mardi 24 avril 2012

Po contre la hausse


À picerie avec Mathieu, en train de payer au caisse-robots, un monsieur s’approche de moi et me demande : « Pis, yé-tu encore contre, ton chat? »

Oui, Lora Zepam recyle ses images


Le monsieur avait vu ma pancarte de Po à DEUX reprises!

Mathieu et moi : 0_0  0_0
Ensuite : :D  :D

mercredi 18 avril 2012

À ne pas lire si t’es genre full pus capable d’entendre parler de la grève étudiante du câlisse


Je suis au parc Jeanne-Mance avec Alexie, Bock, leur Bibou, et Darnziak. Lors des deux dernières manifs, enfin, celles auxquelles on avait décidé de participer, on n’avait pas réussi à se retrouver, alors on est contents d’être ensemble. On est assis par terre. Le Bibou court dans tous les sens, il veut socialiser avec tout le monde. Il semble y avoir beaucoup de jeunes familles, et on est en plein sur le terrain de jeux des tininfints. William, un ami d’Alexie et Bock, nous rejoint avec sa petite fille dans sa poussette. Belle température, belle ambiance.

Au moment où commence le discours d’un représentant de la CLASSE —je sais plus c’est qui, mais c’était pas le charismatique Gabriel Nadeau-Dubois-épouse-moi— les flics en profitent pour beugler des menaces de faire attention pour pas pogner des tickets et rendre la manif illégale. On est supposé comprendre quoi? Eurien. J’ai pas trop su qu’est-ce qu’il fallait que j’évite de faire pour pas être prise pour une dangereuse terroriste, pis j’ai pas trop compris le début du discours. Anyway, d’après ce que Bock a entendu, c’était pas terrible.

Ma pancarte me vaut des sourires et des compliments. On la prend en photo.


« Quelle chatte? Heurh heurh! » Celle sur la pancarte! Hum, en fait, TUTES.

Ce fut un gros hit. Ça a valu la peine que je coure dans tous les sens pour imprimer et bricoler ça. Même si j’ai oublié ma clé USB avec plein d’affaires dedans au centre d’impressions.

Darnziak dit « heille, tchèque, c’est Manon Massé! », je me retourne et je la vois en vrai dans la vraie vie réelle et palpable. Han! Manon Massé est là! Hiiiiiiiiiiiiiiiii!

Je tweete à Mathieu : MANON MASSÉ EST LÀ! HIIIIIIIIIIII!

Je montre mon téléphone cellulaire à Darnziak, « t’as vraiment crié comme ça, t'as tweeté exactement ce que tu viens de dire! », il dit que c’est un authentique tweet.

Mathieu me répond : Si t’as une chance, fais autographier ta pancarte par Manon Massé!

J’aurais donc aimé ça, mais je l’ai pas revue. Par contre, j’ai vu passer Amir, et même habillé en beige il a l’air cool. J’ai encore jamais voté pour leur parti, mais là, heille, si je peux me trouver un appart dans la circonscription de Manon...

Darnziak pis moi on a spotté un enfant black metal, il crie dans la face de son ami avec une voix pas possible. Il semble possédé par le Yâwbe. On le trouve pas pire impressionnant, il nous fait bien rire. Le Bibou, lui, a trouvé une coccinelle, et il vient nous la montrer. Il a l’air super intéressé à comprendre sa constitution, alors il commence à la décortiquer, enlève un élytre, enlève une aile, un autre morceau, et rapidement, la bibitte est en miettes. Alexie est étonnée de le voir faire ça. Mais c’est pas de la vraie cruauté, c’est la curiosité de l’enfant. Je suis pas inquiète, je sais que ses parents vont lui montrer à ne pas faire de mal aux animaux, même aux plus petits.

La foule se déplace, on se décide à la rejoindre, drette dans la queue. On n’est pas trop bons pour évaluer une foule. Huit mille? Ça se pourrait. Plus tard, les médias parleront de 30 à 40 000 manifestants. 

J’ai pas trouvé de bâton à temps (et je dois dire que j’avais un peu peur que la police m’arrête pour possession d’arme), alors Darnziak m'aide à tenir ma pancarte. Un monsieur la photographie en riant, me dit que c’est la deuxième meilleure pancarte qu’il voit. Aon. C’était quoi, la meilleure? « Pour un printemps érable! » Quand même, Po arrive presque au top!

Mathieu : C’est tu vous autres qu’on entend passer au coin Sherbrooke et St-Denis?

Ayoye, on est juste devant le Port de tête! La foule est donc plus grosse qu’on le croyait. William et sa fille nous quittent, celle-ci a l’air fatiguée et impatiente. Mais c’est un bébé, alors on peut dire qu’elle a fait sa juste part en faisant un bout de chemin avec nous. On tourne sur St-Denis. Je regarde derrière moi, et je vois deux fillettes habillées en princesses, toutes en sourires, qui me fixent avec un p’tit air gêné. Leur maman me dit qu’elles aiment bin gros ma pancarte de chat. Aon. Po, l’idole des enfants.

Mathieu : T’es faite pour esspliquer aux enfants la beauté de la solidarité. Et de Po.

Un autre monsieur me parle de ma pancarte (ça n’arrête pas!) : « Pourquoi elle n’est pas ici avec nous? » Po ne peut pas manifester avec nous, c’est une chatte gériatrique! « Mais elle est avec nous en pensées! » Oh oui!

Je m'en gratte le dedans d'oreille.


En fait, non. Po s’en câlisse. Elle devait somnoler à ce moment-là, un peu comme le Bibou qui cogne des clous dans sa poussette.

Juste derrière nous, un jeune homme crie des slogans dans un porte-voix. Il a manifestement le goût de rire et de faire rire, puisqu’il se met à marmonner des phrases incompréhensibles. Des phrases full mongoles sur un ton punché, qui se terminent par des cris de joie de la foule qui l’entoure. « Frrgn gnnrrrh frrr thrrrrru, durh durh. Fweighrrrh cnivv gnewr dreeeigh fla, fwawei, CAPOUEIH! » OUÉÉÉÉÉÉÉ! Pareil comme le tome 7 de Pérusse. Mathieu aurait tant ri.

On s’arrête à la bibli. Tout le monde veut faire pipi sauf moi, alors je les attends dehors. J’ai droit à plusieurs sourires et commentaires concernant ma pancarte, jusqu'à ce que deux madames du troisième âge s’approchent. L’une d’elle lit, puis dit : « Ah mais moi je suis pour la hausse! » Oh, vous n’êtes donc pas d’accord avec mon chat! « JE suis allée à l’université, et j’ai payé pour. Et dans mon temps, c’était plus cher. » Arguments implacables. Dans son temps, c’était plus cher, elle a payé ses études, il n’y a donc aucune raison pour que ça change. Je garde mon sourire, parce que je suis bin trop de bonne humeur, assez pour qu’une parvenue ne parvienne pas à me fâcher, et je lui dis « c’est bien pour vous, madame! », juste ça, avec un sourire poli. Les copinots sortent alors de la bibliothèque, et on décide de se diriger vers le parc Émilie-Gamelin pour s’assoir un peu. 

Rendue là, j’ai pas envie de m’assoir sur les cubes parce que j’aime pas ça, les coulisses de pipi qu’il y a dessur. Le Bibou sort de sa poussette pour dépenser son énergie toute neuve. Il trouve des seringues par terre. Not funny. Un vieux punk s’approche de moi, m’explique qu’il aimerait ça que je pose avec ma pancarte de chatte pis un de ses chums. J’haïs ça me faire poser, mais je dis OK, c’est correct. Le monsieur est bin content de poser avec une étudiante, pis ses chums trouvent ça bin bin drôle. Je me sens tellement concernée par la cause que ça me passe pas par la tête de leur dire que je suis même pas étudiante. Un autre monsieur d'une autre gang vient flatter Po et fait un grand sourire avec pas de dents. Il bozze fort. Je le trouve sympathie, ça me fait rire avec mes dents.

Bock, Alexie et leur Bibou prennent le métro pour rentrer à la maison. Darnziak va marcher avec moi jusqu'à mon appart, il a une soirée tout près de chez moi, avec ses amis darques. On passe devant le cégep du Vieux-Montréal, et je remarque un goéland qui semble en piteux état. Il y a une gang de jeunes juste à côté. Je demande « hon, l’oiseau est brisé? », toute inquiète, mais ils savent pas ce qu’il a. Son aile gauche est toute pétée, pendouillante, saignante. Ça me brise le coeur, et je me sens impuissante. J’accepte aucune injustice. 

Je dois avouer que je me suis un peu méfié de ces jeunes. Je me suis demandé si c’était pas eux qui avaient blessé ce pauvre animal, parce que je le sais bien que plein de gens détestent les goélands et les pigeons, ces « rats du ciel », mais moi je les aime gros, les goualands, autant que les colibris, les aigles, les macareux pis les poules, comme tous les animaux, en fait. Mais ces jeunes-là, ils avaient un peu passé l’âge de la curiosité de l'enfant, ils étaient en plein dans l'âge de la cruauté. Je me suis aussi demandé à quel âge on était supposé en sortir.

vendredi 13 avril 2012

Po aime le blé d’Inde






J’ai la chance de vivre avec la chatte gériatrique la plus adorabe de tout l’univers. Et je réalise depuis peu que je parle presque pas de Po sur mon blogue. Tous mes amis sur Facebook ont des nouvelles régulières (et abondantes) de Po. Des photos, des vidéos, une fan page, des anecdotes plus ou moins nécessaires, TUTE. Po mérite plus de place ici, oh oui madame.

Toutefois, si je commence à parler d’elle je serai pus arrêtabe, alors pour ce soir, je vais simplement partager une vidéo où on peut constater que Po semble entretenir un vif intérêt pour un épis de maïs. Je ferai sa biographie un autre jour.

Bonne nuit et aime ça.


(Broulx.)

mardi 3 avril 2012

En espérant que j'aurai jamais à assister à l'enterrement d'aucun de mes amis


Fredoune : Guenoune*, Sam m’a dit qu’il t’a vue de loin dans une manif. Tu avais des sacs d’épicerie pis tu criais d’encouragement. C’était toué? Pas aujourd’hui, là. Un manné, dernièrement.

Moi : AAAH! Oui! Sur St-Laurent!

Fredoune : Aon, j’te voué tellement.

Moi : La semaine passée?

Fredoune : Ouais, j’pense. Ouais.

Moi : Il pleuvait un touptit peu. Je marchais en sens inverse, et quand je les ai vus, j’étions tutémue.

Fredoune : Aon, de la peuluie sur Sophine.

Moi : J’ai levé mon Facepou!

Fredoune : Ha ha ha! Tutémue. Sti que j’t’aime.

Moi :  Hu hu hu. Mouéssi chtaime, guenoubou.

Fredoune : À mon mariage, je veux que tu danses avec des sacs de picerie. À mon enterrement aussi.


*J'ai au moins un nouveau surnom par mois.

dimanche 1 avril 2012

Quand mon papa team up with Richard Martineau pis que c'est bon pour moi


Depuis que mes parents ont des internets ruraux et un compte Hotmail, on peut s’écrire des emails. 


À: Papa
De : Sophy
Objet : Mon avenir, yeault


Allo Papa.

J’espère que vous avez passé une belle fin de soirée pour la fête de la mére. J’étais contente de vous voir enfin! Cinq mois, c’est presque un record! En tout cas, j’espère surtout que la tension a un peu baissé quand je suis partie avec Mynou et Mathieu, parce que je commençais à être fatiguée et un peu fâchée.

En fait, c’est pas exactement vrai. J’étais beaucoup fâchée. Et surtout choquée, surtout quand t’as commencé à dire que Martineau y’a raison, que ça a bin de l’allure ce qu’il dit, parce que les jeunes y se plaignent pour eurien. Tsé, se battre pour 300 piasses par année, c’est n’importe quoi. Ça coûte même pas cher, les études, orgarde les stasunis! J’étais fâchée, oui, parce que pour moi ça signifie que mon père n’a aucune idée de ce que je vis, il n’est même pas au courant que si je me retrouve encore nowhere dans ma vie, c’est précisément parce que j’ai abandonné mes études, et que si j’ai abandonné mes études, c’est simplement pour des raisons financières. Oui oui, juste pour ça. Pas parce que je suis yinque une grosse pas bonne. Anyway, tu le sais, t’as déjà vu mes bulletins scolaires. Ou ça se peut que non, je pense que c’est surtout la mére qui s’occupait de ça. Tu remarqueras d’ailleurs qu’elle n’est « PAS D’ACCORD! » avec Martineau pis toi.

J’étais fâchée, mais après coup j’ai compris que je devrais au contraire me réjouir! 
Te rends-tu compte que tu viens de me motiver à reprendre mes études? J’étais en train de balancer les dernières pelletées de terre sur ce projet complètement fou de faire des études supérieures, mais j’ai repensé au fait que tu trouves que c’est pas cher pis qu’y’a rien là, pis je vais m’inscrire l’automne prochain! Mais je t’envoie la facture. Parce que c’est pas cher, tsé. Pour toi, j’veux dire. 

Tu te rappelles quand tu disais à tout le monde que ta fille voulait devenir maîtresse d’école? Eh bien je vais le faire pour vrai! Je voudrais enseigner au cégep, comme mon ami Jean-Philippe. Mais pas de la philo, moi ce que je voudrais c’est enseigner le français et la littérature. Faudrait donc que je fasse une maîtrise. Et puisque je veux me consacrer entièrement à mes études, je pourrai pas travailler durant l’année scolaire. Ou à peine. Parce que je veux pas faire le minimum, nenon, moi je veux devenir excellente dans mon domaine. Je vise pas la note de passage, neeeon, je veux des A+ partout, je suis motivée pour vrai!

Mon appart actuel me coûte pas trop cher (555$ incluant l’électricité, le chauffage et l’eau chaude), et je vais essayer d’en trouver un autre qui soit aussi abordable quand je vais déménager en juillet. Si j’arrive à travailler à temps partiel durant mes sessions de cours, je pourrai payer ma bouffe pis mes médicaments (je t’ai-tu dis que je commence à prendre des pilules?), alors je devrais pas être être un fardeau pour toi.

Mais bon, j’espère que tu m’en voudras pas de garder mon carré rouge, parce que les étudiants n’ont pas tous un papa généreux (ou riche en tabarnak) (tu peux cliquer sur les mots soulignés, c’est des liens hypertextes).
J’ai hâte d’aller vous voir et d’enfin rencontrer votre chaton black métal! Embrasse la mére pour moi,


Sophy xx


PS : Pourrais-tu dire à la mére d’arrêter de me ramener du stock à chaque fois qu’on se voit? Je sais pus où le mettre. Si un jour vous venez me voir à Montréal, vous allez comprendre que je niaise pas quand je dis que c’est petit chez moi.

lundi 26 mars 2012

La fois où j'ai eu une dose massive d'espoir


Le matin de la manif, j’avais un rendez-vous important. Je devais présenter un projet devant un comité, et puisque c’est un projet qui me tient à coeur, j’étais pas mal stressée, bin plus qu’avant un exposé oral qui vaut 25% pour de ta note finale, et j’étais aussi pas mal stressée parce que c’était à 9 heures du matin et que j’avais peur de me sentir totalement décâlissée et tout gâcher ma présentation. Mathieu m’accompagnait, il a bravé le matin malgré sa grippe méchante qui le tient au lit depuis près de trois jours. Je me suis inquiétée en grande partie pour rien parce qu’en dépit de ma grande fatigue et de mon anxiété, tout s’est déroulé à merveille, tout est parfait, mon projet est accepté, je suis heureuse, légère, je souris comme une débile. Mathieu se sentait trop malade pour marcher 15 minutes alors il est rentré chez lui en taxi, mais moi je voulais marcher, j’avais trop de bonheur à dépenser avant de faire ma sieste pré-manif et je voulais m’acheter du jus dans lequel verser ma potion magique anti-grippe.

J’arrive chez moi vers 10 heures. Là, faut que j’organise toute la patente avec Darnziak et Alexie, avec qui je veux manifester. Mais je crois pas être en état de me rendre là à midi et demi, mes quatre heures de sommeil n’ont pas rechargé mes batteries, je dois faire une sieste. Impossible d’utiliser la messagerie Facebook, elle est pétée. Hum, sûrement un complot de Facebook contre les étudiants, question de fucker un peu leur organisation. On doit se rabattre sur des méthodes de communication archaïques : le TÉLÉPHONE.

C’est pas super simple, tout le monde n’a pas de téléphone à poche. Je suggère à Darnziak de rejoindre Alexie, puis qu’ils aillent rejoindre Luc Chicoine et Marie-Chantal, avec qui je voudrais aussi manifester. Ils sont les seuls à avoir un téléphone mobile, je pourrais donc les rejoindre plus tard sans leur donner un rendez-vous à l’avance, et ainsi me permettre de DORMIR. 

Dodo avec Po. Po qui ronronne trop fort, qui me donne des gentils coups de pattes pour j’sais pas quoi. Broux? Broux.

[Alarme désagréable] 
Je texte Luc Chicoine, lui demande si Alexie et Darnziak sont avec lui. 

Luc CHICOINE! : Non, là je viens de sortir de la manif, j’ai manqué m’évanouir.
Moi : À cause? :O
Moi : T’es à quel coin de rues? Je peux aller te rejoindre. Et si t’as besoin de kekchose, dis-le moi.
Luc CHICOINE! : Faut j’mange, mais j’m’arrange. Je suis en face de La Baie sur Ste-Cath.
Moi : Je prends Clark jusqu’à Ste-Cath, dis-le moi si jamais tu te déplaces.
Luc CHICOINE! : OK!
Luc CHICOINE! : La manif est géante, j’ai jamais vu ça.

En marchant sur Clark, je texte Marie-Christine Lemieux-Couture pour savoir où elle se trouve. Elle me dit qu’elle est à l’une des têtes de l’hydre-manif, que c’est beau et pacifique, qu’il y a une pluie de carrés rouges. J’approche de Sherbrooke. Je les entends. Je les vois! Sont là! Guerosse gang! Wow! Sont beaux, souriants, enthousiastes, tout beurrés de rouge.

C’est con mais la première image qui me vient en tête en voyant la foule, c’est Pooyan, un jeu de NES. J’ai jamais pris part à une manifestation, mais j’ai joué au Nintendo en crisse. Mon cerveau est conditionné pour ça, on dirait. J’ai longtemps cru que Pooyan et ses amis étaient des moutons, mais en réalité ce sont des cochons. Qui doivent affronter le clan des loups pour retrouver Pooyan.

Au moment où j’approche de la foule de petits cochons joyeux, Luc Chicoine en sort, les bras dans les airs pour me signaler sa présence. Comme dans un firm! On se fait la bise et on commence à suivre le mouvement. L’ambiance est étrange, pré-orage de juin, mais très festive. Beaucoup de rouge dans la foule, de chants, de percussions, y’a même un ghettoblaster-fuck-truck qui roule pas loin de nous. On le dépasse un peu, question de s’entendre parler. Luc Chicoine a oublié sa cloche à vache. Argh! Luc Chicoine! Gimme more cowbell!

Bon, encore une fois, j’ai mal évalué la température, et je commence à avoir trop chaud. Je porte ma jupette de collégienne — pour la cause, bien entendu — mais j’ai eu l’idée d’enfiler les leggings « juste au cas ». Faut que je m’en débarrasse. Je me cache à moitié dans la cour des gros condos neufs sur Sherbrooke pour enlever mes leggings discrètement. Des agents de sécurité viennent nous voir parce qu’on a full genre pas le droit d’être là, mais c’est pas des flics, et ils comprennent vite que je voulais juste me déshabiller et non pas violer les chars des propriétaires de condo luxueux. Pendant que je lace mes bottines, on voit passer un monsieur avec un très grand chien hirsute. Un lévrier irlandais. J’avais jamais vu ça sauf dans tous les livres de chiens que j’empruntais à la bibliothèque quand j’étais jeune, et j’avais retenu que c’est la race qui a la taille moyenne la plus haute. Luc Chicoine dit « on dirait une créature de film d’horreur » mais moi je pense plutôt que « c’était la Bête du Gévaudan ».

On voit un meute de flics qui ont confisqué des bâtons aux petits cochons rouges. Ça ressemble bin gros aux bâtons qui servent à faire des pancartes. En tout cas. Je prends pas le risque d’aller questionner les flics, je veux pas me faire mordre par le mâle alpha. De l’autre côté de la rue, je vois une talle d’enfants qui nous regardent par la fenêtre, collés dans la vitre comme des plecostomus. C’est une garderie, toute vêtue de rouge. Luc Chicoine me dit que les enfants sont souvent à la fenêtre quand il y a une manifestation, mais vu l’ampleur de celle-ci, ils vont sûrement se tanner avant la fin. Bin non, jamais! Les enfants se tannent pas, ils peuvent regarder 60 fois le même maudit film poche, faque j’ai confiance qu’ils peuvent toffer huit heures de manif sans bâiller. Tchèque leurs yeux! Ils rient! C’est nos alliés!

Je reçois des petits sourires, et je comprends plus tard que c'est probablement à cause de ce qui est écrit sur ma camisole rouge : « Je supporte les esties de morveux sales puants. » Au coin Cherrier/Berri, je croise la soeur de Mathieu. Elle est là avec son chum et des amis. Je lui dis que Mathieu est déçu d’être trop malade pour manifester, mais que je l’ai amené avec moi : 

(Dessin d'Iris)
Il tombe des brins de pluie, mais ça démotive pas les petits cochons. « La pluie contre la hausse! La pluie contre la hausse! »

On est rendus au Vieux-Port, au boutte de la manif. Ça fait un énorme tapon de monde. Et dans cette masse de cochons rouges, je tombe par hasard sur Rose et Jonas. Les discours sont commencés, mais on comprend pas bien parce qu’on est trop loin, on se dit qu'on va les écouter sur YouTube, et puis ma vision commence à fucker un peu. Il y a un cercle flou dans mon champ de vision, et ça me gosse au point où j’ai de la misère à suivre la conversation avec Luc Chicoine.

Au début, c'était un tout petit cercle.


Tranquillement, le cercle est devenu plus grand et fatikant.

Je me dis que mon corps a peut-être besoin de calories mais que je suis trop fatiguée pour m’en rendre compte, alors je mange une barre Milange du randonneur. Ça passe pas. On s’assoit. On s’assoit, oui, mais on reste debout, parce qu’on est des osties, on est là pour être debout. Ah! Ma glycémie est peut-être trop basse! Je sors mon glucomètre pour tchèquer ça. Je suis pas diabétique, mais mon médecin m’a prescrit ce machin parce que j’ai tendance à faire de l’hypoglycémie. 6,1, c’est bin correct. Arf, c’est énervant, le cercle s’agrandit. Je vois quand même bien, mais ça m’inquiète pareil. C’est pas un symptôme de caillot cérébral, genre? ACV? Ou autre affection grave et urgente? Au moment où je me demande si je serai capable de rentrer chez moi à pieds, un visage familier passe devant moi. C’est Alex! Et il me reconnait! Alex, c’est un ancien collègue de travail, je l’ai connu en même temps que Simon Douville et Maxym Ringuette. Il étudie à l’Université Laval et je sais qu’il s’implique beaucoup dans le mouvement étudiant, alors je suis pas étonnée de le voir là. Mais quand même, le croiser par hasard dans une mer de (200 000?) personnes! Il doit courir pour attraper son bus pour rentrer à Québec. Il a pas dû me trouver bin dynamique… Bon! Le halo flou a disparu! OK, on poursuit la marche? Go! 

On est un petit groupe à marcher sur une Ste-Catherine encore piétonne. Je laisse Luc Chicoine me guider, je regarde à peine où on s’en va, je concentre me dernières barres d’énergie dans mes jambes. Au coin de St-Laurent et Ontario, je salue mon ami qui s’en va bravement travailler. Je sais qu’il est fatigué et stressé parce qu’il donne un séminaire le lendemain matin. Je lui envoie des bonnes vibes magiques de bonne humeur de joie de vivre. Je fais quelques pas et je me retrouve face à une madame, une Italienne aux cheveux blancs, qui regarde derrière moi avec inquiétude. « Sont tellement chiens… » Je suis pas certaine de savoir de qui elle parle. « Sont tellement chiens les policiers. Ils viennent d’embarquer deux personnes pour rien! » Elle secoue la tête. Je me retourne, trop tard, la voiture les a avalés. Je poursuis mon chemin. Sans musique dans mes oreilles, ça fait drôle, j’ai pas l’habitude de sortir sans mon bébéPod. Je peux mieux percevoir le calme qui reprend tranquillement sa place dans la ville. Sur Sherbrooke, je croise Marie-Chantal avec un ami. Han! Wow! Encore un beau hasard! Je lui montre mes photos.


Un pigeon qui s'est sacrifié contre la hausse.

Tête de mort, tête de mort CONTRE LA HAUSSE!

Fofy Caouette, la chatte de Choukri et Léa



Avant d’arriver chez moi, je passe devant chez Mathieu et je lui envoie des becs soufflés afin qu’il guérisse plus vite.

Rendue chez moi, je tire les rideaux et je m’écrase dans mon lit. Je suis crevée mais tellement bien. Le corps lourd, le coeur léger. Aujourd’hui, c’était ma fête et je l’ai célébrée avec 200 000 personnes qui le savaient pas.

jeudi 22 mars 2012

J'aime les goélands


Les pompiers sont encore venus tantôt. C’est la deuxième fois cette semaine. Quand je suis sortie du bloc, un de mes voisins était assis dans les marches près de l’entrée. Je lui ai demandé s’il savait pourquoi l’alarme sonnait encore, mais il était incapable de me répondre. En pleine crise d’asthme. Je pouvais pas rester sur place à cause de la frustration et de l’envie de peupi qui s’aggravaient dans mon dedans de fille écoeurée de toute (oui, même de faire peupi), faque je me suis dirigée vers chez Mathieu, en arrêtant au Jean Couteux pour lui acheter une potion rouge parce qu’il est malade. En chemin, un doberman est venu me lécher les genoux. J’ai même pas pris le temps de répondre à son accueil, trop pressée et fâchée. 

Je suis rentrée chez Mathieu sans trop faire de bruit. Il était au lit, réveillé. Je lui ai donné son remède. Je pensais lui avoir transmis mon rhume, mais ça doit bien faire deux jours qu’il est alité alors que moi j’ai juste morvé une journée et demi, alors je sais pas trop quel virus il a pogné. C’est rare que je le vois malade, je trouve ça quand même un peu inquiétant.

Là, je suis au parc. J’observe la faune. L’étchureux teigneux s’approche de moi. Il est intimidant, mais jamais autant que les écureuils du Yâwbe qui faisaient du vandalisme sur ma poubelle quand je suis arrivée à Québec. Les goélands ont l’air de brasser des affaires sérieuses. Maudit que je les aime, les goélands. Est-ce parce que la faune de Mourial est trop limitée? Non. Je les ai toujours aimé. Je me souviens de la fois où j’étais au Jardin zoologique de Québec avec ma classe de troisième année. Durant le dîner, qu’on prenait dehors assis sur le gazon, je mangeais ma tite samouiche frette tute écrapou par mon ice pack, pis je regardais le goéland qui me regardait. Il me fixait, je le fixais. Je voulais lui donner ma samouiche, mais je me suis fait dire que c’était cave de m’attarder sur un goéland alors que j’étais dans un zoo. Han? Rapport. Je le trouve beau, le goéland. Veux-tu que je retourne pleurer devant la cage ridiculement petite des grizzlis? Le goéland est beau, libre, il crie drôle, il a l’air doux. 

Je poursuis ma marche, gardant l’espoir que ma barre d’humeur va reverdir. J’arrête au guichet. Y’a un p’tit roux qui me fait du charme. Il baisse ses lunettes fumées en me faisant des sourires de p’tites dents pendant que sa mère fait ses transactions d’adulte plate. Je pense qu’il aime mes cheveux. Ça me fait sourire moi aussi, je sors de là en me disant que je suis en train de réussir ma mission, je suis déjà un peu plus légère. Au coin de rue suivant, un homme étrangle son chien avec sa laisse. Il lui parle sèchement, une grosse brute conne, il lui tire la peau du cou par secousses. Son chien a l’air hyper soumis. Il détourne le regarde, les yeux mi-clos, il reste immobile. C’est clairement pas la première fois qu’il se fait brasser comme ça. Me vient une image mentale de cet homme en train de se faire dévorer par une meute de hyènes. Les hyènes ont une mâchoire vraiment boucoup très très solide. Ça doit faire mal. Dans ma tête, le monsieur souffre beaucoup.



Mission échouée.