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dimanche 28 août 2011

Jacques est vraiment mort

J’ai un peu peur que le dernier souvenir de Jacques qui reste dans ma tête, c’est sa face de mort. Je dis ça parce que je viens juste de voir les photos que sa soeur m’a envoyées, et je trouve que ça lui ressemble pas trop. Il n’a jamais eu l’air un peu gothique, Jacques. Le teint gris et cireux, la bouche trop rouge, la face toute crispée. On dirait qu’il fait semblant de dormir et qu’il se retient fort pour ne pas ouvrir les yeux et gâcher la joke. C’est juste une joke, han, c’est ça? Non mais vraiment, êtes-vous sûrs que c’était le bon corps? J’dis ça d’même.

Ça me rappelle la fois où je discutais de la mort avec une agente d’Emploi-Québec (ça serait long et ennuyant d’expliquer pourquoi, mais le contexte s’y prêtait). Elle me disait qu’elle avait dû se rendre à la morgue pour identifier le corps d’un ami proche. Elle l’a vu mort et froid, même pas embaumé. Et pourtant, quand elle repense à lui, les images qu’elle a en tête n’ont rien à voir avec celles qu’elle a vues à la morgue le soir de la mauvaise nouvelle. Ça ne m’est pas arrivée souvent de rencontrer des agents d’Emploi-Québec qui avaient l’air humains mais, cette fois, c’était un beau moment.

Je trouve ça l’fun quand je pense que l’avant-dernier jour de sa vie, il a assisté à un match de volley-ball de filles en bikinis. J’ai la naïveté de croire ou, du moins, de me faire croire que pendant ce bref instant, il n’était plus triste.

jeudi 11 août 2011

Le soir où j’ai reçu le texto le plus troublant

Chogna : Veux-tu voir Jako dans sa tombe?
Sophy : OK. Comme ça, ça va être plus concret dans ma tête. Shoote par email.

Chogna : Yé un peu enflé, je le reconnaissais un peu mal au début, mais c’est pas si pire.

Sophy : Ayoye! T'as intitulé ton email « cadavre ». T’es tellement morbide full gothique!

Chogna : Hehe.

Sophy : Je suis peut-être pas dans le mood pour le voir ce soir. :( Je me sens trop fife.

Chogna : Quand tu veux, tsé.


Le jpeg est dans ma boîte de réception, et je l’ai pas encore regardé. Quand j’ai appris la mort de mon cousin par message texte, j’ai eu une sorte de vertige, je pensais tomber en bas de mes talons hauts. Faut dire que mes messages en provenance de Facebook arrivent souvent en pièces détachées, dans le désordre, et je dois alors assembler le casse-tête pour bien comprendre.

: { , ca va p .. .
(1/2) : { Chogna : salut ma cherie, tu reponds pas au tel., quand vas-tu a
(1/2) : { une boite vocale? .. es-tu assise? ……………………….
(2/1) : { Mon frere Jacques s’est pendu pis il s’est pas manque.
(2/2) voir
(2/2) ……
(2/2) mais


Je suis au Divan Orange avec Vécké et Mathieu, Propofol est rendu à sa troisième toune, et je viens de voir que j’ai manqué l’appel de Chogna, qui m’a ensuite envoyé un message sur Facebook. Oh mon Dieu. Jacques est mort. Chogna va pas bien. Et je suis même pas là pour répondre au téléphone qui est toujours à moins de 30 cm de moi. Malaise. Gros malaise. Je sors dehors. Non, je peux pas appeler ma cousine et jaser avec elle sur le trottoir à travers la foule. Je rentre et je dis à Mathieu que je peux pas rester parce que mon cousin s’est tué et que je veux rentrer chez moi tout de suite pour parler à Chogna. Je marche avec un drôle de buzz dans la tête. Je tombe même pas. J’ai pas verrouillé le clavier de mon téléphone et je me rends compte en arrivant que j’ai répondu à Chogna un beau message accidentel : « popopopoopoopop. » Pourquoi j’essaie de rester sérieuse dans des circonstances dramatiques alors que le hasard scrape tute?

On a jasé pas loin d’une heure. Elle m’a dit qu’elle n’allait pas si pire malgré le tragique de la situation. Ni elle ni sa famille ne sont en état de choc, mais elle est consciente que c’est une question de temps, qu’elle va bien finir par assimiler ce qui se passe et que les larmes et les grosses émotions vont remonter à la surface. On profite de cet étrange moment de suspension pour se dire des niaiseries et rire.

Jacques n’a pas laissé de note. Je pense qu’il savait qu’on saurait pourquoi. Pas besoin d’explications supplémentaires. Je sais bien que le suicide suscite souvent la colère et l’incompréhension, on se dit que personne n’a le droit de se supprimer, d’abandonner ses proches et les laisser tout seuls avec la vie. Peu importe qu’on ait des croyances religieuses ou pas, on décrète que la vie est trop précieuse pour qu’on ait le droit de juger de l’heure de notre mort ou de celle d’autrui. Avant, j’étais pas mal d’accord avec ça. Jusqu’à ce que je me demande si, justement, on serait pas la personne la mieux placée pour décider si on prend un Continue ou si on serait pas plutôt rendu à Game Over.


J’ai longtemps cru que j’étais en quelque sorte invincible face au suicide. Je me disais que peu importent les épreuves que la vie pourrait me chier dessus, je serais assez forte pour les traverser et rester vivante, vivante amochée ou flawless victory. Même la dure épreuve qu’est supposée être l’adolescence ne m’a pas fait changer d’idée. C’est tout récemment que s’est transformée ma perception de la vie, de la mort et surtout du suicide. Je sais toujours pas si je veux croire qu’il y a une vie après la mort, mais je commence à croire que c’est peut-être acceptable de décider de se tuer. Je pense à des gens que j’aime beaucoup et qui traînent avec eux une si grande souffrance. Je me pose des questions. Est-ce possible pour eux de s’en sortir, vont-ils toujours souffrir? S’ils décidaient d’en finir, est-ce que je leur en voudrais? N’aurait-on pas le droit de juger soi-même si notre vie est assez foutue, irréparable, insupportable pour avoir le droit de crever enfin? C’est sûr que c’est plus facile pour moi de pas lui en vouloir de s’être tué, je suis pas sa fille, sa mère, sa femme ou sa soeur. Je serais peut-être mon sereine avec le suicide de mon amoureux, par exemple. Mais je peux dire que maintenant, j’ai moins envie d’entendre les grands sages prétendre que la vie c’est sacré et qu’à cause de ça c’est notre devoir d’en profiter et d’en jouir à chaque instant chaque microseconde sans rien laisser passer et croquer dedans à belles dents. Jacques s’est peut-être pété les dents sur la vie.

Mon cousin était bipolaire. La première fois qu’il a voulu se tuer, il avait 16 ans. Sonia effectuait sa pisse matinale avant de partir pour la poly quand elle a entendu la détonation. Le coup de .12 a laissé des séquelles permanentes. Pas juste sur ses organes, mais dans nos esprits, le sien, surtout. Enfin, j’imagine. Tout ça, tout ce que je dis là, c’est peut-être juste dans ma tête. J’ai peut-être rien compris pantoute. Mais j’essaie, je travaille pour.

En tout cas, maintenant je le sais que je suis pas invincible. Je pourrais décider un jour que ça va faire, ça suffit, c’est trop, pis je me tue. Bang. Fini.

dimanche 4 mai 2008

Control

Hier soir, j’ai enfin vu le film Control (que je voulais voir depuis longtemps, avant même sa sortie, je ne sais pas comment j’ai pu attendre tout ce temps) avec un ami et collègue de classe. Il a dix-huit ans et ne connais pas Joy Division, alors ça me faisait plaisir de partager mon bonheur et lui faire découvrir un band que j’aime et j’estime énormément (dans mon top 10!). À la fin, il m’a bien fait rire : il était consterné, révolté, et même fâché que le chanteur se suicide. Eh oui, IAN CURTIS EST MORT! Je suis certaine de lui avoir dit plus d’une fois avant le visionnement, mais bon. Il était peut-être assez absorbé par le film qu’il n’y pensait plus. J’ai adoré Control, et ça m’a donné envie de revoir 24 Hour Party People, parce que j’en ai oublié des bouts et dans mon souvenir, il me semble que l’acteur qui interprète Curtis était pas mal bon lui aussi (parce que Sam Riley est quand même impressionnant). Mmm, Joy Division… Je me demande souvent ce que serait ma vie sans musique.
Brr…

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Sam Riley, dans Control/Ian Curtis