.

***

Quand je suis devenue végane, j’avais pas encore appris à cuisiner, et je devais adapter toutes les recettes que je voulais essayer parce que les rares livres de recettes végé que je pouvais trouver avaient en horreur les desserts, et quand il y en avait, le chocolat était remplacé par de la caroube (wtf, c’est PAS pareil!?). Cette recette de muffins est une adaptation d’une recette que ma cousine Sonia m’a donnée. Je l’ai tellement faite souvent que j’ai fini par l’apprendre par cœur, et même après des années sans avoir fait ces muffins, je me souvenais encore des ingrédients et des quantités, et c’est pas parce que j’ai une bonne mémoire. Les muffins, c’est surement la bouffe que j’ai le plus faite, parce que c’est souvent très simple, rapide à préparer, et ça peut devenir un repas complet. Check.

Je mange ces muffins accompagnés d’un lait au chocolat (c’est super facile à faire avec du Quick, j’en ferai un post si on insiste vraiment). Je suggère aussi de les tartiner de beurre de cacahouète ou même carrément de les fourrer avec ça, pour avoir une pas pire dose de protéines. Rendu là, moi j’appelle ça un repas complet. Tous les groupes alimentaires sont là : les grains (le blé), les fruits (la confiture), les protéines (la cacahouète et le soya sont des légumineuses), le calcium (lait de soya) et le chocolat (pépites + Quick). Mais je pense que ces groupes sont désuets depuis la refonte du Guide alimentaire canadien, ça fait qu’écoute-moi pas trop.

Habituellement, je cuisine pas si j’ai des activités prévues trop tôt dans la journée, parce que ça me prend trop de temps et ça risque de me mettre en crisse, mais j’ai pris une chance! Thieuse m’avait dit d’arriver vers 19 h pour passer la soirée chez lui avec Dumont et Maude pour essayer son télésouffleur DIY. Voilà une occasion d’agir en adulte et de proposer du bon manger maison à mes ami·es! Maude en a mangé un, Dumont en voulait pas, et Pepa — Mathieu, Thieuse, Pepa : c’est la même personne —  était bin trop sur le thé et énarvé par son télésouffleur pour penser à manger.

Mais c’est pas grave pantoute. Les gens ont le droit de refuser de la bouffe. On m’a tellement souvent gossée avec ça, à insister pour que je goute de la nourriture alors que ça me tente pas, ou fait sentir cheap parce que j’ai pas voulu manger de la nourriture amoureusement préparée par une personne chère. Je comprends le plaisir de partager la nourriture et l’aspect sacré et social de la chose — enfin, peut-être que le catche pas tant que ça? —, mais le consentement, ça vaut aussi pour la nourriture qu’on met dans notre bouche. C’est pour ça que ça m’insulte jamais quand on veut pas de ma bouffe. Surtout que je suis au courant qu’est pas toujours top, mais ça, c’est un autre sujet.

J’arrive dans « le chalet » de Thieuse, la chambre de son ancienne coloc transformée en atelier-salon. On s’assoit par terre, et on tripe sur les choses qu’on découvre autour de nous : pour commencer, son télésouffleur maison est hot, mais il y a aussi une brique dans un chaudron, une feuille morte, un toaster. Un toaster? Il s’est surement patenté un modem avec ça. Pis le rideau en sac à poubelle, c’est pas parce que Thieuse est miséreux, c’est parce qu’il s’en crisse. Récemment, il a cessé de boire de l’alcool. « Depuis que j’ai découvert le thé glacé, j’ai l’impression de hacker le système. Je peux boire toute la soirée pis ça me coute presque rien! » Il est en grande forme et très enthousiaste. Pepa dit tellement de gnéseries que Dumont a des crampes, il se tient la face et la nuque à deux mains : « J’aime même pas ça, rire. » Là, c’est moi qui vais pogner des crampes de face. 

Mes ami·es sont pas tous nocturnes, Dumont finit par appeler un taxi. C’est Nicoucou qui répond. Ayoye! Ça m’arrive jamais, moi, de tomber sur lui. Ça m’apprendra à marcher. Maude et Dumont rentrent, et je reste un peu pour essayer le télésouffleur. J’ai pas trop l’habitude de lire à voix haute — sauf des fois à mes chats ou quand je prends un bain avec Claudine et que je lui lis ma poésie préférée —, ça fait que ma voix est pas au point, et c’est vraiment weird, mais c’est plus le fonne que weird : j’ai lu un extrait d’On n’est pas des trous-de-cul qui explique comment faire du cash et je l’ai transmis à Doune pour l’aider à payer son loyer. Après, il m’a envoyé des poèmes qu’il a écrits en 30 secondes, et Mathieu et moi on les a lus à tour de rôle, c’était comme un bulletin de nouvelles un peu farfelu où il est question de légumes et du sable de Daytona Beach.

Avant de partir, je discute avec Mathieu des prochaines commandes de t-shirts que je veux lui passer. 

— Je voudrais aussi un Maude Veilleux.
— Bienvenue dans le Maude Veilleux de Disney.
— [lol] Voyons, qu’est-ce qui te prend?
— C’est le thé.

Il est 1 h du matin, Pepa est encore énarvé, mais affamé. Il est pas dedans pour des muffins mais pour une poutine. Mais avant, faut faire pipi. C’est à cause du thé : « Hey, t’en bois un, t’en pisses un! »


*****

Le lendemain soir, j’allais au Bistro ouvert avec des ami·es, dont Thieuse, Dumont et Nic Doune. J’ai oublié d’apporter mes muffins! J’y ai pourtant déjà emmené des cupcakes, et le monde avaient l’air contents. Maudit. Next time. Mais Nicoucou m’a donné un gratteux Gagnant à vie. J’ai pas gagné 1 000 $ par semaine à vie ni de tofu Saint-Hubert à vie. So sad. Mais c’était une si belle attention! Nicoucou, lui, a gagné 4 $, alors il peut continuer le cycle. 

Doune avait tellement faim qu’il a mangé toutes les cacahouètes de survie que je lui ai offertes, mais ça suffisait pas, le phylactère de bouffe au-dessus de sa tête voulait pas partir. Il avait pris beaucoup trop de gouttes, et moi j’étais bin trop fatiguée pour comprendre ce qui se passe, encore moins pour aller lire sur scène, alors on est rentrés pour regarder un film que Thieuse m’a donné et manger les muffins à la crème de blé. J’étais pas sure si d’autres personnes que moi les allaient les aimer.

— C’EST BON!
— Ah oui? Ça goute pas trop l’huile d’olive?
— Non!

Après, je me suis rappelé que Doune mange des légumes surgelés cuits au microonde et qu’il trouve ça BON. Ça m’a fait penser à cette BD d’Iris que je trouve fucking drôle : 


Doune est drette comme Cathon. En tout cas, ça me rassure de savoir que ma cuisine peut nourrir au moins un ami. Sauf que là, il nous restait pas tant de muffins. On a regardé plein de films — Passiflora, She’s All That, Top Gun — sans en finir aucun pis on s’est couchés à midi. Ça laisse grosso modo treize heures à avoir faim tout le temps. Tout. Le. Temps.

Ça me rappelle l’importance de doubler les recettes. C’est peut-être le meilleur conseil de cuisine que je peux me permettre de donner. Ça prend pas plus de temps à préparer, et t’en as pour plus longtemps (en fait, non, t’en as pas forcément pour plus longtemps, mais t’en as deux fois plus). Je pense donc que ça vaut la peine de se greyer de deux moules à muffins. Et regarde comme je suis smat, je te fournis même la recette double pour que t’aies pas besoin de calculer eurien : 

2 1/2 t farine
1 1/2 t crème de blé
1 t sucre
2 c à s poudre à pâte
1 c à t sel

1 t beurre de coco (ou un peu moins si autre huile végétale)
2 t lait végétal (ou du jus d’orange)
2 c à t vanille
2 banane en purée (ou 4 c. à s de graines de lin moulues diluées dans 8 c à s [120 ml] d’eau)



Bon appétsit! 

Les légumes royaux

[Originalement publié le 6 décembre 2019 sur mon Patreon.]

Je vais commencer par la recette pour pas faire chier tout le monde.

Les ingrédients : 

une pochetée de légumes surgelés de ton choix
un peu d’huile végétale
du sel
de la sauce soya, si tu veux

Je sais qu’hier j’ai juré que j’allais pus jamais cuisiner, mais c’était pas une grosse promesse parce que j’ai rechuté tantôt. Je passe pas une super belle journée, mais je me suis dit que c’était pas une raison pour juste me nourrir de carrés aux beubittes qui goutent l’accident, et que je devrais faire encore un effort pour bien m’occuper de mon corps. J’ai commencé par aller au gym (ça, c’est pour donner des muscles au temple de mon esprit), et dans ma ruelle j’ai trouvé un papillon. J’ai pas encore compris pourquoi il y avait un papillon (vivant) dans la neige, mais je l’ai rentré pour le soigner. Après le gym, j’ai décidé de prendre les grands moyens : sortir la petite poêle pour faire sauter des légumes et du tofu. 

Il a fallu que j’aille à picerie deux fois. La première, pour acheter la sauce soya, le tofu et les légumes. J’ai choisi le MÉLANGE ROYAL, parce que c’est pas parce que t’es sur le bord de te faire évincer de chez toi pour laisser la place à un riche investisseur que tu peux pas manger comme une reine au moins une fois dans la semaine, calvasse. La deuxième, c’était pour aller acheter de l’huile parce que la bouteille qui me restait était expirée. Pas juste la date, là. Ça sentait l’huile rancie. Je le précise parce que j’ai des ami·es qui pourraient me lire et qui savent que j’ai des enjeux avec la salubrité alimentaire et les dates d’expiration, ça fait que je sens le besoin de me justifier. Mon huile était dégueuse. Mais hey, l’épicerie est à côté, alors pas de problème, je peux faire des va-et-vient en masse, ça me rapproche de mon objectif de 10 000 pas par jour (prendre soin du temple de mon esprit, etc.).

C’est qui la reine ce soir, HAN?

Avant de cuisiner, fallait que je m’occupe du papillon. J’ai demandé à Jonathan, entomologiste, s’il pouvait l’identifier, et il pense qu’il pourrait être de la famille des Noctuidae. Il m’a dit que c’est difficile d’identifier les lépidoptères, qu’il faut souvent enlever les écailles des ailes pour bien voir les nervations, et moi je voulais pas blesser le papillon mais juste l’identifier pour savoir comment l’aider. Au moins, il tient bien sur ses cinq pattes, et il est assez solide pour voler. Je lui ai offert de l’eau sucrée, mais je suis même pas sure qu’il a une trompe. En tout cas, sa journée est pas mal pire que la mienne. J’espère qu’il va survivre. 


Une fois rendue dans ma cuisine, quand le moment de cuisiner fut concret, j’ai révisé mes ambitions et j’ai plutôt choisi de me concentrer sur une affaire : les légumes. Je m’occuperai du tofu une autre fois. Pour ajouter des protéines, j’ai mis des edamames au mélange thaï et au mélange royal (j’ai aussi des notions de nutrition, attention!). 


Hey, c’est LOOOOONG, cuire des légumes dans une poêle. Comparé à la casserole d’eau bouillante, ça dure comme. Je sais pas combien de temps ça a pris, mais ma mère m’a appelée pendant que ça cuisait, et elle a eu le temps de me parler de sa visite à l’houpital, du nouveau chum de ma sœur et de la famille du nouveau chum de ma sœur. Si ça peut donner une idée. 


À la fin de la cuisson, j’ai ajouté un peu de sel aux herbes et de sauce soya. À ce stade, j’étais presque sure que ça gouterait la bouette, à cause de mon conditionnement et peut-être un peu à cause de mon humeur de bouette. Mais, surprise : c’était tout à fait supportable. C’était même un peu bon! Au point où j’ai trop mangé de légumes, pis après j’avais presque plus faim pour le dessert. :( 

Mon verdict final (si ça peut avoir une importance) : Moi je dis que les mélanges de légumes devraient juste contenir des mini maïs, parce que c’est assez délicieux pour qu’on se sacre du reste. 

Merci pour ton attention, mange bien, sors prendre l’air ou écoute-moi pas (fais ce que tu veux). xx

*EDIT*

Doune est officiellement — je pense — la première personne à faire une recette que j’ai partagée ici. Et c’est aussi la première fois de toute ma vie que quelqu’un me dit les mots « j’ai suivi ta recette ». Sauf qu’il l’a upgradée en ajoutant des ananas, de la sauce sucrée et du cari. À mes yeux, ça s’appelle être un FUCKING MASTER DE LA CUISINE, mais c’est pas tout. Check ça :

 

Bonne journée.



Ma câlisse de recette de câlisses de carrés aux dattes

[Originalement publié le 11 décembre 2019 sur mon Patreon.]
J’haïs ça, cuisiner, câlisse que j’haïs ça. Ça fait que je vais faire une note de blogue entièrement dédiée à la recette de carrés aux dattes que je suis en train de faire, vu que Nicoucou m’encourageait « sans pression » à écrire. C’était ça ou j’écrivais un long email à François Blais, mais je suis trop fâchée pour écrire à François Blais et il mérite pas ça.
Je me sens souvent coupable de ne pas cuisiner plus souvent, parce que ça me permettrait de mieux manger pour moins cher. Je m’en tire souvent avec des tricks comme les patates au beurre de cacahouète, le gruau et les légumes surgelés avec du sel (je vis là-dessus depuis la fin de semaine passée), mais des fois je craque et j’achète un gâteau à 16 $ pis je me sens coupable — encore — parce que j’ai pas les moyens de manger de la bouffe de riches. L’affaire, c’est que souvent, je cuisine pis c’est du temps perdu à jamais dans un trou noir : je rate la recette, alors là j’ai perdu du temps, de l’argent et toute ma patience pour le reste de la semaine.
Là, à l’instant, je sais toujours pas si je viens de perdre du temps et de la nourriture à faire ces carrés aux dattes. J’ai eu envie de manger ça, parce que c’est un de mes desserts préférés. Avant, j’en achetais aux Vivres, mais ils n’en font plus, et ma seule chance d’en manger c’était d’être chez mes parents au bon moment, mais ils habitent à 368 km de chez moi et j’ai pas de char pas de cash alors j’y vais pas très souvent. En gros, tout s’enligne pour que je me retrouve à devoir prendre les choses en main si je veux concrétiser ce désir de carré aux dattes.
J’étais pas sure si j’avais tous les ingrédients et le courage nécessaires, et j’ai dit à Julien, avec qui je partage une passion pour le gruau : Je pense que je vais faire une folie : utiliser mon gruau pour CUISINER.
Une fois que c’est dit, j’ai pus le choix, je recule pas. Julien a l’air d’haïr cuisiner autant que moi. Mais il m’a félicitée chaudement quand je suis revenue de l’épicerie avec les ingrédients manquants. Pendant ce temps-là, dans son appart de monsieur mort, il bouge pas et il se call du tofu Saint-Hubert. Et je l’encourage à mon tour, parce qu’on a bin le droit de se faire nourrir comme un oisillon nidicole, surtout quand on travaille autant, pis il a une nouvelle à écrire.
Lora — C’est pas en cuisinant que ça va s’écrire, han!
Julien — Estie non. La cuisine, c’est l’ennemi juré de la littérature, gnehgnehgneh.
Lora — Écris ça sur ton wall et check bin la shitstorm que ça va provoquer.
Julien — « Moi là, j’écris des livres de cuisine, pis je trouve ça tlm pas correct que tu dises des affaires de même, genre tu te prends pour qui? c’est pas parce que t’écris du roman que tu dois faire chier le peuple. Nous aussi on met de la passion dans notre art, la nourriture. »
Lora — « Pis Philippe Djian, han? S’il savait pas faire des bons chilis, penses-tu qu’il aurait écrit des livres? » (Je l’ai jamais lu, là, mais je sais qu’il parle de chili. En fait, c’est ça sa littérature : de la littérature de bouffe.)
Là, j’ai un petit peu enlevé le gout à Julien de lire Djian. Mais je lui dis que j’ai vu l’adaptation de 37,2 le matin, que c’était bon, fait qu’il check le trailer et trouve que ça a l’air bon mais que 3 h 15 c’est long pis il a une nouvelle à écrire.
Là, c’est là que ma petite impatience latente se transforme en frustration. Estie, il est presque 22 h. J’ai eu envie de manger des carrés aux dattes vers 18-19 h, j’ai ramassé mon courage pis les ingrédients, j’ai travaillé fort, pis trois heures plus tard, C’EST PAS CUIT. Avoir su, j’aurais pris ces trois heures-là pour réécouter 37,2 le matin pis voir si c’est aussi bon que dans mes souvenirs. Mais j’attends après ma bouffe, je sais toujours pas si ce sera mangeable, pis j’ai chaud.

Ah oui : quand je cuisine, je ferme la porte sinon j’ai deux esties de punks qui miaulent et grimpent partout pour se fourrer le nez dans ma bouffe et mes bols, et en tant que germophobe, je peux pas accepter ça. Alors je les expulse le temps que je fasse à manger. Sauf qu’avec le four allumé pis le calorifère sur lequel j’ai aucun contrôle, c’est rendu qu’il fait tellement chaud dans ma mini cuisine que je suis obligée de travailler en boules. Querisse que j’aime ça ne pas avoir de colocs humains, omg, je veux pas retourner en colocation. Bon, là je repense à mon stress de peut-être devoir déménager prochainement, pis je comprends pas les gens qui arrivent à s’évader quand ils cuisinent. Moi, je suis tendue, j’ai pas d’assurance, j’ai faim, j’ai peur. Cuisiner, ça me coute beaucoup.
Julien me dit qu’il aimerait gagner du tofu Saint-Hubert à vie. Pourquoi ces gratteux-là n’existent pas?
En fin de semaine passée, Doune pis moi on a cuisiné des légumes. C’est le genre de cuisine que je peux tolérer : je sacre des légumes surgelés dans une casserole, je fais cuire ça doucement, après je mets du sel aux herbes dessus. Des fois, je mets pas assez d’eau ou je suis déconcentrée et ça brule. Ça, ça me tue. Bruler des légumes, câlisse. J’ai déjà fait bruler de l’eau dans un chaudron. Je sais pas ce qu’il y avait dans l’eau de Beauport, mais ça s’est transformé en sirop foncé puant. Des histoires de même, ça finit souvent en toasts au beurre de cacahouète — as-tu remarqué comment j’essaie de dire cacahouète au lieu de pinote? — ou en bol de céréales.
Je sais même pas combien de temps c’est censé rester au four. Ma mère m’avait dit, quand j’avais noté sa recette (qui était super approximative dans les quantités, déjà), de faire cuire ça jusqu’à ce que ça devienne doré. Là, c’est doré un peu, mais juste dans les coins. Je fais quoi?
J’enlève mes pantalons. C’est ça que je fais. On dirait que la température a encore grimpé. Si j’avais eu de la crème glacée, j’aurais déjà mangé la moitié du pot, pis là j’aurais eu assez frette pour avoir envie de faire la vaisselle (c’est un très bon truc pour avoir envie de faire la vaisselle).
Quand j’étais enfant, j’aimais beaucoup les carrés aux dattes, je noyais ça de crème Nutrifil (ça a changé de nom pour Nutriwhip, mais j’en trouve plus — kessé qui se passe? Quand est-ce que ma qualité de vie va-t-elle cesser de se dégrader?). Mais apparemment que j’avais plus peur des scarabées que j’aimais les carrés aux dattes. Parce que le jour où j’ai remarqué que la purée de dattes ressemblait beaucoup à des barbeaux — on appelait ça de même, et quand j’y pense aujourd’hui ça me semble encore plus terrifiant avec un tel nom — j’ai pus voulu en manger. La couleur, déjà, c’est la même; la peau des dattes rappelle les élytres des coléoptères; et la purée fibreuse forme comme des pattes de beubittes. Ma mère capotait. Je voulais plus manger mon dessert préféré parce que ça ressemblait à des carrés aux barbeaux. Mais aujourd’hui, là, je veux pus jamais cuisiner de ma vie.
En sortant les carrés du four, ils me semblaient juste assez dorés. J’ai même fait des photos pour vous montrer ça : 
Coucou Nicoucou!
Bin estie, j’avais pas fermé le rond de poêle que j’ai utilisé pour faire la purée de dattes, alors mes carrés aux dattes en apparence bin corrects ont le fond tout brulé. FUCK OFF, CRISSE DE CRISSE. 


Je vais quand même essayer de manger les étages supérieurs de mes querisses de carrés aux beubittes, malgré l’arrière-gout de popcorn brulé, parce que FUCK ESTIE ÇA COUTE CHER MANGER. Merci, Julien, de comprendre ma détresse et ma colère. Un jour, on aura peut-être des subventions pour s’acheter du manger qui goute pas la crap.
Doune trouve que ça ressemble à de l’amiante :


Ah oui, la recette en question, parce que t’es pas là pour eurien, han :

2 t dattes rincées
assez d’eau pour couvrir
Fais cuire à feu doux ou moyen (en fait je sais pas, j’ai improvisé).
Pâte :
1 t gras (la margarine donne un arrière-gout weird, c’est surement meilleur avec du beurre de coco)
1 t cassonade ou la moitié
1 1/2 t farine
1/4 c à thé soda
1/4 c à thé de sel
1 1/3 t flocons d’avoine (jusqu’à 2 t)
Tu huiles un moule de 8 x 10 po, tu étales trois étages, les dattes au milieu bien sûr, et tu fais cuire ça à 350 F jusqu’à ce que ça soit doré. Dans mon vieux four, ça m’a pris au moins 45 minutes, mais surveille attentivement. Quand tu sors les carrés aux dattes du four, tu les déposes sur une surface qui n'est pas en feu, okay?

vendredi 25 octobre 2019

Superbat superémotions

Vendredi dernier, Régis m’a écrit ceci :


Sauf que c’était la fête d’Archie et on allait voir un show à la Casa Del Popolo. Je lui ai proposé de nous y rejoindre, avec comme incitatif : Rita va être quioute.

Je me sentais un peu rushée, fatiguée. Le Off, les lancements, les partys. L’automne est exigeant. Fuck, je vais-tu arriver à temps pour le show? Pourquoi je pars toujours trop tard, pourquoi je suis pas née ponctuelle? Okay, j’habite à trois tounes de la Casa Del Popolo : j’ai le temps d’arriver à temps.

Ça fait que je suis partie drette au bon moment. Et j’avais exactement 13 $ de change sur moi; juste assez pour le cover.

Régis : Dom est-tu là?
Moi : Tu parles d’une question. C’est sûr qu’il est là. Je l’ai pas encore vu, mais il est à tous les shows. 

Rita, Archie et Bébé Goth ont fini par arriver. Un peu plus tard, Régis. Qui avait apporté un cadeau pour Archie : un beau bibelot de tête de licorne. Moi, je lui ai donné une carte d’Halloween, ainsi qu’un gâteau au fremage acheté chez Sophie Sucrée, sauf que j’ai barré Sophie sur la boite pour le remplacer par Superbat, parce que c’est le nouveau surnom qu’il m’a donné. J’ai dit à Rita : trouve le faux Mathieu Arsenault. Ça lui a pas pris 10 secondes. Régis aussi l’a vite repéré. J’ai dit y’en a un autre, un plus petit Mathieu Arsenault. Elle l’a aussi trouvé! Moi, j’étais presque fâchée, là. Faut que les gens arrêtent de se ressembler de même, ça pourrait mener à des interactions sociales gênantes. Ça a failli arriver la fois où Mathieu s’en venait chez moi alors que c’est moi qui devais me rendre chez lui, pis c’est juste à temps que je me suis rendu compte que c’était le gars des Appendices que j’étais en train de croiser sur Laurier. Fuck. 

Après les shows, on a chillé à une table avec Dom et Luc, le chum de Régis, qui venait d’arriver. J’avais vraiment envie de rester avec tous ces gens que j’aime, mais j’étais crevée, et tenir des discussions dans un endroit bruyant, c’est plus exigeant, et je savais que le lendemain on avait le party de fête d’Archie (oui oui, un autre!) et je voulais être en meilleure forme. Dire que je me couche normalement plus tard que l’heure de fermeture des bars, je me sentais pas moi-même de leur dire bye pis de partir. 

C’était évidemment au moment où je sortais du bar que le vrai Mathieu Arsenault m’a interceptée. Il venait d’arriver avec Géraldine, qui était au bar, alors on l’a rejointe et j’ai commandé un kombucha, pas le choix, je peux pas partir. J’ai dit Mathieu, faut que tu viennes à notre table, ils vont capoter, alors il a mis sa fausse moustache en cure-pipe — il traine sa fausse moustache? wtf Pepa — et il est passé devant la table SUBTILEMENT et tout le monde a pogné en feu. Sont magnifiques mes ami·es quand ils s’excitent et s’énarvent de beau. On a bien sûr réclamé un tour de magie à Thieuse — c’est sa nouvelle passion depuis un bout. Il fait les plus beaux tours de magie semi-ratés, et c’est comme ça qu’il m’a déjà fait brailler de rire cet estie-là. Et quand on a fait une vidéo que j’envoyais à Dumont, il voulait faire bouger une bouteille de bière « par la force de sa pensée », sauf que je cadrais trop large alors on voyait sa main qui pousse la bouteille. Si Mathieu meurt avant moi, je vais regarder cette vidéo en boucle en pleurant. Je vais la montrer à tou·tes nos ami·es, je vais la diffuser au Off et tout le monde va brailler et rire — pleurire, ce mot-valise vu dans une campagne publicitaire quelconque qui nous faisait badtriper. 

Rita agonisait de fatigue encore plus que moi, alors elle a pris un taxi. Je sais plus pourquoi, mais j’ai parlé de Plastic Bertrand et de Gaston Lepage à Bébé Goth. J’ai hâte de lui faire découvrir Relevez le défi. Je le vois déjà shaker de la tête. Régis et Luc parlaient d’un démon, je me rappelle plus lequel, pis j’ai dit à Luc « oh, tu connais bien tes démons », et du TAC AU TAC, il a dit « connais-tu Frédéric-Démon? » Gni hi hi. Régis m’a flattée à plus d’une reprise, elle m’a dit qu’elle aime beaucoup sa goule (c’est moi, ça, sa goule), je suis contente qu’on soit assez proches pour être capables de se dire qu’on s’aime sans avoir l’air ironiques, parce que c’est dur de parler de nos émotions, ça nous rend vulnérables, susceptibles d’être rejetées ou blessées, pis moi j’ai grandi dans un milieu où les adultes se disaient pas « je t’aime », et les adultes ne pleuraient pas, sauf aux funérailles, mais une fois j’ai vu mes parents pleurer en regardant Les retrouvailles de Claire Lamarche.

J’aime ça regarder mes ami·es faire connaissance. J’ai vu Thieuse et Archie parler longtemps, parler de la mort et des fantômes. Géraldine m’a dit qu’elle était contente de rencontrer mon polycule, pis moi j’étais contente de le présenter à Géraldine et Thieuse. J’étais une Superbat énarvée contente. Tellement que je me rendais pas compte que j’étais un peu en crise d’hypoglycémie. Quand on est sorti·es dehors, je commençais à shaker. Alors j’ai fait mes babailles, je suis partie et j’ai remis mes écouteurs. En tournant au coin de Saint-Joseph, je me suis mise à pleurer. 



Je peux pas présenter ces gens que j’aime à Vickie. Vickie me manque, je vois ses commentaires apparaitre dans mes souvenirs sur Facebook, je réponds à des statuts d’il y a six ou sept ans, j’écris des gnéseries, et Vickie me répond pas. Même les liens hypertexes de nos commentaires sont morts. J’aurais voulu que mes ami·es et que mon polycule connaissent Vickie. Je me demande avec qui elle aurait eu du gros fonne, sur qui elle aurait eu un gros kick, avec qui elle se serait chicanée, puis réconciliée, je me dis aussi qu’elle aurait surement tripé que Géraldine soit la nouvelle blonde de Pepa, et je me demande si elle aurait fait son rire-grimace quand j’ai dit que le DJ ressemblait à un mix de Ron Jeremy et Bertrand Laverdure.





J’ai hâte de lire le prochain livre de Thieuse, ça va peut-être m’aider à comprendre des choses. Thieuse est bon pour m’aider à comprendre des choses que je vis. Pas pour rien qu’on l’appelle Pepa. Même avec les rêves il est bon. Il me disait que le fantôme de Vickie a trouvé des astuces pour apparaitre dans ses rêves sans que ce soit incohérent. Po a fait ça la nuit dernière. Mes parents me disaient que Po était revenue, qu’elle se tenait dans le système de ventilation. Je disais que c’était pas possible, que Po était morte à côté de moi, que je la flattais pendant qu’elle mourait. Mais je voulais vérifier pareil, alors je suis allée voir dans le système de ventilation, et Po est arrivée. Mais c’était pas Po, c’était une chatte qui lui ressemblait vraiment beaucoup. Elle venait me voir, et je la flattais, sur moi, et je cherchais des signes que c’était pas elle. J’ai trouvé : elle avait des taches sur le bout de ses pattes, alors que celles de Po avaient le bout immaculé. Mais je voulais garder contact avec cette fausse Po. Ça me faisait du bien. Mon fantôme de Po a réussi à venir me visiter de façon cohérente, grâce aux rêves de Pepa.



J’habite à trois tounes de la Casa Del Popolo, mais je n’avais plus de larmes quand je suis rentrée chez moi, seulement la bouche noire, tachée par le goulot de bouteille de kombucha, full goth fin de veillée, full goth emo qui pleure avec ses chats.