jeudi 24 avril 2014

Po n'est pas sûre d'aimer ses nouvelles colocs

Après avoir réfléchi longuement, j’en suis venue à la conclusion que les seuls animaux que je pourrais adopter sans faire chier Po, c’était des petits rongeurs. J’ai craqué pour deux jeunes rates que je suis allée chercher hier chez un couple qui déménage à l’autre bout du pays. Faire voyager des rats par avion, c’est compliqué. Ils voulaient s’assurer que leurs rates ne serviraient pas de snack à serpent, qu’elles seraient entre bonnes mains. Normal. Ma Po, elle est pas du tout chasseuse. Juste pour te donner une idée, elle essaie même pas d’attraper le most wanted petit point rouge. Pis elle a déjà eu un peur d’un bébé lapin nain qu’on gardait. Bref, je me disais qu’elle se sentirait pas envahie par des p’tites rates, qu’elle serait plutôt indifférente. Eh boy.

Le premier contact s’est pas super bien passé. J’ai honte. J’ai vraiment agi comme une débutante. Dès mon arrivée au Manoir deluxe, Ringuette a voulu prendre les rates et jouer avec. Il les a mises sur son lit, elles ont commencé à explorer les environ, tout allait bien. Mais Po. Ses yeux de hibou. Sa face de non-non-non-non-non-non. Non. Elle part se cacher sous le lit de Ringuette. Bin voyons, Po! Des rates, tsé! J’ai donc usé de mon autorité parentale et dit à Ringuette que les rates feraient mieux de rester dans leur cage un moment, le temps de se remettre de leurs émotions. Elles venaient de déménager, après tout. Je voulais aussi que Po s'adapte à leur présence en douceur. Pis moi, bin, fallait que je soupe, pis que je travaille un peu.

Je m’installe sur mon lit avec mon portable, Po vient se coucher à mes côtés. Je commence à réviser mon document… Et là, Ringuette arrive avec Christina. OK, ouais, faudrait d’abord que je t’explique l’origine de leurs noms. Avant de les adopter, je me disais que j’aurais du fonne à leur trouver des noms gnéseux. Que mes amis allaient sûrement m’en proposer plein. Mais quand l’un des deux gardiens m’a présenté ses deux adorables créatures, il m’a offert de prendre l’agouti dans mes mains. « This is Britney. » Britney? « And this is Christina. » OH WOW. Il riait, semi-gêné, et m’a dit que je pouvais bien sûr les rebaptiser. Heille, wo! Jamais! C’est parfait comme ça! En plus, Pascale Bérubé va tripper. Le gars m’a aussi expliqué que Christina était la dominante, que je devais m’attendre à les voir et les entendre se chamailler un peu, et même que Britney se faisait voler sa bouffe et c’était la raison pour laquelle il y a une différence de poids entre les deux. Je peux te dire que j’ai assez vite constaté de mes yeux que Christina est un peu bitch, et que Britney prend son trou quand il y a un conflit. Bref, je disais que Ringuette s'est présenté dans ma chambre avec Christina pendant que Po relaxait avec moi. J’aurais pas dû le laisser faire. Je savais que Po devait s’adapter à leur présence, que c’était pas en les mettant ensemble sur mon lit que la rencontre serait la plus appropriée. Mais j’ai cédé à cause de la quioutitude de Christina. Et on m’avait dit que les rates étaient habituées aux autres animaux — elles vivaient avec une chatte — alors ça me rassurait. Ringuette dépose la rate sur mon lit, et j’en profite pour essayer de faire des photos. C’est pas facile, ça bouge vite ce p’tit paquet de nerfs. Po reste couchée, figée. Yeux de hibou. Christina s’approche d’elle, la sent, repart. Elle revient la voir, repart. Puis, elle a fait un move de trop pour madame Po. Elle lui a touché. Oups. Là, je sais pas si Po a senti les petites griffes de Christina ou si celle-ci l’a tâtée avec ses dents, mais Po s’est relevée en crachant comme si la rate allait la bouffer. Puis, elle est partie se cacher sous un meuble. Ah crisse. C’est exactement ce que je voulais éviter. Un premier contact traumatisant.

J’ai placé l’énorme cage dans un coin de ma chambre, Po a passé une partie de la nuit avec moi. Elle regarde toujours les rates avec suspicion, elle se tient loin. Mais elle n’est pas terrorisée. Ça va aller. N’empêche que je me sens mal. Ma vieille picouille… Je pensais qu’elle s’en foutrait, des rates. Grosse moumoune. Mais bon, j’ai ma leçon.


Consolation : Po m’aime encore. Fiou.

Les deux terreurs, Britney et Christina

jeudi 17 avril 2014

Faire le bien

J’ai commencé ma journée en affrontant l’extérieur pour aller m’acheter de quoi déjeuner. En sortant du Manoir deluxe, la première affaire que je vois c’est l’ossetie de poubelle qui sort de j’sais pas où et qui s’est fait remplir de vidanges par la ville entière au cours des six derniers mois. Depuis que la température extérieur est supportable, le contenu de la poubelle mystérieuse s’est transformé en une grosse soupe de marde de vidanges vraiment dégueulasse. Je sais pas encore comment je vais me débarrasser de ça, alors j’en glisse un mot à Mathieu. Sa suggestion : « T’as juste à prendre une paille et en boire une touptite gorgée à chaque jour. Tu vas finir par la vider. » Ew. J’avais pas encore déjeuné, c’était brutal comme image. Tant qu’à parler de mes problèmes du quotidien, je lui dis qu’à moins de bientôt recevoir une paye, je vais devoir toffer les deux prochaines semaines avec 40 $. Étrangement, ça me stresse pas outre mesure. Mathieu dit que j’ai pas à m’en faire avec ça, qu’à chaque fois que je suis dans la marde, il se passe quelque chose, je reçois de l’aide, parce que je fais le bien. Parce que je fais le bien, les gens m’aiment et m’offrent leur aide. De la bouffe pour Po. De l’argent pour faire réparer Po. « Si t’as pus d’argent, t’as juste à sortir et faire le bien. Ou encore là, par exemple, t’as juste à écrire sur Facebook que t’as une grosse soupière de marde dans ta ruelle, pis les gens vont te répondre "Oh, formons une chaîne humaine et allons vider la grosse soupière de marde chez Sophy!" »

Po ronronne sur moi. Comment on va s’y prendre aujourd’hui pour faire le bien, Po?




lundi 14 avril 2014

bonne fête je t’aime

je sais pas quoi faire de mon
amour
on lâche son fou
on lâche son boutte
on lâche son amour
en masse
on fait peur aux ami-e-s
love fast die young

je prends soin de ta mère
je prends soin de Pepa
je prends mon coeur en mains
(souvent)
je prends pas ma noune au sérieux
(astheure)

hier j’ai vu
francine ruel et
sébastien chabot
s’unir
au salon du livre de recettes
un hommage à vickie gendreau
peupi nerveux lol

à louiseville
j’ai suivi ta trace de sparkles
je t’ai pas trouvée
t’étais déjà là

porte-t-elle
des bobettes propes?

je sais pas youssé
qui faut faire
enter
parce que je suis pas une ossetie de
poète
moué

(je vais déposer un fennec
juste ici
pour que tu me chicanes pas)

je slow down à
1000%
j’arrive pas à suivre
les autres
14 avril c’est ta vraie fête
et la fête de francine grimaldi
14 avril c’est  une toune
d’Aphex Twin

je suis tout le temps saoule
je t’aime
merci
je t’aime

mercredi 26 février 2014

Le pouvoir du cagou

Cher Francis,

Aujourd'hui, c'est encore ma fête! D'abord parce que j'ai reçu une carte postale de Vickie en provenance de la Nouvelle-Calédonie, envoyée par sa maman Martine. (Explication : pour les funérailles de Vickie, au lieu de faire des signets avec sa photo, chose plutôt banale, on a fait des cartes postales avec à l'endos une citation de Drama Queens, son prochain roman. Ça fitte avec elle, c'est beau, et on peut faire voyager Vickie.) Je t'avais dit que Martine partait en Nouvelle-Zélande pis que j'étais bin excitée à l'idée qu'elle puisse voir des kakapos, mais je me suis trompée, c'est en Nouvelle-Calédonie qu’elle est. Là-bas aussi c’est plein de beaux animaux que je voudrais voir, mais y a pas de kakapos. En tout cas, elle m'a dit qu'elle a vu un cagou, c'est un oiseau bizarre avec une huppe, et il paraît qu'il faut être chanceux pour en voir. « …que cette chance te suive aussi! » Aon! Tchèque bin ça.


Yeault! Orgarde ma huppe! HUNH!

Je pense qu’il me restait quatre minutes de temps d’antenne sur mon cell quand j’ai appelé un taxi. Po était assez tranquille dans sa cage, elle faisait quand même sa face de hibou inquiet, mais elle miaulait pas. Le chauffeur m’a dit « vous avez l’air de quelqu’un qui est préoccupé ». Fuck. Moi qui pensais avoir l’air détendue. Je lui ai alors expliqué que j’emmenais ma vieille picouille de presque 19 ans chez le vet, et que ça me stressait toujours un peu. Il en revenait pas de son âge. Pis là on s’est mis à parler des animaux, de l’importance qu’ils ont dans nos vies, pis un manné il me dit « la patience que vous avez développée grâce à votre chat, ça pourra vous servir quand vous aurez des enfants ». Ha ha! No. Je lui ai expliqué que je souhaitais pas du tout avoir d’enfants humains, et je sentais pas qu’il me jugeait, mais il a rajouté : « On est le 25 février. Notez bien ça. Les choses peuvent changer! » Je lui ai alors répondu ce que je t’ai dit cette semaine, que si j’avais des enfants, j’aurais pus de temps pour mes amis. Il a ri. Je les aime, les chauffeurs sympathiques. Pas ceux qui nous donnent l’impression que notre fin approche, pis que c’est plate en crisse de mourir dans un taxi pour des raisons de rentabilité et/ou de road rage.



Po est moi on allait voir le vétérinaire que ma voisine folle aux chats adore comme un dieu. Elle le consulte pour presque tous les chats qu’elle sauve, et elle a une grande confiance en lui. Je suis donc allée là pour avoir un deuxième avis sur l'état de Po, et pour être sûre que c'est pas une mauvaise idée de partir deux semaines en Gaspésie. Il m'a rassurée : Po est en forme. Il en était même étonné, vu son âge vénérable de Po gériatrique (la plus belle du monde). Bien sûr, son état peut décliner rapidement, même très rapidement, mais il m'a proposé de laisser Po entre les mains d'une personne digne de confiance — pas sûre que Ringuette remplisse toutes les exigences, hu hu — qui pourrait la lui emmener si jamais elle n'allait pas bien durant mon absence. Il a mon numéro de cellulaire, on pourrait se parler, et je pourrais le payer à mon retour. J'allais aussi consulter ce vétérinaire divin pour donner toutes les chances à Po d'être confortable jusqu'à son dernier jour. Quoi lui donner pour traiter ses douleurs articulaires de gériatrique, et comment m'assurer que sa tumeur ulcérée ne s'infecte pas. D'après lui, c'est bin simple : Metacam (ça sent l'peupi mais Po aime bin ça) et Polysporin (ça aussi elle aime ça, va falloir que je m'arrange pour qu'elle le bouffe pas). Par contre, je m'attendais pas du tout à remettre en question mon choix de ne pas faire opérer Po. Contrairement à l'idée que je m'étais faite, il dit que si on lui enlève ses tumeurs, ça peut augmenter son espérance de vie, tout en améliorant sa qualité de vie. Que même si c'est une grosse chirurgie, elle devrait s'en remettre en l'espace d'une semaine. Ça me coûterait beaucoup moins cher qu'à mon ancienne clinique, mais c'est quand même 1000 $. J'ai même pas encore fini de rembourser ma dette précédente! J'ai pas cet argent, j'ai pas pantoute 1000 $, j'ai moins 25 000 $, mais je refuse de prendre une décision en fonction de ça. Je comprends qu’à ma place certains jugeraient ça plus sage de laisser tomber. Qu'à son âge, ça vaut pas trop la peine. J'ai toujours dit que je voudrais jamais m'acharner, et je maintiens mon opinion. Mais dans le cas présent, il semble que ce soit bin correct d'opter pour la chirurgie. Oh, je t'ai même pas dit pourquoi je reviens sur ma décision! L'affaire, c'est que j'assumais que Po avait probablement déjà des métastases aux poumons. Mais le vet m'a proposé de faire une radiographie, et regarde ça :


Po la plus belle chatte gériatrique du monde, même de l'intérieur.


Bin oui, je suis ce genre de folle : j'ai demandé une copie de sa radiographie. Parce que j'étais bin trop énarvée! Le vet a dit qu'elle a « des poumons d'athlète ». St-Cibole! OK, il a aussi dit qu'elle était pleine de peupi et de caca (sérieux!), mais c'est un fucking détail. Po a de beaux poumons! Si c'était pas le cas, on n'envisagerait même pas la chirurgie. Ça serait les soins palliatifs, that's it. C'est pour ça que je considère que j'ai de la chance (enfin, c'est surtout Po qui a de la chance). Merci, cagou!

Donc, voilà où j'en suis. Je fais quoi? Po, qu'est-ce que t'en dis? [Elle ronfle...] Si je fais rien, j'ai peur de le regretter si son état empire vite. Peur d'avoir manqué l'occasion de lui offrir un autre bout de vie. Est-ce que je capote trop sur la vie? Pourtant, je reconnais qu'elle a le droit de mourir. Et je m'y fais de plus en plus, même si ça me brise le coeur.

Po?

[A s'en crisse.]

Solide.

Si j’ai fait mes impôts? De kessé? Ah oui, ça… Non. Mais j’ai enfin calculé mes revenus des deux derniers mois et rassemblé toutes mes factures pour aller porter ça au Centre local d'emploi demain. Je t'ai-tu dit que je suis une BS? Une crisse de. Mais je suis pas une Bougon, malheureusement (et là, tu dois être étonné et pas très fier de moi) : je déclare tous mes revenus de travailleuse autonome, et le gouvernement considère que je suis encore assez pauvre pour mériter des prestations et un carnet de médicaments. Et si jamais je deviens pas une adulte fonctionnelle assez rapidement, je vais même avoir droit à des soins dentaires et un examen de la vue. Mais c’est long, avoir ces bonus-là. Faut que ça fasse douze mois consécutifs que t’es BS, pis là t’as le droit à cette promotion. Mais ça couvre vraiment le minimum, là. Faut pas s’attendre à du gros luxe. Là, ce qui arrive de plate et qui vient un peu gâcher ma fête, c’est que le gouvernement considère aussi que puisque j'ai pas déclaré mes revenus des deux derniers mois, je mérite zéro cash pour le mois de mars. Oups. J'aurais aimé ça être prévenue d'avance, mais bon, je vais tenter de régler ça demain. Es-tu déjà allé dans un Centre local d'emploi à la toute fin ou au début du mois? C'est un peu déprimant. Ou parfois divertissant. Mais pas au point où ça me donnerait envie d'y aller chaque mois. En tout cas, demain c’est le genre d’affaires qui va m’occuper, en plus d’un petit contrat de révision. S’il fallait que je trouve plein de contrats payants, je perdrais mon ancienneté de BS, mais ça serait pas grave parce que je pourrais me payer des soins dentaires de luxe — non, pas des osseties d’amalgames au mercure — et surtout, je ferais réparer Po. Pis il paraît que je gagnerais un peu de dignité en devenant une brave contribuable totalement autonome.

Je te laisse sur les mots au verso de la carte postale de Vickie, pis je m’en vais dormir avec elle pis Po.

Bonne nuit!

Zepam xx

Vickie Gendreau (1989-2013)


mercredi 29 janvier 2014

La fois où j'ai détesté mon gynéco


Est-ce que ça t’écoeure, les histoires de nounes dans un contexte médical? Ou les histoires de nounes dans tous les contextes? Alors lis pas ça. Va lire mes histoires de chattes, à la place. Je parle même pas de nounes, tu vas voir.


J’ai toujours trouvé que les médecins prenaient des précautions ridicules lors de l’examen gynécologique. Personnellement, je trouverais ça bin correct d’enfiler une jaquette de pital pour ensuite enlever mes culottes. Mais les médecins, ils m’offrent de me changer derrière un rideau ou dans une salle de bain. Euh. Tu vas aller me tâter le col de l’utérus mais tu veux pas me voir enlever mon pantalon? OK… Eh bin hier j’ai compris pourquoi ces petites attentions que je présumais inutiles ne le sont pas tant que ça.

Ça faisait trois ans que je cherchais un gynéco à Montréal quand mon ami Louis, qui vit à l’autre bout du monde, m’a proposé une clinique à CDN. J’ai appelé, et on m’a donné un rendez-vous moins d’une semaine plus tard. Euh, wow. Je croyais rêver. Jusqu’à ce que j’entre dans le bureau du gynéco en question, un monsieur bossu qui se déplace péniblement. Ayant lu cet article il y a deux semaines, j’avais l’intention de demander à mon nouveau gynéco s’il connaît la technique à l’anglaise. J’ai décidé de laisser faire. Feeling de même, tsé.

Je commence en lui disant que lors de mon dernier examen, on a trouvé des cellules atypiques sur mon col. L’infirmière m’avait dit que c’était sûrement pas grave, mais qu’il fallait tout de même faire un suivi parce que ça peut quand même être un signe avant-coureur du cancer du col de l’utérus. Le gynéco m’a fait des gros yeux en soupirant. OK, je reconnais mon erreur. J’aurais dû consulté BIN AVANT. Ça, c’est indiscutable. Bon, je dois avouer que je vis un peu dans le déni depuis trois ans. Serait-ce un léger traumatisme lié au cancer? Je saurais pas dire.

Il me demande si j’ai autre chose à rajouter avant l’examen.

— J’ai parfois des douleurs.
— Des douleurs?
— Oui. Pendant les rapports sexuels.
— …
— Mais j’ai pas d’autres symptômes.

Il dit rien. Il dit FUCKING EURIEN. Heille, je te parle de mon vagin, ça sort-tu de ton champ de compétences? Ossetie.

J’étais déjà tendue parce que j’avais peur qu’il me dise que j’ai le cancer pis que je suis vraiment la pire des connes de pas avoir fait de suivi rigoureux, et il me lance : « Enlevez votre pantalon. »

— Euh. Je peux pas avoir une jaquette?
— Non. Enlevez aussi votre culotte.

Bon. Je vais m’arranger pour que ça se passe vite...

Je m’installe sur la table, j’essaie de me détendre. Je me rappelle les paroles de Mathieu, qui me disait la veille que si j’ai pas de symptômes, j’ai sûrement rien de grave. Le gynéco arrive avec son poignard, pardon, son spéculum, et me plante ça dans la noune. J’ai un mouvement de recul.

— Euh… Monsieur? Ça fait mal.

Il pousse.

— DUDE. Ça fait 112 ans que tu pratiques la gynécologie pis t’as pas encore compris qu’un vagin ça se force pas?

— Si ça fonctionne pas, va falloir y aller par le rectum.

— Ah, fiou. Comme quoi y a une solution à toute, han?
— …
— Pis si ça marche pas, vous pourrez toujours appeler la police. Avec un bélier, ça devrait marcher. Han. HAN?

Il laisse faire le spéculum et y va direct avec sa tige.

Je suis couchée sur la table d’examen, les pieds dans les étriers, pendant qu’il prélève des cellules sur mon col comme s’il ramassait un cossin tombé dans la craque entre le four pis le frigo, et c’est là que je me dis, ayoye, une chance, une crisse de chance que j’ai jamais subi de violence sexuelle, parce que ça m’aurait drôlement perturbée qu’un médecin soit aussi brutal avec moi. Cet individu ne me connait pas, il ne connait pas mon vécu. Pas besoin d’être un génie pour comprendre que c’est touchy d’aller fouiller dans le vagin d’une femme qu’on connaît pas. Oui, même dans le cadre d’un examen médical.

C’est comme ça que j’ai compris pourquoi les médecins — ceux qui sont professionnels et attentionnés — nous proposent de se changer derrière un rideau. Se déshabiller devant un inconnu, c’est pas banal pour tout le monde. Je sais pas pourquoi, mais ça me semble encore plus gênant que s’exposer le col de l’utérus. Ou peut-être que c’est moi qui suis pognée? Si c’est le cas, bin c’est totalement mon droit. En tout cas, y a pas un crisse de gynéco qui avait réussi à me rendre mal à l’aise avant lui. Bravo, manne.


— Bonne nouvelle, vous n’avez pas de tumeur, pas de kyste. Vous êtes en santé.


Je suis rassurée. Pour vrai. Mais je suis en crisse pareil. Et je m’ennuie de l’infirmière qui m’avait fait le plus beau compliment gynécologique du monde.



Fille, si t’as subi un traumatisme sexuel, choisis bien ton gynéco. Et n’ouvre pas les cuisses si t’es pas à l’aise.

dimanche 26 janvier 2014

La dépouille de Po

Je me demande ce que je vais faire avec le corps de Po. Ça peut sembler morbide ou grossier de penser à ça, mais c’est un tracas réel. Je vis en ville. Je peux pas enterrer un cadavre dans ma ruelle. Mes parents sont à la campagne, et comme me l’a fait remarquer Frédéric, Po retournerait d’où elle vient si je l’enterre là-bas. Mais on habite à 400 km du lieu de naissance de Po. Il faudrait donc que je trouve une manière rapide de me rendre chez mes parents dès que Po sera morte.

On y va en hélicoptère? On fait un cortège funèbre dans le ciel? On dit bonjour aux montagnes?

Mais en attendant le départ vers la Vallée du gouffre, je vais la mettre où, la dépouille? Je sais pas si je suis game de placer le corps de Po dans mon congélateur. Quand j’étais enfant, on avait un deuxième frigo au sous-sol, et le congélateur nous servait en quelque sorte de morgue pour nos petits animaux de compagnie. Souris, hamsters, lézards, oiseaux, y ont fait une transition avant d’être enterrés au cimetière d’animaux chez ma cousine Janie. Quand le p’tit Francis avait révélé ça à un de ses amis de la classe, je m’étais un peu fait écoeurer. J’étais apparemment morbide comme c’est pas possible. Mais c’est pas de ça que je veux parler. Ce que je veux dire, c’est que dans le temps, on avait un congélateur bonus. Maintenant, je n'en ai qu'un, et je suis pas sûre de vouloir placer Po à côté de mes sacs de légumes et mes muffins congelés. S’il fait encore froid, je pourrais la placer dehors près de ma porte, dans une boîte, mais j’ai peur de ce qui pourrait lui arriver. Si on m’a déjà volé un cadre de Jésus accoté à côté de ma porte, on peut auss bien partir avec le cadavre de ma chatte. Ça serait freak et frustrant, mais c'est un peu d'même qu'est le monde, non? Et là j'ai même pas encore parlé du problème de comment qu'on peut bin creuser un sol gelé. Fuck.

Pourquoi je me pose ces questions? Ne devrais-je pas plutôt m’inquiéter de ma Po bien vivante, ou de sa mort? Ça, j’y ai déjà pensé. Et j’ai pas pour autant cessé de m’inquiéter. Mais au moins, j’ai une idée de comment je voudrais que ça se passe.

Po n’en a plus pour longtemps. Son cancer progresse. L’une de ses tumeurs est bien ulcérée, et la plus grosse commence à le devenir aussi. Globalement, elle va bien. Elle mange chie dort pisse hurle à deux pouces de ma face le matin au beau milieu de ma nuit, elle galope comme une pouliche, elle attaque et tue des ficelles comme une vraie, elle ronronne sous mes draps et ça résonne dans les ressorts de mon matelas. Elle broulx et re-broulx. Mais le cancer est là, et pas sur le bord de prendre un break.

J’ai une idée de comment sa mort idéale pourrait se produire. Idéale pour vrai de vrai? Elle s’endormirait doucement pour ne jamais se réveiller. Pas de peur, pas de bobo. Son petit coeur qui prend sa retraite. Mais sa mort idéale réaliste, c’est l’euthanasie. Euthanasie dans le vrai sens du terme, on s’entend. Rien à voir avec les mass murders du Berger blanc. Je voudrais qu’elle meure chez nous, au Manoir deluxe, dans le plus grand confort possible. Dans mes bras, si ça lui tente. Mais pas dans la terreur, pas à l’hôpital vétérinaire, pas sur la table en stainless.


Tantôt, Mathieu m’a envoyé ce lien vers The Order of the Good Death (1). Essaie de lire ça sans pleurer. Caitlin Doughty raconte la mort de sa chatte, The Meow, qui avait un cancer mammaire comme Po. The Meow a connu, à mon avis, une fin paisible, exactement comme je le voudrais pour ma Po. Va lire ça, tu vas voir, c’est triste mais c’est surtout beau et lucide. Faut pas avoir peur de la mort. C’est ce que j’arrête pas de me dire, même si j’arrête pas non plus de vous dire d’arrêter de mourir, bande de câlicrismes.


(1) Je te préviens : on y voit des photos de chatte morte. Mais c'est pas gore. Juste mort. Et beau.

mercredi 8 janvier 2014

Blender

Ça fait une demi-heure que je suis rentrée dans mon Manoir deluxe bien chauffé, pis mes cuisses ont pas fini de dégeler. Mais je me plaindrai pas. Je te le promets.

Je reviens d’une petite soirée avec mes Pascale. Moi, je me déplace presque toujours à pieds. Je pensais que je faisais pitié avec mes bottes cheaps qui prennent l’eau, que c'était vraiment pas drôle d'avoir les orteils comme des frites surgelées, mais quand je me suis arrêtée pour donner de la monnaie à un SDF assis par terre avec son chien, tous les deux enveloppés dans des couvertures, je me suis sentie poche (ça m'arrive souvent). Ris pas de moi, OK? Je sais qu’on a le droit de se plaindre de nos petits maux même quand on le sait que le monde est rempli d’horreurs. Mais là, c’est pas ça que je veux faire. Je suis troublée et choquée. Mais c’est pas toute.

Je salue le gars, je fouille dans mon porte-monnaie, je flatte la grosse bête placide. Ta chienne s’appelle Blender, han?

Bin oui, chus d’même. Du genre à reconnaître un chien mais pas l’humain au bout de la laisse. Je connais tous les chiens de mon quartier — le couple de lévriers italiens qui se font aller les p'tites pattes vvt-vvt-vvt, le labrador chocolat aux grosses couilles, le p’tit teckel à roulettes, le bâtard noir au museau grisonnant, le doberman croisé qui attend toujours à la porte de la même boutique, le danois arlquin qui passe pour un poney, le chien nu mexicain que je peux pas lâcher des yeux quand je le rencontre sur la rue, le bichon croisé qui se balade toujours librement, l’ossetie de berger australien rouge qui jappe après Po, etc. — mais je pourrais difficilement identifier les gens que je côtoie quotidiennement depuis bientôt trois ans. J’ai reconnu Blender. Et je vais tâcher de me rappeler de M. M qui semble à boutte, ce soir.


— Le frette est vraiment toffe, à soir.
— Mets-en… As-tu une place où dormir?
— J’pourrais, mais j’peux pas à cause de mon chien, y veulent pas me laisser rentrer.
— Bin voyons, c’est donc bin cave! Ayoye, c’est con, mais j’avais pas pensé à ça… 
— Y veulent que je m’en débarrasse, mais moi j’veux pas! Ça fait douze ans que je l’ai!
— Mais pourquoi ils les refusent?
— Parce que ça chie, ça pisse, ça s’bat…
— Les humains aussi…
— Bin oui...


Blender a une épaisse fourrure, mais le frette humide, c’est trop pour une chienne gériatrique. Pour manger dans sa gamelle, elle sort de sa couverture. Trente secondes sans couverture et elle prend froid. M l’abrie de nouveau.

Je suis naïve, moi. J’ai pas tout vu. Je sais bin que plein de sans-abris dorment dehors, mais je me disais que les nuits de grands froids, ils pouvaient être hébergés. J-L, il dort souvent dans les saunas. Il dit que ça lui coûte pas trop cher, pis il se fait pas écoeurer. Mais M, avec sa Blender, il pourrait pas entrer dans un sauna, pis encore moins dans une centre d’hébergement.


— Une chance qu’elle a du gros pouel… Mais penses-tu qu’elle aurait besoin d’un manteau?
— Oué, je voudrais lui en faire un. Coudre des patchs de cuir, de quoi d’même.
— Aimerais-tu que je lui en fasse un?
— Han, tu serais capable?!



Je lui ai dit que j’avais jamais fait ça, mais c’est un projet que j’ai en tête depuis quelques jours. Recycler des vieux manteaux pour en faire des manteaux pour chiens. Je comptais les donner à des refuges pour chiens, mais grâce à Blender et son humain, je réalise que ce serait peut-être plus urgent de les offrir aux SDF qui ont des chiens. J’ai dit à M que j’allais essayer. Dans ma tête, c’est une promesse, et si je l’écris ici, je pourrai pas faire semblant d’avoir oublié ma promesse. Faut que je fasse un coat pour Blender. Pis si je me fie à MétéoMédia, faut pas que je niaise.